Patrick Cohen : A la Une ce matin : maîtriser le feu... Bruno Duvic : Il peut réchauffer, éclairer, brûler, détruire, se propager... Révolution de Jasmin - Acte 2 : comment maîtriser le feu du chaos et de l'anarchie ? Des hachoirs, des machettes, des chaines en fer, des bâtons, et même des tringles à rideau.... N'importe quoi pourvu que ça coupe, que ça cogne et que ça en impose. Pour assurer la protection de leur quartier face aux voleurs et aux milices de l'ancien régime Ben Ali, les habitants d'el-Mourouj, faubourg populaire de Tunis, ont pris tout ce qu'ils avaient sous la main. Bravache, un adolescent tient entre ses mains, un couteau aussi long que sa cuisse : "L'Etat, c'est nous, maintenant !". Le reportage est signé Thimothée Boutry dans Le Parisien. C'est la traque des bandes organisées, titrait le quotidien de Tunis, "Le Temps", hier. Et à cette image d'un gamin exalté, armé d'un couteau, l'éditorialiste du "Temps", Hassan Arfaoui, opposait deux mots : liberté, oui, mais aussi responsabilité. "La révolution tunisienne, écrit-il, vient inscrire dans le débat démocratique national, et peut-être même mondial, la primauté du peuple qui a payé le prix fort pour retrouver sa dignité. L'action des Tunisiens a enfanté d'un printemps. Il incombe maintenant à tous de le protéger de la violence et du chaos. La responsabilité est la condition de la liberté". Patrick Cohen : Et maintenant ? Bruno Duvic : Question sur le site du quotidien d'Oran en Algérie. "La Tunisie tente d'échapper au chaos" titre Le Figaro. Chaos, c'est sûr pour la famille, le clan de l'ancien pouvoir. Sur "Médiapart", reportage à Sidi Bousaïd sur la côte. C'est là qu'un gendre de l'ancien président Ben Ali aurait été arrêté. C'est là qu'il avait fait bâtir une somptueuse maison. Thomas Cantaloube décrit ce qu'il en reste : "Un coffre-fort de plus d'un mètre de haut gît par terre, sa porte péniblement tordue, le sol est jonché de gravats, baignant par endroit dans quelques millimètres d'eau écoulée des canalisations éventrées. Parmi les documents répandus à terre, des revues d'architecture européenne, des catalogues de ventes de chevaux à Deauville, des comptabilités d'entreprises, des photos de voyages prises à différents endroits de la planète". La démocratie, cette fleur si fragile, écrit Didier Pobel sur son blog. Pobel, peut-être le premier à avoir utilisé cette expression de "révolution de jasmin". A qui s'en remettre en cette période où le temps est suspendu, comme l'écrit Dominique Quinio dans La Croix. Une institution sort à la fois renforcée et affaiblie des années Ben Ali, c'est l'Armée. Pour "Rue89", l'homme fort de la Tunisie, aujourd'hui, c'est Rachid Amar, le chef de l'Armée de terre. C'est l'homme qui a refusé de tirer sur le peuple au moment des manifestations. Ben Ali l'a limogé sur le champ, il a été rétabli vendredi dans ses fonctions. Autant la police sort de ces jours détestée de la population, autant l'armée a marqué des points. Mais c'est une armée qui avait été délibérément marginalisée par le président Ben Ali, sous-dimensionnée, sous-équipée : elle ne possède que 12 hélicoptères. "A Tunis, c'est l'union de la rue et de l'armée" titre carrément Sud-Ouest ce matin. Mais au-delà de l'exaltation de ces jours historiques, la rue a faim. Dans Ouest-France, reportage auprès des oubliés de Kasserine, l'une des villes leaders de la contestation. Dans un des quartiers populaires, Marc Mahuzier a rencontré une vieille dame, veuve, femme de ménage, 220 dinars par mois, sept enfants de 23 à 39 ans, tous au chômage, depuis toujours. On a accomplit 20% de la tache, dit-on dans la famille. Il reste à organiser des élections justes et à instaurer la démocratie. Rien n'est encore gagné ! Temps suspendu... Dans son édito de La Croix, Dominique Quinio détaille les atouts de la Tunisie. Des hommes et des femmes bien formés, la pratique d'une laïcité qui peut tenir à l'écart des tentations islamistes, le goût de la politique et du débat d'idées : voilà un socle sur lequel s'appuyer pour dessiner un chemin original vers la démocratie. Dans les rues de Tunis, au milieu de la confusion, les files d'attente grossissent devant les quelques magasins qui proposent à manger. Pour l'économie aussi, c'est un temps suspendu. On verra tout à l'heure que certains en Tunisie en veulent beaucoup à la France et à l'Europe de ne pas s'être rangées plus tôt à leurs côtés. Mais dans La Tribune, Eric Scholl rappelle une réalité : "Economiquement, le pays n'est toujours pas sorti de sa dépendance à l'égard de l'Europe. Les deux tiers du PIB tunisien reposent sur l'Union européenne : tourisme, investissements, exportations. Et l'éditorialiste d'appeler à relancer le projet d'Union pour la Méditerranée imaginé par Nicolas Sarkozy. Patrick Cohen : : Maîtriser le feu... Va-t-il se propager au monde arabe ? Bruno Duvic : Et de feu, il en est tristement question en Algérie. A la Une du "Watan", et des "Dernières nouvelles d'Algérie", les 5 jeunes Algériens qui ont tenté de se suicider en s'immolant par le feu, 5 en moins d'une semaine. Le geste rappelle évidemment celui du jeune homme qui a tout déclenché à Sidi Bouzid en Tunisie. Inquiétude dans le monde arabe, un petit signe parmi d'autres, "Al-Jazira" a diffusé hier, un micro-trottoir réalisé dans plusieurs capitales arabes sur le thème : "que pensez-vous de ce qui s'est passé en Tunisie ?". "Monde arabe : à qui le tour ?" demande Libération ce matin. Dans Les Echos, Dominique Moïsi voit dans l'Egypte et l'Algérie, les deux pays les plus fragiles. L'inquiétude est visible dans toute la région, confirme le chercher Gilles Kepel dans Libé, mais il souligne tout de même les particularités de la Tunisie : "La révolution a été portée, avant tout, par une classe moyenne éduquée et largement laïcisée. C'est très différent des émeutes qui ont secoué l'Algérie au début du mois. La grande chance de la Tunisie, poursuit Kepel, c’est de ne pas être un état pétrolier. Dans beaucoup d'autres pays arabes, ceux du Golfe en particulier, les classes moyennes et les élites sont tenues. Tenues par le fait qu'elles vivent de la rente pétrolière distribuée par leurs régimes respectifs. La révolution de jasmin peut-elle s'exporter ? Autre petit signe : dans le monde arabe, quand les langues se délient, cela commence par de bonnes histoires, et beaucoup circulent en ce moment sur ce thème. Exemple : savez-vous que l'avion qui emmenait Ben Ali en Arabie s'est arrêté en Egypte. Pourquoi ? Pour embarquer Moubarak, bientôt en fuite lui aussi. Comment ne pas faire de confusion entre démocratie et dictature ? Dans l'édito de Libération, Laurent Joffrin cite un autre bon mot, signé Churchill : "La démocratie, c'est le seul régime où quand on sonne chez vous à 6h du matin, vous êtes sûr que c'est le laitier". Dans la série "ironie mordante... Le site "nawaat.org", la plateforme Internet qui a joué un rôle-clé pour la circulation de l'information en Tunisie, reprend un édito sonore réalisé par nos confrères de RFI jeudi dernier. C’est une volée de bois vert contre les silences du président français avant la chute de Ben Ali... http://www.facebook.com/pages/RFI-LE-7h13/116148845087764?ref=ts

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