Patrick Cohen : Dans la presse ce matin : le ciel comme un couvercle... Bruno Duvic : Vous vous souvenez peut-être de ce bloggeur de Benghazi dont nous avions diffusé l'appel le mois dernier : "Dîtes à Kadhafi de partir maintenant". Ces derniers jours, Mohamed Nabbous ne donnait pas signe de vie. Il est sorti de son silence. Via les méandres de l'Internet, les sites "Rue89" et "streetpress", on retrouve sa trace. Il a donné une interview à CNN, mardi semble-t-il. Il parle de la situation à Ajdabiya. Le présentateur de CNN conclut l'interview en disant : "on se reparle demain". Réponse... http://www.rue89.com/2011/03/16/de-libye-tous-ceux-que-je-connais-a-ajdabiya-sont-morts-195301 (- Je ne suis pas certain d'être avec vous, demain, parce que je ne sais pas si je vais survivre cette nuit. Mais il y aura quelqu'un d'autre avec vous... j'espère... - Attendez, attendez, dit le présentateur : Vous pensez que la situation est si grave que les gens ne vont pas survivre ? Vous pensez que ça va si mal ? - Beaucoup de mes amis sont déjà morts et d'autres personnes sont mortes. Je ne vois pas ce qui pourrait arriver de pire. Et vous ? - OK dit le présentateur. On s'arrête là.) Ajdabiya bombardée, Benghazi menacée... Et une autre vidéo sur le site de France-24. On y voit de la fumée. Ce sont les tentes des manifestants de la Place de la Perle à Bahreïn que l'on brûle. "A Bahreïn, écrit Georges Malbrunot dans Le Figaro, la révolte est étouffée dans le sang". 17 mars 2011 : alors qu'un nuage venu du Japon inquiète le monde entier, le printemps arabe serait-il en train de se couvrir de gris ? Dans Le Monde, photo de quatre hommes, lunettes de soleil et kalachnikov en bandoulière, ce sont les combattants irréductibles du front de l'est de la Lbye. Parole aussi à ces montagnards de l'ouest, qui se disent prêts à se battre pendant des mois. "Faites savoir tout cela !". Pour l'instant, les troupes de Kadhafi vont beaucoup plus vite que l'Occident, la montre tourne. Là aussi, il y a urgence. Patrick Cohen : La fumée des bombes en Libye, le gris de la neige au Japon. Bruno Duvic : La neige, nouvelle plaie de ces dernières heures dans le Japon martyre. Voyez cette dame, manteau et capuche rouge sous les flocons, en couverture de Libération. Elle a les mains jointes. Titre à la Une : "Survivre". Une autre fumée sous la plume de l'envoyé spécial de la Repubblica. Giampaolo Visetti qui raconte inlassablement l'innommable dans ce nord-est du Japon en proie à toutes les horreurs. "Sur la plage noire de la ville de Minamisoma, écrit le reporter, des flammes rouges dissipent un voile de neige blanche qui recouvre l'indécence laissée par le tsunami. Des colonnes de fumée grise montent dans le ciel, mais elles ne viennent plus des navires et des maisons qui brûlent dans la boue. Les survivants de la ville, à peine plus de la moitié des 75.000 habitants, se sont renseignés. Ce que l'on brûle avec le reste des bâtiments détruits, ce sont les cadavres de leurs proches et d'inconnus." Pour Paris-Match, Michel Peyrard s'est rendu lundi dans la zone désormais interdite, près de la centrale de Fukushima. Le lundi matin, on n'entendait que les croassements des corbeaux et les crachotements des haut-parleurs dans cette ville dévastée par le raz-de-marée. Et puis, soudain, une Limousine escortée de deux motards et d'une colonne de véhicules militaires est passée. "Vite!" criait le passager de la Limousine. L'explosion dans le bâtiment N°3 venait d'avoir lieu. Dans La Croix, Guillaume Goubert rend hommage aux 50 salariés de la centrale restés à l'intérieur. Il évoque Churchill, qui disait à propos des aviateurs britanniques pendant la Seconde Guerre mondiale : "Jamais dans l'Histoire, un si petit nombre d'hommes n'a tenu entre ses mains le destin d'un si grand nombre". Ce matin encore, la peur nucléaire contamine toutes les Unes des journaux. Nous restons sidérés parce qui se passe à l'autre bout du monde. C'est ce que l'écrivain Michaël Ferrier appelle "la tectonique des sentiments" dans Libération. Jusqu'où le nuage ? Le Parisien essaie de la suivre comme un peloton du Tour du Monde. Et à propos de la France : oui, les résidus pourraient survoler Saint-Pierre et Miquelon, après avoir traversé les Etats-Unis et le Canada, la semaine prochaine. Puis l'Hexagone. Pas de problème sanitaire dit la ministre de l'Ecologie, Nathalie Kociusko-Morizet. Tectonique des sentiments... Dans L'Humanité, un des premiers appels aux dons est lancé, par le président du Secours Populaire. Oui, dit-il, le Japon est un pays riche, mais il a tout de même besoin de solidarité. Dans l'édition de ce matin de Libération rédigée par des écrivains à l'occasion du Salon du Livre, on trouve ces quelques mots d'un homme venu d'Haïti à propos du Japon, Dany Laferrière : "Les petits avions flottants, les camions poids lourds qui tanguent... on dirait des mégots dans un cendrier remplit d'eau sale". Patrick Cohen : Au-delà de la Libye et du Japon, d'autres informations dans la presse, Bruno... Bruno Duvic : Encore une histoire sombre, pardon. Dans Match, de nouveaux éléments dans l'enquête sur la mort des moines de Tibéhirine. Le philosophe et écrivain, René Guitton, leur consacre un livre. Il a examiné les photos des têtes des sept moines, prises le matin de leur découverte par la gendarmerie de Médéa. Il a interrogé des spécialistes. Sur ces clichés, écrit René Guitton, le plus caractéristique, est que chaque tête ne porte, a priori, qu'un seul impact de balle, mais que de plus le tir semble dirigé de manière quasi systématique, plutôt du haut vers le bas. Cela pourrait accréditer l'hypothèse des moines assis au sol ou agenouillés, et exécutés chacun d'une balle tirée par des hommes debout. Cela écarterait donc la piste de la bavure à partir d'un hélicoptère de l'armée algérienne. De l'amour et de l'insouciance pour finir... Dans Le Point de cette semaine, au détour d'une enquête d'Emilie Lanez, sur la succession de Pablo Picasso, on croise l'une de ses maîtresses. Elle s'appelle Geneviève Laporte, c'est aujourd'hui une vieille dame. Quand ils se sont aimés, elle avait 17 ans, lui 69. "Si tard, le soir, le soleil brille" lui avait écrit le peintre. Elle parle de la générosité de Picasso à travers une histoire. Geneviève et ses 17 ans rêvait d'avoir une veste en daim. Elle fait les boutiques, s'aventure chez Hermès, et trouve une merveille à 100.000 francs de l'époque. Elle en parle à Pablo, il marmonne. Un peu après, il lui demande d'aller acheter des glaces. Geneviève prend ses gants pour sortir. Quelque chose l'empêche de les enfiler. Des billets chiffonnés. 100.000 francs. A demain !

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