(Nicolas Demorand : "Question, ce matin, dans la presse : la télé rend-elle mauvais ?") "Attaché à une chaise électrique, un homme hurle de douleur : il vient de recevoir une décharge entre 20 et 460 volts... C'est le principe incroyable du jeu télévisé 'La zone extrême' : lorsqu'un joueur répond de travers à la question d'un autre candidat, ce dernier peut le punir en lui envoyant une décharge"... Voilà comment, dans Les Inrockuptibles, Jean-Marie Durand présente le programme vedette ce soir à la télévision et ce matin dans la presse. 80% des candidats ont envoyé une décharge mortelle... "Télé : l'expérience qui dérange" : c'est la Une du Parisien-Aujourd'hui. Car le jeu est fictif, mais les candidats ne le savaient pas. "La zone extrême" est inclus dans un documentaire diffusé ce soir sur France 2, intitulé "Le jeu de la mort". A l'origine de l'expérience : Christophe Nick, critique régulier des médias (on se souvient de son livre sur TF1 avec Pierre Péan). Il explique sa démarche dans Le Parisien... "La télévision est un pouvoir. Je me suis demandé : 'Est-il si important qu'il peut faire de nous des bourreaux potentiels ?'. Jamais les gens n'auraient obéi s'ils n'avaient pas fait confiance. Ils se sont dit : 'La télé sait ce qu'elle fait'". La télé nous rend-elle mauvais ? La question est en couverture de Philosophie Magazine ce mois-ci. Témoignages de candidats qui ont donné virtuellement la mort... Philippe, 52 ans, conducteur de métro... "De toute façon, moi j'ai l'habitude d'obéir. Quand on pilote un avion ou un train, faut pas se poser de question". Sophie, 46 ans, hôtesse de l'air... "Mes grands-parents ont porté l'étoile jaune. Je me suis toujours demandé pourquoi ils avaient obéi à cet ordre. Et voilà qu'à mon tour, j'ai obéi". Et puis deux témoignages de candidats qui se sont arrêtés avant la décharge mortelle... Maria, 36 ans... "Je viens d'un ex-pays communiste : la Roumanie. Le fait d'accepter l'autorité et de se soumettre à un peu n'importe quoi, c'était l'idéologie. Ca m'a donné la force". Enfin, Julien, 27 ans... "J'ai cru que je n'allais pas m'en sortir : c'est difficile de dire non. Tu dois le faire, mais avec les gens qui crient... Et puis, quand j'ai dit que j'allais arrêter, tout s'est détendu". Voilà pour ces témoignages édifiants. Toujours dans Philosophie Magazine, Christophe Nick défend l'idée qu'avec la télévision, et singulièrement la téléréalité, les tabous sont balayés les uns après les autres. C'est une course à la transgression. Dans La Dépêche du Midi, il parle de "pré-barbarie". (ND : "Cela dit, les comptes rendus du documentaire de ce soir sont plutôt critiques, ce matin, dans la presse")... D'abord Christophe Nick n'échappe pas à ce qu'il dénonce : une mise en scène qui donne dans l'excès. Malaise par exemple dans Libération quand, pour illustrer la difficulté à résister au pouvoir de la télé, on montre les images de la place Tian'Anmen. Paroles de sociologue dans Le Figaro... "Dès le début, les auteurs voulaient absolument prouver que regarder la télévision fait des téléspectateurs des barbares. C'est une thèse plus idéologique que scientifique". Enfin, troisième argument, avancé dans Philosophie Magazine par le spécialiste des médias Jean-Louis Missika : "L'expérience montre que la culture de l'obéissance se porte bien en France. Mais cette culture s'apprend sans doute plus à l'école et dans la famille qu'à la télévision. La télévision n'est pas une seringue qui inoculerait le gène de la violence ou de la soumission. La sociologie des médias a démontré que cette influence était, non pas fausse, mais indémontrable". Terminons sur un propos encourageant, celui du philosophe Bernard Stiegler : "Les gens ne demandent qu'à s'élever. Quand vous leur en donnez la possibilité, ils la saisissent". Et il rappelle que, parmi les émissions de radio les plus téléchargées, il y a celles de France Culture. (ND : "Allez, on passe à la politique... Concours de jeux de mots, à la Une de la presse")... Défaite de la droite dimanche aux Régionales... Les électeurs rendent hommage à Jean Ferrat dans Le Canard Enchaîné : "Que la mandale est belle !". C'est "SarK.O." en couverture du Nouvel Observateur. Mais le jeu de mots qui retient l'attention, c'est celui à la Une de Libération : "Sarkomerta". Beaucoup de journaux, depuis dimanche, ont relevé la langue de bois des ministres et membres de l'UMP pour relativiser, voire nier, la défaite. "Le déni de la défaite" : c'est le titre de l'édito de Jean-Pierre Bedeï, dans La Dépêche du Midi. C'est ce que L'Express appelle "la stratégie du bunker". "Les voix discordantes au sein de la majorité sont priées de se taire", ajoute Libération. Confirmation à la Une du Figaro : "Le rappel à l'ordre de Fillon". Au cours d'une réunion du Comité de la majorité, le Premier ministre a stigmatisé le manque de sang-froid et de solidité de tous ceux qui, d'Alain Juppé à Rachida Dati et Christine Boutin, ont fait entendre leur mécontentement. Fillon, bon petit soldat ? Pas sûr, à en croire Le Canard Enchaîné cette semaine. Dimanche soir, devant ses troupes à Matignon, il aurait eu des mots très durs. Le Canard les cite entre guillemets, ce qui laisse toujours un peu perplexe... "C'est la panique à l'Elysée", aurait dit le Premier ministre. "C'est le pire scénario qui pouvait arriver. L'UMP derrière le PS, et le Front National en position de se maintenir dans douze régions. Nicolas est entouré par des autistes ou des béni-oui-oui qui le confortent dans son refus de voir la réalité. On paie plein pot les conneries de Besson. Ce n'est pas faute d'avoir tiré la sonnette d'alarme. Quand on dit que l'immigration est au centre de tout, on légitimise le vote FN et on ne récupère pas une voix. L'idée d'un ministre de l'identité nationale a vécu". "Régionales : accords à gauche et règlements de compte à droite", titre Le Monde aujourd'hui. A l'exception de trois régions, le PS, les Verts et le Front de Gauche sont en effet parvenus à se mettre d'accord. Mais pour Jean-Marcel Bouguereau, dans La République des Pyrénées, "le PS fait bien de ne pas se réjouir trop vite". Car, en réalité, selon Bouguereau, "le Parti Socialiste est au bout d'un cycle. Il a de nouveaux alliés qui défendent un système différent. L'écologie essaie de sortir du culte de la croissance. Alors qu'au PS, la réflexion sur le projet est au point mort. S'il veut battre Sarkozy en 2012, il lui faut impérativement changer". Bon, heureusement, le dessinateur Pétillon trouve une solution pour tout le monde, à la Une du Canard Enchaîné... Nicolas Sarkozy discute avec François Fillon. Il redoute un grand chelem de la gauche. Alors il a une idée géniale : "Et si je proposais un ministère à Georges Frêche ?". (ND : "Quoi d'autre dans la presse ?")... Plein de choses... Demandez France-Soir... Nouvelle formule ce matin. C'est la énième pour le quotidien de Lazareff et Kessel, qui n'en finit plus de courir derrière sa prestigieuse histoire. Mais là, le propriétaire russe de France-Soir a mis le paquet. Le nombre de salariés a plus que doublé. Le budget pub atteint 20 millions d'euros bruts. Au passage, Médiapart se demande pourquoi cet oligarque russe dépense autant d'argent. Il relance aussi la guerre des prix, puisque France-Soir est vendu 50 centimes, contre 1 € pour son concurrent direct Le Parisien. Il s'offre les signatures de figures populaires, comme PPDA ou Laurent Cabrol. La maquette est un peu plus aérée et colorée. Honnêtement, ça ne saute pas aux yeux. A la Une ce matin : Simone Veil, qui entre demain à l'Académie française. Dans son billet, Patrick Poivre d'Arvor rappelle qu'il y a trente ans, quand la première femme, Marguerite Yourcenar, avait revêtu l'habit vert, certains académiciens s'étaient bouché le nez. Une menace de grève dure des hôtesses et stewards chez Air France... C'est à lire sur LaTribune.fr. Ils s'opposent à la réforme du moyen-courrier au sein de la compagnie. Pas de réforme des fonds spéculatifs, en revanche... Ils sont souvent montrés du doigt depuis l'éclatement de la crise. Mais les pays européens n'ont pas réussi à se mettre d'accord sur des mesures d'encadrement. Si les conservateurs reviennent au pouvoir au printemps en Grande-Bretagne, la réforme pourrait être tout simplement enterrée. C'est à lire dans Les Echos. Et terminons avec le récit vibrant des obsèques de Jean Ferrat, dans L'Humanité... Lundi, 4 millions et demi de téléspectateurs ont suivi la soirée hommage sur France 3. Hier, à Antraigues, dans l'Ardèche, "Toute sa France est venue", écrit L'Huma. Marie-José Sirach raconte le cercueil exposé Place de la Résistance, les fleurs, les oeillets, les roses rouges, les gens venus de Lorraine, de Lyon, de Lille, Marseille ou Saint-Etienne, le casse-croûte mangé à la bonne franquette adossé à un tronc d'arbre... On a remarqué l'absence du ministre de la Culture, Frédéric Mitterrand. Puis, vers 14 heures, la foule se rapproche et se resserre. Pour dire l'émotion, la journaliste de L'Huma a ce joli mot : "On serre le poing au fond de sa poche trouée"... Clin d'oeil à Rimbaud : "Ma bohème"... "Je m'en allais, les poings dans mes poches crevées. Oh ! là là ! que d'amours splendides j'ai rêvées !"... Bonne journée...

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