Patrick Cohen : Dans la presse ce matin : des turbulences et quelques certitudes... Bruno Duvic : A l'entrée de l'école, il y a un portrait géant d'Hosni Moubarak. Un petit garçon demande à son père : "On va l'enlever papa et après, on va mettre qui ? Le père ne sait pas quoi dire, les profs non plus. C'est bien gentil de changer la Constitution, mais il va falloir changer les programmes et les manuels scolaires aussi en Egypte ! C'est devenu difficile d'interroger les élèves sur la justice sociale et l'aide apportée aux pauvres par Hosni Moubarak. Cet article est extrait de Courrier-International cette semaine. En Egypte, l'école aussi est à l'heure de la révolution et des incertitudes. En Tunisie, le climat du moment, on peut le mesurer à l'aéroport. C'est Moncef Marzouki, ancien opposant à Ben Ali, qui raconte dans les Inrockuptibles : "L'autre jour, l'aéroport de Tunis, c'était un foutoir incroyable ! D'un côté du terminal, les bagagistes manifestaient. De l'autre, les femmes de ménage brandissaient leurs feuilles de paie à 80 euros par mois. Puis, la police des frontières est arrivée. Elle aussi était en grève. Un flic a demandé à un passager son adresse. Réponse du passager : "Ca ne te regarde pas, sale con !". Quel bazar la révolution et quel tournis, ce matin, à la lecture de la presse ! Il y a eu les deux coups de tonnerre tunisien et égyptien. Il y a maintenant des échos quasiment partout dans le monde arabe. A la Une du Herald Tribune, photo de gauche : un bâtiment officiel est en feu, c'était mercredi à Kut en Irak. Photo de droite : grand portrait d'un jeune homme, en noir et blanc. C'est l'un des manifestants tués mardi à Bahreïn. Sur le sismographe politique, dans les journaux ce matin, on ressent des secousses en Algérie, au Maroc, en Iran, même au Koweït, loin d'être le pays le plus cadenassé. Et puis, bien sûr, en Libye. "Et si Kadhafi dégageait aussi ?" demande Libération à sa Une. Journée de colère aujourd'hui après les manifestations de ces derniers jours. L'appel à descendre dans la rue regroupait 14.000 personnes hier soir sur Facebook. Patrick Cohen : Car les langues anti-Kadhafi se délient... Bruno Duvic : Alix Norman est l'envoyée spéciale de Libération en Libye... On lui a raconté la débrouille, le mensonge et la corruption qui constituent la vie quotidienne dans le pays. L'alcool est interdit mais contre une bouteille aux douaniers, vous obtenez sa protection. Un jeune qui s'appelle Youssef raconte lui aussi : "Au bureau de l'emploi, l'agent te trouve un emploi moyennant bakchich. Tu fais bien ton travail, tout le monde est content. Mais après six mois, tu es licencié pour que l'agent puisse à nouveau toucher son bakchich". "Alors, dis papa, qu'est-ce qui se passe après ?" Denis Sieffert avoue son impuissance dans Politis : "Comment prévoir ce que sera la région dans seulement six mois ?" Quelles seront les conséquences géopolitiques de ce printemps des peuples arabes ? On regarde beaucoup du côté d'Israël, mais Denis Sieffert toujours dans Politis, relève le malaise des Palestiniens. Une fois n'est pas coutume : l'Autorité palestinienne et le Hamas sont tombés d'accord... d'accord pour empêcher les manifestations de sympathie à l'égard des Egyptiens. Trop d'incertitudes... Dans ce contexte de confusion, Le Figaro suit de près ces navires iraniens qui font route vers les côtes syriennes, à un jet de pierres d'Israël. "Tout doit être fait pour éviter que l'Iran ne profite de l'instabilité du monde arabe", écrit Pierre Rousselin. Que va-t-il se passer ? Faute de mieux, on se contentera de ce mot cité par Claude Imbert dans Le Point : "On ne va jamais aussi loin que lorsqu'on ne sait pas où on va". L'éditorial est intitulé : "La brèche". Patrick Cohen : La brèche aussi dans le gouvernement français... Bruno Duvic : En ce mois de février où le monde tourne à grande vitesse, la chef de la diplomatie française est au bord du gouffre. C'est "Calamity MAM" pour Libération. Plus de quartier dans les journaux ! Les appels à la démission pleuvent dans les éditoriaux. "Michèle Alliot-Marie est devenue le boulet du gouvernement" pour Philippe Waucampt dans Le Républicain Lorrain. En un mois, elle s'est constituée une des plus belles collections de casseroles" ajoute Dominique Delpiroux dans La Dépêche du Midi. "Tout cela rappelle l'affaire Woerth" pour Michel Lépinay dans Paris-Normandie. "MAM est à côté de ses babouches" écrit Jacques Guyon dans La Charente-Libre. "Il serait temps que cette gaulliste s'interroge sur ce qu'aurait pensé de son attitude, celui dont elle se réclame". Les éditoriaux de la presse reflètent-ils le sentiment populaire ? A l'Elysée, on répond "Non". C'est l'une des raisons pour lesquelles "Sarkozy choisit de soutenir MAM" comme l'écrit Le Parisien. Autres arguments : "Elle n'a rien commis d'illégal et il ne faut jamais réagir à chaud sous la pression de l'adversaire". Dans les baromètres de popularité des hebdomadaires, la ministre dégringole : moins 12 points dans le baromètre IPSOS pour Le Point. Moins 17 selon IFOP et Paris-Match. Alors voilà pour les turbulences... La certitude, elle est dans Le Nouvel-Observateur. Pas de conditionnel, pas de précautions oratoires dans L'Obs cette semaine. Pour le journal, c'est sûr, Dominique Strauss-Kahn sera candidat à la Primaire au PS. "Il a envie d'être président de la République. Il ne pense qu'à ça, il ne rêve qu'à ça !" écrivent François Bazin et Matthieu Croissandeau. Ils évoquent une réunion le 13 janvier avec Martine Aubry et Laurent Fabius. DSK leur aurait dit clairement les choses et selon L'Obs, Martine Aubry serait prête à abandonner la course au profit de l'actuel directeur général du FMI. Face à L'Obs, Le Point qui met à sa Une un Sarkozy qualifié "d'increvable". "Il y croit toujours, écrit l'hebdomadaire. Pour sa réélection, il mise notamment sur le débat autour de l'islam en France". Le Figaro confirme ce qu'il disait déjà avant-hier : "L'UMP lancera le débat le 5 avril prochain". Patrick Cohen : Quoi d'autre dans la presse, Bruno ? Bruno Duvic : Quelques titres pour rendre hommage à François Nourissier, décédé mardi à l'âge de 83 ans. "Une Histoire française : fin" écrit sobrement Le Figaro. "C'était le prince pessimiste" pour La Croix. "Un auteur à l'eau forte, un critique éclairé et un petit bourgeois au mauvais genre" pour L'Humanité. Un titre pour s'enthousiasmer à la Une de L'Equipe : "Réservez votre soirée du 8 mars". Après la victoire d'Arsenal, 2-1, face à Barcelone, hier soir, au bout d'un affrontement somptueux, tout est en place pour un match retour phénoménal ! Et puis, les photos incroyables dans VSD... Photos de trois momies d'enfants incas, morts il y a 500 ans. Des archéologues les ont exhumés en 1999, elles sont présentées dans un musée près de Buenos-Aires. L'état de conservation est incroyable ! Les enfants ont encore leurs vêtements d'apparat, leurs cheveux et leurs cils. Ils semblent avoir été cueillis intacts dans le sommeil. Ils reposaient par 7.000 mètres d'altitude et sous les cendres d'un volcan. Leur exposition fait polémique. Les descendants des Incas parlent de sacrilège car ces enfants avaient été sacrifiés aux dieux. La tradition voulait que l'on sème des morts pour récolter des vivants. L'expression résonne en ce printemps arabe où, là aussi, certains sont morts pour que d'autres soient plus vivants.

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