F.Hollande président fantôme.Confidences sur une campagne qu'il ne fait pas. les secrets d'Asselineau, petit candidat. Macron défend finalement la culture française

La revue de presse, bonjour Hélène Jouan

On commence par l’histoire d’un homme, spectateur de la campagne présidentielle

A la Une de M, le magazine du Monde, sa photo en noir et blanc est floue…Comme si déjà, il s’effaçait, comme si déjà il n’était plus vraiment là. Vanessa Schneider et Solenn de Royer racontent les derniers jours d’un président normal, président fantôme dans un palais déserté. En marge d’une campagne folle et inédite, François Hollande doit faire le deuil d’un pouvoir qu’il n’a pas su garder. Il y a 5 ans, Nicolas Sarkozy se battait pour arracher un second mandat, Hollande se contente aujourd’hui d’occuper le temps qui lui reste, et de préparer sa nouvelle vie. Désormais débarrassé des paparazzis, et de quasiment toute la presse d’ailleurs qui ne se donne plus la peine de l’accompagner dans ses virées provinciales qui ont des allures de train fantôme, François Hollande sort : un jour à Angers, l’autre à Tulle ou Aubervilliers, il n’a jamais autant bougé, et à chaque déplacement il s’attarde, comme si c’était le dernier, comme s’il devait partir à regret ; tous les jours à la nuit tombée il quitte également le château, avide de retrouver une vie sociale comme le ferait un quinqua fraichement divorcé écrivent elles. Spectacles, théâtre, anniversaire, dîners entre amis, déjeuner avec la société civile aussi, il s’en donne à cœur joie, comme pour s’assurer d’amitiés à venir. Mais que comprendre se demandent-elles, de cette boulimie de sorties et de rencontres, quel vide cherche t il à combler, celui a consacré l’essentiel de sa vie à la politique ? S’amuser, s’étourdir, fuir pour oublier qu’on va symboliquement mourir ? Les auteures racontent les semaines douloureuses après son « abdication » devant les français le 1er décembre, quel drôle de vocabulaire royal quand on y pense. A plusieurs reprises, Hollande laisse percer sa tristesse et ses regrets, depuis il a fini par prendre son parti de cette situation inédite…Si à l’Elysée, le temps semble s’être arrêté, le défilé des amis a cessé, le cabinet s’est vidé, son locataire pour quelques jours encore semble surcompenser le vide qui l’attend. Mardi dans le Figaro, Marcelo Wesfreid qui consacrait lui aussi un bel article à ce mandat finissant, rapportait la confidence d’un des rares membres du cabinet à être resté, face à une telle débauche d’énergie« on a l’impression de travailler pour un préfet, bientôt, François Hollande va finir par inaugurer des ronds-points alors que tout s’écroule politiquement autour de lui ».

Il n’y participe donc pas, mais que dit François Hollande de cette campagne ?

A un de ces visiteurs qui l’interrogeait sur l’issue du scrutin, le chef de l’état a répondu sans hésiter, « ce sera Macron ». D’ailleurs écrivent Vanessa Schneider et Solenn de Royer, si Marine le pen devait continuer à prospérer, il n’exclut pas de s’exprimer avant le second tour en faveur de son ex protégé. Car ce qui l’obsède avant tout témoignent ses interlocuteurs, c’est la trace qu’il va laisser. Il ne veut pas rester pour la postérité comme le président à qui Marine le Pen aura succédé. Alors il répète, « il faut aller parler aux gens, les alerter du danger Fn ». Il a même monté pour la première fois depuis 2012 une rencontre sur l’extrême droite avec des spécialistes de la question. « Oui, il s’y intéresse, mais ne se sent absolument pas responsable de la prospérité du FN », raconte le cinéaste Lucas Belvaux qui lui a montré son film à l’Elysée. Un président plus seul que jamais en son palais à quelques jours de le quitter, un président qui exprime quelques rares regrets, celui par exemple de n’avoir pas réussi à rassembler au lendemain des attentats, grâce à une dissolution de l’assemblée nationale dit il aujourd’hui ou à la constitution d’un gouvernement d’union nationale, un président qui en veut aussi à ceux qui l’ont » empêché » pense-t-il, Macron, Valls…mais un président qui ne semble pas prêt encore à faire son propre « inventaire »…tout occupé qu’il est, à occuper le temps qu’il lui reste…

Lui, fera la campagne présidentielle et pour cause…il a réuni les 500 parrainages nécessaires à sa candidature

C’est Etienne Girard sur le site de Marianne qui raconte comment François Asselineau, le candidat de l’UPR a réussi ce tour de force, alors qu’à quelques heures de la date butoir, d’autres « petits candidats » rament encore. Les petits candidats tablent en général sur un réseau de maires entretenu depuis longtemps, sur la respectabilité que leur confère par exemple leur statut d’élu de la république, comme Jean Lassalle, quand d’autres multiplient juste les coups de fil. Rien de tout ça pour Asselineau qui n’a compté lui que sur l’activisme de ses militants, une organisation sans faille et une méthode unique : ses supporters se sont déplacés pour rencontrer, de visu les petits maires, et leur arracher leur parrainage. L’une de ses militantes, une québécoise semble t il, se serait même installée à demeure pendant plusieurs semaine à Rethel dans les Ardennes, non elle était chez moi dans l’Aisne affirme un autre élu, et elle a démarché en personne tous les maires de la région. Qui ont beaucoup apprécié le geste. Quitte à ne rien lire du programme de ce fervent anti-européen, l’un de ses parrains dit même aujourd’hui « sortir de l’union européenne, c’est irréaliste », mais il a signé quand même. Trop content qu’on vienne le voir. A quoi ça tient tout de même une candidature. Pas toujours au programme semble t il.

Un autre candidat s’exprime dans la presse ce matin, Emmanuel Macron

Tribune dans le Figaro intitulée « Pourquoi nous sommes un peuple ». Et je la cite parce qu’elle intéressera peut-être notre invitée, Mickaelle Jean. En fait, Macron revient sur une petite phrase qu’il a lui-même prononcée et qui lui a valu les hauts cris de la droite « il n’y a pas une culture française a t il lancé en meeting, il y a une culture en France, elle est diverse, elle est multiple », mais le Fn et les Républicains n’avaient choisi d’en retenir que la première partie. Alors le candidat s’explique ce matin, dans le Figaro, et ce n’est pas neutre : il dit vouloir échapper dans ce débat à l’alternative mortifère dans laquelle nous enferment les aigris ou les rétrogrades. « En art, il n’y a pas d’étrangers » disait Brancusi, c’est pourquoi j’ai pu dire qu’il n’existait pas de culture française, comme si on pouvait réduire tant de richesses à un visage unique, une parole univoque, une histoire uniforme. Le fondement de la culture française, c’est de prétendre à l’universel…Et Emmanuel MAcron de défendre notamment pour définir cette culture « française », tout de même, ce que nous avons en commun, la langue française défend t il. La langue française, c’est elle notre territoire, notre patrie disait Camus. En pleine polémique sur la clause molière, Macron insiste : La langue française n’est pas un vecteur de rejet, elle est la condition de notre projet. Une défense politique pour rassurer évidemment son électorat, même son nouvel ami François Bayrou s’était ému de sa sortie, une défense de la langue assez opportune à la veille évidemment de la semaine de la francophonie…Et un paradoxe dans cette campagne, où on parle bien peu culture, mais où on est capable de s’étriper autour de son absence, comme le relève judicieusement Cédric MAthiot sur le site de Libération

On termine Hélène par une séance de rattrapage

Vous vous souvenez Patrick de l’article que le New York Times avait consacré à sa Une, s’il vous plait, à la ville d’Albi…pour montrer comment cette ville du sud ouest était le symbole du déclin des villes moyennes françaises. Un article très mal vécu par la mairie qui s’était insurgé contre cette vision noire et décliniste et appelé les habitants à signer en ligne une tribune. Et bien ce matin, toujours dans le New York Times, pleine page sur « L’autre sud de la France », le vrai, pas celui bling bling de la provence et de la côte d’azur, non, l’autre sud ! et l’autre sud, c’est encore le sud ouest ! la Gascogne précisément, dont le journal vante la beauté, la tranquillité, l’hospitalité, la gastronomie, les marchés bien remplis…C’est dans la rubrique, Voyage, pas en Une cette fois…mais ça a un petit goût de rattrapage effectivement. Reste à savoir si le sud ouest est suspendu ou non à la lecture du New York Times

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