(Patrick Cohen) Dans la presse ce matin : de drôles d'histoires

(Bruno Duvic) Je ne sais pas si le Canard enchainé demain lui décernera sa "Noix d'honneur" à la Une. Mais il mériterait bien une grosse coque. En Grande Bretagne, en pleine cure d'austérité, le ministre de l'Education Michael Gove voulait que le gouvernement offre un yacht à la Reine pour célébrer son jubilé de diamant. 60 ans de règne et un cadeau évalué à 70 millions d'Euros. Le ministre le voyait comme une façon de défier la morosité économique par une démonstration de ferveur britannique.

Défier l'actualité aussi, comme le raconte Le Figaro l'histoire du yacht a été révélée hier à la Une du quotidien The Guardian sous une photo du Costa Concordia.

L'opposition travailliste se frottait déjà les mains et préparait ses arguments sur le thème : on coupe dans le budget des écoles, est-ce le moment pour le ministre de l'Education d'offre un yacht à la Reine ? David Cameron lui a gentiment demandé de remettre son projet dans un tiroir bouclé à double tour.

Le « Costa Concordia » toujours à la Une de beaucoup de journaux

Et de la presse italienne, notamment. Sur son site Internet, La Repubblica raconte l'histoire des quatre derniers qui ont quitté le navire. En tout cas les quatre derniers connus. Ce sont les héros du jour, ils ont sauvé environ 500 personnes.

C'est l'un des quatre qui raconte : le maire adjoint de Giglio, Mario Pellegrini. Quand le navire s'est échoué, il n'a rien entendu, il était de l'autre côté de l'île. Une île plus que tranquille habituellement en hiver : les rues sont vides, les gens sont chez eux, à l'abri du froid.

Dès qu'il a été au courant, il s'est partagé le travail avec son patron : le maire resterait à terre pour accueillir les naufragés, lui irait en mer coordonner les secours.

Mais une fois sur le bateau, aucun responsable d'équipage. Mario Pellegrini raconte :

"Du côté gauche du bateau, complètement incliné, il faisait noir, les murs étaient devenus le sol. 500 personnes, perdues, en panique, qui glissaient. Et au milieu du chaos, une échelle. C'est le seul membre d'équipage que j'aie pu croiser qui l'avait posée là. Un jeune gars. Il a sauvé la vie à beaucoup de gens."

Mario Pellegrini pourrait dire "nous avons sauvé la vie" car avec le jeune garçon mais aussi un médecin de bord, un commissaire et cette fameuse échelle, ce sont eux qui ont organisé l'évacuation de la partie bâbord du navire.

"Les gens hurlaient, se criaient dessus, se poussaient, courraient dans tous les sens, les vieux, les enfants. Ils avaient peur. On a essayé de les mettre en file indienne, on leur a donné un chemin à suivre. On les accompagnait jusqu'à l'échelle pour les faire sortir, les faire monter sur la partie haute du navire, car l'eau continuait de monter. Imaginez-vous, il y avait des personnes âgées, qui ne pouvaient pas aller vite. On n'aurait jamais réussi si on n'avait pas formé une équipe tous les quatre.

A la fin, il restait 8-9 personnes coincées dans l'eau. Ca été le dernier coup de collier. On les a hissées à bout de bras et avec une corde. Puis on a fait encore deux inspections, pour être sûr qu'il n'y avait plus personne dans la zone. A terre, le médecin, je lui ai offert une bière, je lui avais promis pendant le sauvetage. Mais depuis je ne l'ai pas revu, ni les deux autres d'ailleurs."

Au-delà des opérations de sauvetage beaucoup de questions dans les journaux

Et notamment celle-ci à la Une de Presse Océan , édition Saint Nazaire, ville concernée de près par le sujet : "Faut-il avoir peur des paquebots ?" Le Figaro ce matin dénonce la course au gigantisme des paquebots de croisière. Le "Titanic" mesurait 269 mètres et pouvait accueillir 2435 passagers. C'était plus pour le "Costa Concordia" et encore plus pour le recordman du monde, "Allure of the seas" 361 mètres et jusqu'à 6360 personnes. "Ce n'est pas le gigantisme qui est en cause mais ses conséquences humaines fit le président de l'association française des capitaines de navire (...) Plus de passagers c'est beaucoup plus compliqué à gérer dans les situations d'urgence."

Dans Presse Océan , on rappelle d'abord que le Costa Concordia n'a pas été construit à St Nazaire mais en Italie. Différents responsables des chantiers navals affirment que les normes de sécurité sont très strictes mais qu'aucun bateau n'aurait pu résister à l'avarie subie par le paquebot italien. Un tel événement amènera inévitablement des évolutions règlementaires.

Evolution peut-être aussi dans le recrutement des équipages. L'Humanité met en cause le dumping social dans cette affaire. "A l'évidence il y avait à bord un équipage low cost" dit un représentant de la CGT. Une vingtaine de nationalités différentes dans l'équipage, cela pose des problèmes de communication qui peuvent se révéler dramatiques, on vient de le voir.

A la rubrique économie, les journaux s'intéressent déjà au sommet social de demain.

Comme le titre Libération , "Il n'y a pas que le triple A dans la vie". A la veille du sommet social, Le Parisien-Aujourd'hui en France fait un état des lieux à Pôle Emploi. C'est une drôle d'histoire pas drôle. Toujours la pagaille au sein de l'organisme chargé d'indemniser et conseiller les chômeurs.

Idéalement, un conseiller devrait avoir 60 personnes à suivre. Dans les faits c'est en moyenne 115 et Le Parisien a croisé à Yerres dans l'Essonne, un conseiller qui suit 655 personnes. Pôle emploi a supprimé 1500 postes en 3 ans, rappelle François Chérèque. Cela au moment où le chômage repartait brutalement à la hausse.

Dans l'actualité économique, le triple A disparu tout de même. Cela "menace le sauvetage de l'Euro" titre Le Monde . A la Une des Echos , le prix de l'essence, qui bat son record historique.

Et dans Le Figaro , à l'heure où on parle beaucoup de made in France, le made in Germany, (Allemagne), menacé.

C'est un projet de directive de la commission européenne. Pour l'instant, dans la fabrication d'un produit, le pays où a lieu la dernière étape importante de transformation est considéré comme le pays d'origine. Ainsi, une voiture, composée à 90% de pièces détachées étrangères mais assemblée en Allemagne est estampillée "made in Germany", gage de qualité, de robustesse et de rentrée d'argent.

La commission de Bruxelles veut considérer davantage les pays d'origine des matériaux et pièces détachées. Le patronat allemand est lancé dans un grand lobbying contre ce projet.

Encore deux drôles d'histoire dans la presse régionale

Bouchez vos narines délicates : il y avait de la cocaïne dans le hareng fumé ! 1 kilo. Le hareng était martiniquais, ou en tout cas le voyageur qui le transportait. Il a été arrêté à l'aéroport de Lyon Saint-Exupéry, raconte ce matin Le Progrès .

Et puis le match du jour dans La Provence . Les joueurs de l'OM contre les filles du cœur de Jésus.

L'OM voudrait agrandir son centre d'entrainement, la Commanderie. Il y a un magnifique terrain autour. Mais il appartient à une congrégation, qui a un couvent sur place et les sœurs n'ont pas l'intention de bouger.

Comme à Marseille le confort des joueurs de l'OM vaut bien une messe, on an envoyé le maire, Jean-Claude Gaudin et même l'Archevêque pour essayer de trouver un terrain d'entente. Que nenni. Les sœurs font savoir que déjà les moteurs des grosses bagnoles des footballeurs les dérangent. Pas question en plus de déménager.

Et elles en ont vu d'autres. La Provence raconte que la fondatrice de la congrégation installée là depuis le XIXème siècle a été assassinée en 1884 par le jardinier anarchiste du monastère.

Qui va gagner, les footeux, ou les bonnes sœurs ? La Bonne Mère est déjà en short pour arbitrer le match.

A demain !

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