"Une nouvelle histoire"... La Une du Parisien-Aujourd'hui en France résume bien le sentiment général de la presse en ce jeudi matin de l'Ascension... "Une nouvelle histoire a bien commencé hier à l'Elysée, et donc pour la France, puisque nous avons assisté à un passage de témoin, écrit Olivier Picard dans Les Dernières Nouvelles d'Alsace... un passage de témoin d'une génération à l'autre, et ce rajeunissement est une chance pour la France"... La presse évoque ce matin, en la personne de Nicolas Sarkozy, "un Président new look"... "un homme neuf"... "un jeune entrepreneur", écrit Jean-Claude Souléry dans La Dépêche du Midi, sous le titre : "L'ancien et le moderne"... "l'ancien, c'est-à-dire Jacques Chirac, qui pour la première fois depuis 40 ans, écrit Souléry, rentrait chez lui... l'ancien, à peine éloigné du pouvoir, et déjà simple passant"... Et le style alors, de cette passation de pouvoir ?... "Un rituel monarchique", écrit Francis Laffon dans L'Alsace... "un rituel dont la France a gardé le goût"... "Contraste", écrit Dominique Valès dans La Montagne... "D'un côté Johnny, de l'autre la Grande Croix de la Légion d'Honneur... De ce contraste, dit Valès, il revient maintenant à Nicolas Sarkozy de faire un style"... "Au pas de charge", écrit Philippe Waucampt dans Le Républicain Lorrain... "En dix jours exactement, Nicolas Sarkozy a posé les jalons d'une Présidence qui s'annonce décoiffante... De la griffe Sarkozy, dit Waucampt, nous avions le versant privé, pas vraiment placé sous le signe de la sobriété... Mais après la séquence karaoké-Chivas Régal, la face officielle de la marque Sarkozy, écrit Waucampt, est étonnante de justesse et d'intelligence politique... Tout a été pensé, rien de brouillon dans cette première journée, chaque phrase a été maîtrisée, dans une combinaison de faste et de sobriété qui répond exactement aux attentes des Français"... "La République aime ces instants-là", écrit Yves Thréard dans Le Figaro... "Nicolas Sarkozy n'est pas seulement un nouveau Président... C'est aussi un homme neuf, installé aux plus hautes fonctions de l'Etat... Mais attention... Sarkozy a beaucoup promis, dit Thréard... Il ne doit pas décevoir... La forme a changé... C'est maintenant sur le fond qu'il doit apporter les preuves de sa rupture"... Et le patron de Libération, Laurent Joffrin, se fait prudent ce matin... Il constate que "Nicolas Sarkozy envoie un signal clair, et qu'il le fait avec une redoutable habileté... Dans ces conditions, écrit Joffrin, toute opposition pavlovienne serait vouée à l'échec... Il faudra juger sur pièce... Soyons calmes et tolérants, les objections viendront d'elles-mêmes"... Et puis il y a Catherine Pégard, du Point, à l'Elysée, et Myriam Lévy, du Figaro, à Matignon... Envoyées spéciales ?... Non non, pas du tout : elles changent de job... Et c'est le journal Le Monde qui a sorti l'info... Myriam Lévy, reporter au Figaro, devient conseillère à Matignon... et Catherine Pégard, la patronne du service politique du Point, devient conseillère de Nicolas Sarkozy à l'Elysée, où elle retrouvera l'ancien confident de François Mitterrand, Georges-Marc Benamou... Ce qui nous amène à la Une de France Soir, ce jeudi matin : "Sarkozy est-il de gauche ?"... France Soir fait le recensement de tous ces mitterrandiens ralliés d'une façon ou d'une autre au nouveau pouvoir... Jacques Séguéla... Jacques Attali... Max Gallo... Bernard Tapie... Georges-Marc Benamou... et côté people, Pascal Sevran et Roger Hanin... sans oublier une patronne : Anne Lauverjon, sollicitée de longue date... Et à l'image de Docteur Jekyll et Mister Hyde, Gérard Carreyrou parle de "Docteur Kouchner" et de "Mister President"... A propos du Quai d'Orsay, Le Monde s'interroge sur la viabilité d'une diplomatie à deux visages... Le chiraquien Jean-David Levitte, qui va devenir à l'Elysée chef d'un Conseil national de sécurité, et le "French doctor", Bernard Kouchner, au Quai d'Orsay... Nathalie Nougayrède évoque "Levitte, un expert à sang froid", et "Kouchner, un sanguin passionné"... Et elle conclut que "la marge de manoeuvre de Monsieur Kouchner reste bien incertaine"... Côté nominations, les journaux, ce matin, s'accordent plutôt pour pronostiquer Rachida Dati à la Justice... Cette jeune femme, toute nouvelle dans le sérail politique, est en couverture, cette semaine, du magazine Le Point, avec ce titre : "La vague Sarkozy"... Ils auraient même pu titrer : "La nouvelle vague"... Dans Le Figaro, Judith Waintraub relève que "Michèle Alliot-Marie s'est fait prier pour accepter une partie du ministère de l'Intérieur... et que Roselyne Bachelot a accueilli avec enthousiasme la perspective du ministère de la Santé... Quant aux ennuis judiciaires d'Alain Juppé, ils ne devraient pas avoir de conséquences sur sa nomination au gouvernement"... Enfin, dans Le Parisien-Aujourd'hui en France, Jean-François Copé explique que Nicolas Sarkozy lui a proposé de présider le futur groupe UMP à l'Assemblée nationale... Le patron d'Emmaüs, Martin Hirsch, pourrait devenir secrétaire d'Etat au Logement... Enfin, le ministère de la Culture semble sauvé... Le milieu avait craint de se voir noyé dans un vaste ministère de l'Education... Et il s'est démené pour sauver la rue de Valois... C'est l'ancienne plume de Jacques Chirac, qui est aujourd'hui la patronne du château de Versailles, Christine Albanel, qui devrait être la prochaine ministre de la Culture... La première couleur qui saute aux yeux dans les Unes des quotidiens, ce matin, c'est le rouge... le rouge du tapis rouge... "Cérémonie d'ouverture", titre Libé en Une... Et vous croyez qu'on va parler du Festival de Cannes ?... Eh bien non... Ce rouge est celui de la cour de l'Elysée... Et la presse n'a eu d'yeux que pour une seule star : Cécilia... Eclipsée, la sublime actrice taïwanaise Shu Qi, qui montait les marches hier soir à Cannes... Oubliée, la charmante Diane Kruger, dans sa belle robe blanche de maîtresse de cérémonie... Complètement zappée, la chanteuse Norah Jones, vedette du film d'ouverture de Wong Kar-wai, "My Blueberry Nights"... Non, la presse, ce matin, n'a de regards que pour cette belle femme en robe de satin "Duchesse Ivoire" signée Prada... Cécilia Sarkozy, dont Le Parisien-Aujourd'hui en France rappelle qu'elle fut occasionnellement mannequin pour Schiaparelli... C'était à l'époque où il lui fallait payer ses études de droit à Assas... Cécilia, star des cérémonies à l'Elysée, fait ce jeudi la Une de VSD, sous le titre : "L'énigme Cécilia"... et la Une de L'Express, avec son mari de Président, sous le titre : "Un couple à l'épreuve du pouvoir"... Le Parisien fait le point ce matin, sous le titre : "Une Première dame sous les feux de la rampe"... L'article est signé Ludovic Vigogne... Il résume... "Le dimanche 6 mai, Cécilia ne va pas voter... Elle n'est pas aux côtés de son mari rue d'Enghien à 20 heures... Elle n'est pas au Fouquet's pour la petite fête qu'elle a pourtant scrupuleusement organisée... Cécilia n'apparaît qu'à 23 heures sur la scène de la Concorde"... Et Vigogne cite un élu proche du couple, qui croit lire dans son attitude la peur suscitée par l'idée de devenir Première dame de France contre sa volonté... Elle a le sentiment que son destin lui échappe... C'est difficile de se préparer à cela... Et Le Parisien de rappeller cette fameuse interview dans Télé Star un mois de mai... C'était en mai 2005... "Je ne me vois pas en First Lady, déclarait Cécilia Sarkozy... Cela me rase... Je ne suis pas politiquement correcte... Je me balade en jeans... Je ne rentre pas dans le moule"... Toujours dans Le Parisien, Christine Clerc, interrogée, dit que "Cécilia va subir tout ce que les Premières dames ont subi avant elle : les critiques, les caricatures, les Guignols de l'Info... toutes choses que Cécilia a mal supporté jusqu'à présent, dit Christine Clerc... Et pourtant, elle n'en a eu qu'un aperçu"... En tout cas, hier, c'était la meilleure part du gâteau... Cette famille de beaux jeunes gens blonds, dans la salle des fêtes du palais de l'Elysée... "cette femme élégante, dit Yves Thréard dans Le Figaro... cette femme que son mari a osé embrasser publiquement sur les lèvres... une famille en concordance avec son temps"... Et on retiendra bien sûr la photo du petit Louis, se faisant expliquer par le général Kelche les médaillons du collier de la Grande Croix de la Légion d'Honneur... La presse évoque un autre petit garçon : John-John, qui gambadait autrefois dans le Salon Ovale de la Maison Blanche... Oui, il y avait hier, à l'Elysée... quelque chose... de Kennedy...

Patrick BOYER

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