Cinq ans après les émeutes, quelque chose a-t-il changé dans le quotidien des banlieues françaises ? A lire L'Express cette semaine, la réponse est "non". Laurent Chabrun raconte 24 heures d'une journée dans le quartier du Chêne-Pointu, à Clichy-sous-Bois... Journée banale : pas de violences qui sortent de l'ordinaire, mais elle commence tout de même par l'incendie d'un conteneur à ordures, à 3 heures du matin. Les habitants passent à peine la tête par la fenêtre. La journée commence vraiment à 6h30. Les femmes sortent les premières : Africaines, Turques, Maghrébines. Les cheveux couverts par un foulard, elles attendent le bus : elles rejoignent les sociétés de nettoyage parisiennes qui les emploient. Après le départ des hommes dans des camionnettes fatiguées et le grondement des enfants qui dévalent les marches direction l'école, à 9 heures du matin, les femmes sont déjà de retour, chargées de courses. Galère du chariot qu'il faut monter par les escaliers jusqu'au 9ème étage, car évidemment l'ascenseur est en panne. Un homme regarde son bâtiment fatigué. Il s'appelle Mohamed Jabri. Il est à la tête du conseil syndical. Il pensait avoir signé sa réussite en achetant un appartement à force de travail, dans les années 80. "A l'époque, dit-il, on croisait des instituteurs, des professeurs, des cadres". Mais le rêve de petit propriétaire s'est transformé en cauchemar : année après année, la cité a été abandonnée par les plus riches, puis les moins pauvres. Au Chêne-Pointu aujourd'hui, plus de la moitié des 6000 habitants sont au chômage, les deux-tiers en dessous du seuil de pauvreté. On ne paie plus les charges, ni même le chauffage ou l'eau. Le récit se poursuit comme ça sur trois pages... les associations qui essaient d'aider les personnes les plus en difficulté... le PMU, seul endroit vivant dans l'après-midi... le trafic de shit et de voitures volées... Dès 17 heures, dans les étages du Chêne-Pointu, des odeurs de cuisine commencent à monter, des cris, des rires, des pleurs, la vie... A l'heure du coucher, écrit Laurent Chabrun, au coeur de cette forteresse de béton redevenue silencieuse, on se sent soudain étrangement à l'abri, protégé d'un monde extérieur si lointain et si étranger. Entre soi. Pour le meilleur, et surtout pour le pire... (Nicolas Demorand : "Et des banlieues, il en est beaucoup question dans la presse, qui débat de la violence scolaire")... Eh oui : il est des événements qui révèlent "les lignes de fracture d'une société en perdition"... C'est ce qu'écrit Jean-Emmanuel Ducoin dans l'édito de L'Humanité. Et il poursuit... "30% des incidents enregistrés se concentrent dans 5% des établissements. Devinez où ? Dans les quartiers populaires, évidemment. Les conditions d'existence y atteignent un tel degré d'atomisation sociale que les gestes élémentaires de la vie des plus jeunes ne sont plus assurés. Où est la République si l'éducation cesse d'être la matrice de nos enjeux de civilisation ?". La violence scolaire à la Une... Première question : est-elle vraiment en augmentation ? Y aurait-il un effet de contagion ? Trois spécialistes répondent, sur Rue89... Un ancien proviseur d'abord... Agression à Thiais et à Vitry-sur-Seine... "Pour nous, il s'agit plutôt de cas isolés". "Méfions-nous du biais médiatique", ajoute un magistrat. "La violence scolaire ne date pas d'hier. C'est l'effet de focalisation qui fait croire à un lien". Synthèse d'une sociologue... "Les statistiques ne montrent pas de hausse de la violence. Mais les difficultés se concentrent sur des zones qu'on dit plus difficiles". "La violence change", confirme un autre spécialiste dans L'Express. "Elle est plus collective : des groupes s'attaquent à un individu. Du coup, les dégâts sont plus importants car à plusieurs on ose davantage. Autre particularité : on s'en prend de plus en plus aux institutions (l'école et ses représentants). Colère de personnes qui ne se sentent pas 'intégrées au système' (entre guillemets"). "Violence : l'école désarmée" : c'est le titre de cette longue enquête de L'Express. Au-delà des agressions très médiatisées, il y a le quotidien, qui mine la vie des profs : les crachats, les pneus crevés, les bousculades, les doigts d'honneur, la peur de tourner le dos à la classe... (ND : "Alors quelles solutions ?")... Vous savez que Luc Chatel a convoqué des "états-généraux de la violence à l'école" pour le mois d'avril. De l'éducation civique aux interventions de la police, on a multiplié les mesures ces dernières années, sans résultat. Le Figaro propose deux pistes, deux expériences pilotes, qui recueillent les faveurs des policiers et des enseignants... 1) Le système du policier référent... Il a un bureau ou une permanence dans l'établissement. Il est associé à sa vie de tous les jours. C'est une autre forme de police de proximité. Le système est né dans les Hauts-de-Seine il y a six ans, et il a fait tomber beaucoup de préjugés des deux côtés. 2) Une équipe pédagogique soudée... Cela semble évident, mais le turn-over des enseignants ne rend pas les choses faciles. Le Figaro évoque un collège de ZEP de l'Essonne : les règles y sont claires et appliquées, les élèves déclinent leur identité à l'entrée et à la sortie, pas de casquette en classe. Les parents sont convoqués dès qu'il y a violation répétée du règlement. La concertation est permanente au sein de l'équipe éducative. Plus de moyens. Plus de caméras. Plus d'hommes. Le débat est très vif, ce matin, dans la presse régionale... Dans L'Union de Reims, Hervé Chabaud ajoute un acteur : les parents. "Ils doivent être placés devant leurs devoirs, dit-il. Ils ne peuvent être blanchis de leur part de responsabilité". Patrice Chabanet, dans Le Journal de la Haute-Marne, est d'accord. "L'éducation n'est pas seulement l'affaire de l'école". Mais la violence n'est pas seulement à l'école. L'autre grand débat du jour concerne une nouvelle fois la garde à vue et les abus de la police. Sur Rue89, vous trouverez le récit de l'intervention d'une brutalité inouïe de la police, lors d'une fête banale entre amis à Paris... Ce qui est en débat notamment, c'est le placement en garde à vue d'adolescents de plus en plus jeunes. Pour alléger le climat, on regardera le dessin de Pancho, à la Une du Canard Enchaîné cette semaine. Une maman promène son bébé dans une poussette. Elle croise une autre dame, qui se penche sur la poussette : "Oh qu'il est mignon ! Est-ce qu'il a déjà fait de la garde à vue ?". (ND : "Quoi d'autre, dans la presse ?") Des enquêtes-surprise dans les services publics... C'est dans Les Echos. Eric Woerth, ministre de la Fonction publique, veut améliorer la qualité de l'accueil. Alors Bercy enverra des clients anonymes au guichet, et un baromètre sur la qualité des services rendus sera publié. Les meilleurs élèves seront récompensés en espèces sonnantes et trébuchantes. Et puis le Carême commence aujourd'hui... "Carême : on y revient", titre La Croix ce matin. L'Est Républicain parle de "renouveau". Selon La Croix, de nombreux catholiques redécouvrent l'esprit de frugalité, en résonance avec les préoccupations environnementales. (ND : "Et pour finir, une séquence "sport et people")... Il faut faire un sort à la victoire de Lyon, "1-0" face au Real Madrid hier, en Ligue des Champions. "L'OL est renversant", titre Le Progrès de Lyon ce matin. L'Equipe, qui n'a pas toujours été tendre avec Lyon ces derniers temps, est dithyrambique... "Les Lyonnais ont refait de l'OL une grande équipe. Ils ont réalisé hier soir le meilleur match de leur saison : une heure et demie quasi parfaite". Il faut maintenant confirmer lors du match retour à Madrid, le 10 mars. Selon L'Equipe, dans l'histoire de la Coupe d'Europe, 58% des équipes qui ont gagné "1-0" à domicile à l'aller se sont qualifiées pour le tour suivant. La séquence people... Elle concerne un jeune homme de moins de 20 ans. Beau gosse, un peu efféminé, disent certains. Autour de lui, il y a des histoires de famille, de pouvoir et de trésors fabuleux. C'est un enfant-roi, dont on parle dans le monde entier. Il fait la Une de France-Soir et du Monde. On connaîtra peut-être aujourd'hui les derniers secrets de Toutankhamon. Qui était son père ? Qui était sa mère ? Les scientifiques égyptiens qui ont analysé l'ADN de cette momie vieille de plus de 3000 ans vont donner les détails aujourd'hui. France-Soir et LePoint.fr croient déjà tout savoir... Le père de Toutankhamon serait bien le grand pharaon Akhenaton. Mais sa mère n'était pas Nefertiti, comme certains le fantasmaient : c'était la propre soeur d'Akhenaton. Il y a donc de l'inceste dans l'air. People, papyrus et paparazzi... Ce traitement d'une épopée scientifique amuse Didier Pobel, dans Le Dauphiné Libéré : "Avouez que ça fait du bien : ça change de l'identité nationale et de la violence à l'école". Et du coup, Pobel se laisse aller à des confidences. Dans une actualité qui roule à tombeau ouvert, il a le "momie blues"... Bonne journée...

Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.