La philosophe Elisabeth Badinter est triste du nouveau vocabulaire de l’antiracisme, l’Express; le cinéaste haïtien Raoul Peck est triste de notre racisme et de notre déni, le Un. La Préfète de la Creuse rend hommage au syndicaliste décédé Yann Augras, leader des GM et S, France bleu, le Populaire du Centre, l'Humanité

On parle de déclin…

Le déclin de l'Europe, qui se lit dans les Echos et dans le Figaro; les Echos me parlent d'économie et me disent que l'Union européenne va se battre enfin dans le commerce mondial, fini l'Europe naïve lis-je en Une, et l'on va sévir contre les entreprises étrangères subventionnées par des Etats, oui ça vise la Chine, on ira jusqu'à leur bloquer des marchés publics...  

Tout ceci est frémissant mais dans le Figaro, c'est plus grave; il s'agit d'une disparition physique. Les 27 pays qui composent l'union actuelle représentaient 12% de la population mondiale en 1960, nous ne serons plus que 4 % de l'univers en 2070, et lire le Figaro me donne l'impression d'un sablier démographique... Chez nos voisins espagnols, des territoires se dépeuplent, on parle de l'Espagne vide, ou de la Laponie du Sud,  à quelques deux heures de Madrid la concentration en habitants est parfois inférieure à celle du Nord de la Scandinavie! Le journal me raconte Villahoz, 300 habitants dans la province de Burgos, un village endormi à l'ombre de sa belle église du XVIe siècle, le bar ferme à 16 heures et après, nada, en 1965 Villahoz était un gros bourg de 1200 habitant mais les gens sont partis et pour cultiver le blé et l'orge, dix agriculteurs suffisent désormais quand il en fallait jadis 80... Un entrepreneur indien a installé à Villahoz une banque virtuelle qui fonctionne sur la technologie du blockchain la mondialisation cache ces curiosités, mais ce monsieur Avijit Sakar n'est pas content, il faudrait qu'on installe au village la fibre optique, sinon il ne restera pas... Pendant ce temps, à l'Est de l'Europe, on émigre vers des terres prospères; la Croatie, la Roumanie se vident de leurs forces vives et l'angoisse de disparaitre nourrit les peurs. Il faudra relancer l'immigration extra-européenne pour pallier manque de main d'oeuvre dit au Figaro Mme Dubravka Suica, vice-présidente européenne en charge de la démographie et de la démocratie, je sais bien que le populisme est favorisé par les peurs liées à l'immigration, mais fermer les frontières n'est pas la solution.... Ses deux portefeuilles, démographie et démocratie, semblent se défier.

On parle aussi de tristesse ce matin...

Deux tristesses  qui s'opposent mais se conjuguent dans nos déchirures identitaires... D'un côté la philosophe Elisabeth Badinter, que l'Express interroge, elle n'aime pas le langage des nouvelles luttes antiracistes, ni le mot racisé, ni le concept de privilège blanc. " Ce nouveau vocabulaire est un crachat à la figure des hommes des Lumières", dit Badinter, on s'était débarrassé en France de cette idée des races,  mais "nous y revoilà, avec ce vocabulaire importé des Etats-Unis. La race partout ! Je pense que c'est la naissance d'un nouveau racisme, c'est la fin de l'autre comme alter ego"...Badinter en appelle à  l'universalité, nous en venons, la perdons-nous... 

La charge de la philosophe est belle, mais en même temps, un homme, d'aussi belle stature, le cinéaste Raoul Peck, ancien ministre haïtien,  livre au UN son acte de divorce avec notre pays  " Ce matin, en me levant, je me suis mis à pleurer. Je venais de comprendre que mon histoire avec la France venait de se terminer", écrit-il et c'est notre racisme qu'il met en cause, que nous ne voyons pas, persuadés que seule l'Amérique est coupable et brutale... "Trop de silence, trop d'ignorance, trop de mépris de l'autre, trop d'égoïsme, et surtout trop de déni dit Peck, qui décrit aussi nos déconstructions sociales ; lui et Badinter ne s'annulent pas, ils additionnent leurs peines et on ne peut nier...

Pendant ce temps, à Fives, quartier populaire de Lille, loin des manifestations qu'ils refusent de rejoindre, les membres d’une famille espèrent de la justice bien lente la vérité sur la mort d'un jeune homme, Brahim Moussa, tué en décembre 2018 au petit matin quand il venait de s'acheter des croissants avec des copains,  un policier « bon camarade, jovial », avait cru qu'un collègue était en danger ; le Monde raconte la confusion d'une nuit, et l'attente depuis d'une famille qui tient un restaurant, de spécialités thaï et de foie gras halal,  la tante de Brahim Moussa, Aïcha, est fonctionnaire, au service de l'Etat.
 

Et on parle d'une préfète pour finir... 

Une préfète en grand uniforme, la préfète de la creuse, qui cet après-midi me dit France Bleu sera au cimetière de Saint-Léger-Le-Guéretois pour rendre hommage à un syndicaliste CGT mort à 47 ans la semaine dernière dans un accident de la route... Le geste est rare et dit l'importance de Yann Augras, dont la voix retentit sur une pleine plage du Populaire du Centre : « Allez les petits et surtout on lâche rien » disait cet homme  qui avait mené le combat des GM et S, les salariés d'un sous-traitant de l'automobile chassés de leur emploi... Allez lire le Populaire mais aussi le bel hommage sur le site de l'Humanité de l'écrivain Arno Bertina, et un vieux portrait de Libération pour cet homme qui sur les barrages égayait les copains en leur racontant des recettes de cuisines, et parlait avec le frémissement des hommes de la terre, de l'usine où il avait débuté jeunot....« L'odeur de ferraille, tout de suite quand tu entres dans un atelier, y en a qui te diront ça sent pas bon mais ça sent bon. C'est pareil avec la forge, ou la soudure... »  La classe ouvrière disait-on jadis ira au paradis...

Si l’on parle de perception extra-sensorielle, il vous reste une journée pour aller au kiosque et acheter la Vie, avant son nouveau numéro demain, et lire un dossier splendide et passionnant sur un animal méconnu et injustement décrié, la chauve-souris ! 

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