L'Equipe raconte Kevin Mayer dans le doute et les hippodromes à l'arrêt, et se souvient de la gloire de Titouan Lamazou. "Un, tu te laves les mains et deux, tu t'en fous", disait Sainte-Beuve à Stendhal confronté au choléra, la Croix. Chacun doit se penser contaminé dit un épidémiologiste britannique, le Figaro.

On parle de liberté...

Et dans l’Equipe qui règne sur un monde empêché, des hommes plus forts que nous rencontrent leurs limites… Hier, soir les jockeys ont renoncé après une dernière course sur l'hippodrome de Marseille où un alezan de trois ans s’est fait remarquer, il s'appelle "another planet », mais voilà il n'y a pas d'autre planète: ce matin le Monde me montre New York immobile, et désertée, elle qui ne dormait jamais!  

Sur notre coin de terre, les hippodromes ferment donc, ils ont tenu un peu plus longtemps que les stades mais désormais, footballeurs et canassons sont égaux dans l’immobilité. Mais il reste au sport le refuge d’une mémoire...

Et ce matin l'Equipe ranime Titouan Lamazou qui il y a trente ans, le 16 mars 1990 devenait le premier vainqueur du Vendée Globe Challenge, un tour du monde à la voile en solitaire sans escale ni assistance, dans un temps artisanal que le journaliste Rémi Fière a eu la chance de vivre..

"Un temps à passer, la dernière soirée avec des marins aux muscles moins tendres que le cœur, boire des bières mousseuses comme des embruns, puis les entendre raconter comme des poètes embarqués les affres et les plaisirs de la solitude... Certains étaient partis avec des bouquins, d’autres larguèrent les amarres pour simplement réfléchir à la marche du monde et à la place de l’homme."

Puissions nous dans nos confinements être aussi heureux. 

Parmi ces poètes, Titouan Lamazou avait quelque chose à prouver; il n’était pas un marin de naissance, mais un artiste venu à la voile et qui voulait reconnaissance, il ne ramena aucune image intime, juste la victoire… Trente ans après il est redevenu peintre, installé en Polynésie… il se demande si son fils pourra le rejoindre  malgré le virus. Nous voilà rattrapés.

A la Une de l’Equipe, un homme constate que sa force est inutile. Le recordman du monde du décathlon Kevin Mayer ne peut plus s'entrainer ni concourir, il va rater sa qualification pour les Jeux olympiques de Tokyo, il faudrait par justice qu'on les reporte dit-il, mais même s'il les rate, est-ce si grave? Il  est ce matin, un individu d’exception dans la misère de tous… 

Et c’est la question que remuent les journaux, ce destin commun qui nous rattrape par le confinement, par ces Unes où un chef d’Etat, nous répète, « Restons chez nous », « Nous sommes en guerre », et nul ne peut y couper sauf de ruses. Le Monde et Libération me disent ces citadins qui sont partis pour la campagne avant le confinement, sur l'ile d'Yeu on s'inquiète de ces visiteurs peut-être porteurs du mal. Dans la République du centre, un coach sportif nous donne quelques trucs pour se muscler chez soi. Je doute que cela suffise aux champions, sommes-nous plus chanceux d'être simplement ordinaires? 

On commente beaucoup l'intervention du Président de la République...

Et dans ces commentaires, il est une incongruité. Elle se trouve page 4 de Sud-Ouest, sous ce titre, « En finir avec «l’esprit de jouissance » », et l'article explique ainsi le durcissement du Président Macron. « C’est quand il a vu ces Français massés dans les parcs et jardins, vu « autant de gens s’adonner à l’esprit de jouissance», selon ce mot d’un conseiller emprunté au Front populaire, qu’Emmanuel Macron a décidé d’intervenir.»

Problème. Cette expression, "l‘esprit de jouissance", ne doit rien au Front Populaire, cette  fête de la République qui vit un gouvernement donner au peuple en grève l’espérance et les congés payés… L’esprit de jouissance est le mot d'un ennemi de la République, le Maréchal Pétain, qui l’utilisa le 20 juin 1940, pour faire imputer aux faiblesses du peuple la responsabilité de la défaite. "L'esprit de jouissance l'a emporté sur l'esprit de sacrifice. On a revendiqué. On a voulu épargner l'effort ; on rencontre aujourd'hui le malheur. »

C’était du Pétain, ce n’est pas du Macron, mais cela vient d’un de ses conseillers, inculte ou pervers, qui a soufflé cette expression à un journaliste en pilotage automatique… 

Je lis dans les Echos que le monde du cinéma voudrait changer les règles de distribution, pour permettre aux films impactés par la crise de vivre sans attendre leur vie en VOD. Parmi ces films, il en est un sur De Gaulle en 40. Il pourrait être utile à certains.

Il est d'autres manières de jauger le moment. Sur le site AOC, un philosophe, Fabrice Flipo, et une économiste Elodie René, comparent la gestion française de la crise du coronavirus à la Ligne Maginot, splendide ligne de défense bétonnée avant-guerre mais qui donna un sentiment de confiance illusoire au pays démobilisé mentalement; aujourd’hui comme alors, nous croyons aux structures et aux experts et nous sommes envahis. Taïwan, démocratie concrète, a mieux réussi que nous à impliquer la société contre le Covid-19. 

Ce sont des discussions intellectuelles, mais que faire, enfermés, sinon penser le moins mal possible, et regarder la vérité? 

L’opinion me dit que l’armée aura du mal à suppléer aux défaillances civiles car ces moyens sont limités, elle mène des guerres et est elle-même touchée par le Covid 19,  le service de santé des armées pourra fournir 70 lits en renfort aux hôpitaux civils, pas plus. 

On parle aussi des conséquences sociales de la crise…

Qui a déjà ramené au port la flottille de pêche de Boulogne sur mer, lis-je dans la Voix du Nord, parce que les cours du poisson se sont effondrés, et qui ferme aussi les usines automobiles. Dans l’Est républicain, cette phrase d’un salarié de Peugeot, renvoyé chez lui pour sa santé. « La vie vaut beaucoup plus qu’un misérable salaire. » Curieusement, c’est la deuxième partie de sa phrase qui me reste, misérable salaire. 

Ces articles portent une vérité plus durable que les conseils à la louche dont on nous abreuve pour traverser l’enfermement. 

Je retiens pourtant trois textes ce matin. Le premier dans le Monde, qui m’aide à parler aux enfants de cette maladie qui peut tuer leurs aïeux. Le second dans le Figaro, qui cite un épidémiologiste britannique renversant notre façon de penser. «La plupart des gens ont peur d’attraper le virus. La bonne chose à faire, c’est d’imaginer que vous êtes déjà contaminé, et de tout faire pour ne pas le transmettre.» Il faudrait donc d’abord se penser coupable malgré soi!

Le dernier est dans la Croix, d’un philosophe qui m’invite à l’indifférence stoïcienne, ne pas s’inquiéter de ce qui ne dépend pas de soi. « C’est la solution que conseillait Mérimée à Stendhal qui, en 1832, lui demandait quoi faire devant l’épidémie de choléra en Italie. Mérimée lui répond : « 1. tu te laves les mains. 2. tu t’en fous complètement. »

On essaye.

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