La légende blessée de Lagardère dans "Libé", Total ou l'humiliation européenne pour le "Financial Times", Beauvoir préférait Sartre mais Sastre n'aime pas Beauvoir dans "Le Figaro", les hommes sont-ils obsolètes ? demande "Le Point", un prêcheur salafiste est dans "Le Monde" et les adeptes d'Angela Davis dans "L'Obs".

Une légende française est à la une de "Libération"

Un nom légendaire et ce matin blessé, ce pourrait être l'Olympique de Marseille, dont le charisme est tel que même sa défaite est racontée avec les mots de sa gloire... "Aux larmes" est le titre de de L'Equipe ET de La Provence.

Libération ne parle pas de football mais d'un groupe en dispersion : Lagardère est la légende que le journal humilie, "Papa, j'ai rétréci l'empire", et un homme de 57 ans, Arnaud Lagardère, est ramené à sa seule condition d'héritier, le fils de Jean-Luc Lagardère, qui avait bâti un groupe d'aéronautique, d'armement, de médias... Arnaud se replie sur l'édition et les magasins d'aéroport, choix rationnel mais repli saisissant, et, en quelques sources anonymes, Libération décrit un patron longtemps obsédé par son endettement personnel, et qui passerait trois ou quatre mois par ans sur les plages de Floride.

Cette narration se retrouve dans nos journaux. L'éditorial de Midi libre s'en prend au même Arnaud Lagardère, coupable d'avoir cassé sa tirelire à la soirée de charité de la fondation Paris Saint-Germain et d'avoir acheté pour 400 000 euros le droit de jouer une partie de football entre amis au Parc des Princes.

Il y a trois jours, Le Monde exécutait Arnaud Lagardère d'une phrase – "Il est plus facile de devenir dilettante que tycoon" – et opposait Arnaud à son père, que le journal saluait ainsi à sa disparition : "Un destin français."

Et c'est justement le sujet – la France – et Le Monde faisait le lien entre les malheurs de Lagardère, les démêlées judiciaires du groupe Bolloré et la grève d'Air France : trois crises d'une inadaptation, trois fleurons industriels français déconnectés de notre époque.

Et cette déconnection est infiniment plus sérieuse. 

Il est une entreprise française qui s'adapte. Notre multinationale Total se prépare à renoncer à son projet d'exploitation de gaz iranien, sous la menace des sanctions de Donald Trump. Les Echos en font leur une, mais le Financial Times aussi. Il appuie là où cela fait mal : en menaçant de se retirer de l'Iran, Total anéantit les espoirs de l'Europe de sauver l'accord sur le nucléaire iranien. La société prend acte de l'impuissance européenne. Dans Le Figaro, notre ministre des Finances, Bruno Le Maire, proclame : "Les Etats-Unis ne peuvent pas être le gendarme économique du monde."

Et pourtant, si. La preuve par Total qui demande aux Etats-Unis une dérogation à la règle du blocus, et voudrait que la France et l'Europe, humblement, appuient cette demande d'indulgence...

Simone de Beauvoir sort de l'ombre...

C'est le beau titre du Figaro littéraire, avec une si belle photo que publie également Le Monde,  où Simone de Beauvoir vêtue de rouge nous regarde moqueuse. Beauvoir, qui écrivait ceci : "Je crois trop radicalement à la mort pour me soucier de ce qui arrivera après." Après, il y a cette rencontre des légendes, puisque Beauvoir entre dans la Pléiade, avec ses mémoires... "Une vie, c'est un drôle d'objet d'instant en instant translucide et tout entier opaque", et ces mémoires sont aussi un drôle d'objet, qui perturbe la romancière Camille Laurens dans Le Monde, puisque Beauvoir, l'écrivaine phare du féminisme, se révèle consacrée à un homme, Sartre, dont elle écrivait ceci : "Son bonheur, son œuvre avant la mienne. Sartre est pour moi l’incomparable, l’Unique. J’ai cédé à la vérité."

Et ayant lu on s'étonne de lire la philosophe Peggy Sastre, dans Le Figaro, qui décrit Beauvoir comme une idéologue, "totalitaire"dans son approche de l'émancipation féminine. Mais Sastre combat les féministes contemporaines qui balancent les porcs… Il faut abimer les légendes pour remodeler le présent ? 

Le Point contourne le féminisme, en  mettant une femme à sa une Laetitia Strauch-Bonart, qui publie un livre au titre perturbant, Les hommes sont-ils obsolètes ?, car ce sont les hommes qui seraient en train de perdre la guerre des sexes, inexorablement et statistiquement. Les hommes réussissent moins bien à l'école, l'économie du savoir profite aux femmes, les hommes voient leur rôle symbolique miné par la procréation assistée, ils sont chassés de l'éducation par les familles monoparentales, et, ajoute Le Point, ce sont eux, les hommes, qui s'égarent devant les jeux vidéo au lieu de travailler.

On complétera avec ce récit dans Libération, d'une femme si longtemps battue, dit-elle, et qui a fini par étrangler son mari, avant de jeter son corps à la mer ; elle sera mardi prochain devant la Cour d'assises d'Aix-en-Provence. Annie Métais pose en robe blanche dans Libération, le dossier d'accusation la décrit comme manipulatrice.

Et un prêcheur salafiste est dans "Le Monde"

Dans un article d'une netteté absolue, qui aborde une autre légende avec les simples armes du journalisme – le salafisme est une légende noire de la société française, qui attire des dizaines de milliers d'adeptes. On rencontre alors "un colosse barbu aux yeux rieurs", Atef Oueslati, 35 ans, autoentrepreneur en restauration et prêcheur, dont le premier mentor, un imam marseillais, vient d'être expulsé de France. Mais Atef revendique son parcours, depuis une cité perdue, la Zaïne, sur les hauteurs de Vallauris, jusqu'au salafisme rencontré en prison. Et il assure que sa haine, il dit le "takfir", s'est dissipée dans sa foi et sa pratique. Oueslati a ainsi converti des jeunes gens en mal d'absolu, deux de ses élèves sont partis en terrorisme. Le Monde ne juge rien, n'édulcore rien, mais raconte... 

On trouve cette même volonté dans un article de L'Obs consacré à ces militants radicaux, les indigènes décoloniaux, qui sont une autre légende de nos débats. L'Obs expose les logiques et l'absolu de militants en révolte conjugués qui se retrouvent autour d'Angela Davis, militante des Black Panthers il y a deux générations, aujourd'hui également militante lesbienne, quand Beauvoir masquait ses amours féminines... 

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