(Patrick Cohen) Dans la presse ce matin : un tour du monde en ballon

C'est le quotidien du Ghana Daily graphic , qui raconte, sur son site Internet. Hier la compagnie d'électricité Gridco a demandé aux Ghanéens d'économiser l'énergie le plus possible. Gare aux climatiseurs, aux congélateurs, ne laissez allumées que les lumières indispensables. Sinon, c'est votre téléviseur qui risque de s'éteindre en pleine coupe du monde. « Le Ghana rationne l'électricité les jours de match ». Rue89 et le site anglais Quartz complètent le récit : la majorité de l'électricité dans le pays vient de l'énergie hydraulique. Aléas climatiques, les coupures sont fréquentes. Pas question d'en subir hier soir, alors que disputait Ghana-Etats Unis. L'entreprise qui consomme le plus d'électricité, une fonderie, a ralenti sa production pendant 90 minutes. Au coup de sifflet final, les Etats Unis ont gagné 2/1

En Belgique, raconte Le Soir de Bruxelles, même les tomates cerise dans les supermarchés, sont noires, jaunes et rouge, au couleur du drapeau en ce moment. « Les supporters ont les diables au corps » constate le quotidien. Les diables rouges, surnom de l'équipe, « engouement sans précédent », ajoute le quotidien. La Belgique moquée, divisée, la Belgique où il faut des mois pour former un gouvernement, a enfin une occasion de se rassembler. Cri du cœur d'un politologue dans La Croix : "La Belgique souffre depuis toujours d'un complexe d'infériorité et voilà que Stromae vend des disques dans le monde entier, que nos humoristes font les beaux jours des télés et radios françaises et que nos joueurs gagnent des matches." Va donc pour la génération dorée des joueurs belges, outsiders de ce mondial. Eden Hazard, portrait dans Le Monde , le gardien Thibault Courtois, ou « la tarentule », dixit Libération . 1 mètre 97 sous la toise.

Engouement vraiment ? Un sociologue refroidit les ardeurs dans les colonnes du Soir : « Quand vous parlez du foot du matin au soir dans les médias, ce qui serait surprenant, c'est qu'il ne se passe rien. »

C'est en tout cas « L'heure de vérité » pour les Belges, comme titre Le Soir .

C'est à 18h aujourd'hui et c'est contre l'Algérie. Les voisins belges contre les cousins algériens, il y a des matches qui résonnent plus que d'autres en France. L'Equipe a suivi les supporters algériens, ils sont 5.000 au Brésil, ils ont déboursé entre 2.800 et 6.000 Euros pour les billets d'avions, les places au stade et une chambre à l'hôtel. Si les Algériens se qualifient pour les huitièmes de finale, l'Etat prendra les frais supplémentaires à sa charge. Pour l'occasion, le président Bouteflika se prend même pour Obama. « Yes we can » écrit-il dans un message aux joueurs. Les Verts, couleur de l'Algérie, abordent leur premier match avec beaucoup de certitudes et peu de doutes, fanfaronnent le quotidien El Watan . Avec des souvenirs aussi. Coupe du monde 1982, la toute petite Algérie éclate aux yeux du monde entier. Rabah Madjer, l'attaquant des fennecs à l'époque se souvient : « On venait de battre l'Allemagne, la grande Allemagne, vous vous rendez compte de ce que ça représentait pour nous ? » Mais l'Algérie n'ira pas plus loin dans la compétition. L'Allemagne et l'Autriche disputent un match bidon, resté dans l'histoire du foot comme le match de la honte, remporté 1/0 par les Autrichiens - le score qui élimine l'Algérie. « Les joueurs marchaient carrément sur le terrain, se souvient Rabah Madjer. J'en ai encore la chair de poule. » Depuis, plusieurs joueurs allemands ont présenté leurs excuses aux Algériens.

Un tour du monde en ballon : 4/0 pour l'Allemagne face au Portugal hier soir. Photo de Cristiano Ronaldo atterré à la Une du Diario de noticias et ce titre de Une : « Des débuts désastreux ». Une pointe d’arrogance à la Une du journal populaire allemand Bild : « Ce mondial est pour nous ! ».

0/0 hier entre l'Iran et la Cote d'Ivoire.

Et à Téhéran aussi, ce qui se passe sur les terrains remue les foules. « L'engouement des Iraniens pour le foot, écrit le chercheur Christian Bromberger sur le Huffington Post est un révélateur des contradictions qui taraudent la société. » Le sportif iranien par excellence, jusque-là c'était le lutteur, gros bras et héros chevaleresque de la tradition. Le footballeur, c'est le champion moderne et d'avenir. L'ascendant du second sur le premier traduit l'évolution récente de l'Iran.

Dans un pays où les autorités sont obsédées par la dissimulation du corps féminin, les pratiques et spectacles sportifs sont un enjeu essentiel. L'engouement des jeunes femmes des villes pour le foot est l'objet de controverses. L'accès des femmes au stade, interdit, est une revendication constante des féministes. Les stades, les manifestations qui s'y déroulent, les émotions qui y explosent : objet de surveillance du régime.

Un tour du monde en ballon, jusqu'à Mossoul, Irak. L'une des premières décisions des djihadistes, depuis qu'ils ont repris la ville : interdire à la population de regarder les matches. Mais ce qu'il n'y avait que ça ce se serait rien.

« A Bagdad, les chiites s'enrôlent en masse contre les djihadistes »

Titre du reportage de Georges Malbrunot dans Le Figaro . La guerre civile comme une menace chaque jour plus précise en Irak. Et les crimes de guerre version 2014. « A Tikrit, titre encore le journal, l'Etat islamique en Irak et au levant invente le crime de guerre 2.0 »

La prise de Tikrit, raconte Adrien Jaulmes, a été accompagnée de massacres de masse de soldats et de policiers. Le chiffre de 1700 victimes circule, sans pouvoir être vérifié. Les scènes macabres restent à dater et situer précisément, mais elles présentent toute l'apparence de la réalité. Particularité : les tueurs eux-mêmes ont aussitôt diffusé les photos sur Internet. Sans doute le premier cas dans l'histoire où les auteurs d'un crime de masse le documentent ainsi et le mettent en scène. Nouveau degré dans la guerre de communication. Changement de nature : après Ben Laden et ses interventions parcimonieuses, l'Etat islamique en Irak et sa communication tous azimuts.

Quoi d'autre dans la presse ?

Comme hier, le climat politique et social à la Une de presque tous les journaux. On en parle largement ce matin sur France Inter.

- Le Figaro : « SNCF, Manuel Valls fait le choix de la fermeté ».

  • Il « fait le tri entre les grèves », pour Les Echos . Car aux intermittents, « il promet une voie d'espoir ».

  • La grève SNCF « 3 français sur 4 sont contre » selon un sondage du Parisien-Aujourd’hui en France .

  • L'Humanité présente le plan alternatif de réforme du rail défendu par la CGT.

  • Ce climat social sur fond de division à gauche, entre le gouvernement et une partie des troupes socialistes. « La gauche en péril » titre Libération .

La grève SNCF à la Une du Monde aussi.

Et en page 27, une disparition : la disparition des gardes champêtres. Ils étaient 20.000 dans les campagnes de France sous le général de Gaulle, il n'en reste plus que 1.500. Et en plus ils vont changer de nom ! Ne les appelez plus gardes champêtres mais agents de police territoriale. La réforme figure dans une proposition de loi qui devait être examinée hier soir au Sénat. Les gardes champêtres vont fusionner avec les policiers municipaux pour un fonctionnement plus efficient des services. Dans cet article de Bertrand Bissuel qui fleure son sous-préfet aux champs, on apprend que les gardes champêtres existent depuis 1369 qu'ils se sont appelés, garde aux ablais (les blés coupés), garde messiers, sergents de verdure. Sous leur képi mou, ils constatent les atteintes au droit de la pêche ou de la chasse, à l'environnement, aux réserves naturelles. Fini donc les sergents de verdure, voici les agents de police territoriale. Et rien que le nom donne l'impression que les amendes qu'ils vont distribuer seront plus salées…

A demain !

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