Mozzarella
Mozzarella © Maxppp / Serge Manceau

Comment sortir de l'impasse ?

En 2008, le consul américain à Naples envoie un télégramme confidentiel à Washington. Et de quoi parle-t-il ? De mozzarella ! Dans ce câble diplomatique révélé par Wikileaks, il raconte comment la Mafia gagne des montagnes d'argent en nourrissant les bufflonnes avec des pommes aux pesticides, du sel à la bactérie escherierichia coli et coupe le lait avec de la poudre de Bolivie...

« Mozarella Connection », c'est un article de Philippe Guérard dans Le Nouvel Observateur . Une histoire de mondialisation. Au casting : le crime organisé, un paquet d'argent, des producteurs attachés à leur terre et des indiens venus en sauveurs.

Et des bufflonnes, bien sûr. Il y a une trentaine d'années, on leur demandait 7 litres de lait par jour et on les laissait vivre jusqu'à 25 ans. Aujourd'hui : 15 à 20 litres et ciao bello au bout de 8 ans.

Le business est crémeux, forcément la camorra y a mis son nez. Elle a même gangréné des pans entiers de la production de mozzarella. A tel point que la fabrication artisanale, d'origine contrôlée, aurait pu disparaitre.

Les éleveurs se sont organisés : coopérative, certificats, appellation d'origine. Mais entre la pression de la Mafia, les conditions de travail difficiles et les salaires pas reluisants dans le Sud de la botte, les Italiens ne se bousculaient pas pour traire les bufflonnes.

Alors d'autres ont pris le relais. En 2008, l'année du télégramme diplomatique, débarque dans cette région du Cilento, au sud de Naples, un homme venu du Pendjab, en Inde. Il rejoint une partie de sa famille, déjà installée sur place. Il s'appelle Bharat Kainth, c'est le personnage principal de l'article de l'Obs. Les Sikhs du Pendjab ont sauvé la mozzarella. Où vivent-ils dans le monde ? En Inde, bien sûr au Royaume Uni, logique et ensuite, en Italie. 145.000 immigrés dans la botte. Ils sont devenus le maillon indispensable de la filière laitière artisanale.

Dans la presse également, l'affaire Vincent Lambert :

L'euthanasie des mineurs fait débat en Belgique
L'euthanasie des mineurs fait débat en Belgique © Maxppp / Philippe Pauchet

Est-ce que c'est aux juges de se prononcer sur la fin de vie d'un homme et non aux médecins ? C'est la question que pose la dernière décision du tribunal administratif de Châlons-en-Champagne. Vincent Lambert, dans un état végétatif depuis plus de cinq ans à l'hôpital de Reims après un accident de moto. Fallait-il cesser de l'alimenter artificiellement et de l'hydrater, comme le souhaitait une large partie de sa famille, dont son épouse ? Cinq des six médecins qui le suivent étaient d'accord. Mais, saisi par les parents du jeune homme, en faveur de la poursuite des soins, le tribunal leur a donné raison.

Vincent Lambert avait fait savoir qu'il ne voulait pas d'acharnement thérapeutique s'il était dans une situation désespéré. Mais il n'y avait aucune trace de cela.

« Vincent Lambert, la mort suspendue », l'article le plus complet sur ce thème est dans Libération .

Arguments du tribunal : « C'est à tort que le CHU a considéré qu'il avait manifesté sa volonté d'interrompre le traitement. Sa conscience existe, il ne nous appartient pas de juger du sens de sa vie. » L'avocat des parents ajoute : « il n'est pas malade, il est handicapé. »

Dans Libération , interview de Véronique Fournier, médecin au centre d'éthique à Cochin : "Je ne pense vraiment pas que ce soit à des magistrats de prendre des décisions médicales ou de dire si un traitement doit être continué ou stoppé. La loi Leonetti a balisé le terrain, elle a précisé que la décision appartient au médecin en charge. »

Dans Le Parisien-Aujourd’hui , le président de l'observatoire de la fin de vie Régis Aubry redoute un retour en arrière si cette décision fait jurisprudence. Il redoute également qu'elle rende frileuse les équipes médicales.

La loi doit elle encore être précisée sur le statut des consignes et des proches du malade ? Un texte doit voir le jour cette année.

Réticence de Dominique Quinio dans La Croix : « La loi ne suffit pas à régler le dilemme moral posé par chaque histoire singulière. Il est illusoire de croire qu'une loi autorisant le suicide assisté ou l'euthanasie serait la réponse aux questions que nous pose la mort.

Ce que confirment cette histoire et les commentaires ce matin, c'est que le déroulement d'un débat serein est toujours menacé. Dans La République des Pyrénées ce matin, Jean-Marcel Bouguereau dénonce l'attitude des parents de Vincent Lambert, « catholiques intégristes » qui font de leur fils l' « otage d'une bataille idéologique (…) Sordides règlements de compte familiaux. »

La praticienne de Cochin complète, dans Libération : « On est face à une histoire unique avec des éléments singuliers qui ne doivent pas être mis sur la place publique. Ils sont de l'ordre du secret médical et du respect de la vie privée. ( …) La médiatisation est simplificatrice (…) Vincent Lambert devient l'otage d'un débat sociétal très important. »

Quoi d'autre dans la presse ?

François Hollande, côté femmes. Les magazines people en folie ce vendredi. Closer n'allait pas lâcher l'affaire. Après le scoop de la semaine dernière, rebelote aujourd'hui : « Julie Gayet, François Hollande : ils s'aiment depuis deux ans ». Voici essaye de raccrocher les wagons : Ségolène Royal serait venue rendre visite à Valérie Trierweiler à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière. Photos troublantes de l'ex candidate qui semble entrer dans un hôpital. Manque de chance, elle allait bien à la Salpétrière mais pour un rendez vous dentaire.

On en parlait dans le journal de 8 heures. Ouverture de la négociation Unedic aujourd'hui. C'est à la Une de beaucoup de quotidiens. « Les idées chocs des grands patrons » dans Les Echos , « L'impossible et urgente réforme » dans L'Opinion , « Faire plus et mieux » dans L'Humanité . « Comment les chômeurs sont traités en France » dans Le Parisien-Aujour d’hui.

Les deux images du jour. A la Une du Wall Street journal un élu Ukrainien en sang au parlement. Les débats sont souvent musclés dans l'hémicycle de Kiev. Hier c'est allé jusqu'au bourre-pif.

Et puis un patron de banque, ancien ministre des finances déguisé en drag queen, sur une scène, devant ses salariés. C'est l'option choisie par le président du conseil d'administration d'ABN Amro, ancien ministre néerlandais pour motiver ses troupes. Photo avec perruque, grosses lunettes et rouge à lèvre à la Une du Financial Times . Ca n'est pas si souvent...

Et puis un mot qui a traversé l'actualité ces derniers jours

Dignité... De l'affaire Vincent Lambert à l'affaire Dieudonné en passant par les déboires conjugaux de François Hollande, ou le 3ème anniversaire des révolutions arabes c'est un mot qu'on a souvent lu en effet dans la presse...

Qu’est ce que la dignité ? Le philosophe Roger-Pol Droit nous aide à répondre dans sa chronique hebdomadaire des Echos, intitulée cette semaine « Paradoxes de la dignité »

Premier paradoxe de la dignité : « Ce qui la bafoue et la menace est claire et facile à exprimer mais que ce qui la constitue est plus malaisé à formuler. »

Alors il nous renvoie à nos vieux souvenirs de classe de philo – Emmanuel Kant ! « Chaque personne doit être considéré comme une fin et non comme un moyen »

Deuxième point, qui donne de l’espoir. « La dignité humaine est indestructible. Elle peut être outragée, jamais détruite. Dès que cesse l’offense, elle se retrouve intacte comme un ballon qui reprend sa forme initiale. Ceux qui furent esclaves mettent souvent très longtemps à retrouver l’estime d’eux même, la confiance en soi mais la dignité est intacte.

Ce qui rend parfois les discussions confuses c’est l’entrelacs des différents registres. La dignité humaine en général, celle de la fonction présidentielle ou de la première dame en particulier, celle de la fin de vie, ne sont pas sur le même plan. Le problème du jour c’est qu’elles interfèrent. »

Bon week-end !

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