(Nicolas Demorand : "La presse est pleine de paradoxes, ce matin")... Paradoxe d'abord d'un voleur devenu héros.Mais quand Robin des Bois passe la nuit au gnouf, dans la forêt de Sherwood, les écureuils ont le blues. Pourquoi s'est-il rendu ? Question, ce matin, dans Le Parisien-Aujourd'hui. A-t-il été dépassé par son acte ? Ou est-ce la suite du scénario qu'il aurait lui-même écrit depuis le début ? Car Toni Musulin s'est rendu, mais sans son magot. Alors hypothèses... Est-ce que l'oseille est en lieu sûr ? "Il a pu faire un calcul, confirme un policier : purger une petite peine et récupérer le magot ensuite". Le Parisien rappelle qu'en l'état, il risque trois ans de prison. Avec les remises de peine, ce sera sans doute moins... à moins, à moins que les enquêteurs lui trouvent d'autres poux, d'autres affaires qui assombriraient son passé et alourdiraient son dossier. En tout cas, le plus étonnant, dans cette affaire, c'est bien le statut de star du Net acquis par le convoyeur en onze jours de cavale. Et dans la presse régionale, les éditorialistes sont presque déçus de la victoire, au moins provisoire, du shérif de Nottingham sur notre pseudo-Robin des Bois. Voici ce qu'écrit Antoine Pétry dans L'Est Républicain : "On l'imaginait au bout du monde : il avait tout juste passé les frontières monégasques. C'est comme si Toni Musulin avait choisi de jeter lui-même un seau d'eau froide sur le feu d'une légende trop grande pour lui. Le braqueur sans violence n'était pas ce héros défiant le système par sa seule malice. Le butin était trop lourd". "Arsène Lupin n'était même qu'un loser", déplore Didier Pobel dans Le Dauphiné". Mais l'étrange phénomène d'adhésion se poursuit sur le Net... La preuve avec ce message pas effarouché d'une internaute, cité par Le Parisien : "Toni, moi j'attends les dix-huit mois. Ensuite je t'épouse et on se casse au soleil". Il y en a que ce délire ne fait pas rire du tout : ce sont les collègues de Toni Musulin. Après son aventure, quatre convoyeurs ont été mis à pied et sérieusement menacés de licenciement. Et puis "les contrôles de sécurité vont être renforcés et vont nous compliquer la vie". Conclusion d'un fan internaute qui veut voir le bon côté des choses : "Il va se prendre deux ans de prison. Il va en faire un. S'il est pas con, il a placé l'argent en sécurité. Ensuite, il écrit un livre, il revend les droits pour en faire un film, et voilà". (ND : "Les régions à la Une de l'actualité économique et politique")... C'est d'abord cette grève rarissime, à laquelle s'intéressent Rue89 et Benoît Collombat pour France Inter : grève dans les Chambres régionales des Comptes... En jeu : une réforme de ces Chambres qui contrôlent l'usage des finances publiques dans les régions. Les détournements d'argent par le maire socialiste d'Hénin-Beaumont, la triche du maire UMP de Corbeil-Essonne, les pots-de-vin en Polynésie : tous ces lièvres ont été levés grâce à l'action des Chambres régionales des Comptes, "CRC" pour les initiés. On en compte 22. Elles vont disparaître pour être remplacées par une dizaine de Chambres interrégionales, sous la tutelle de la Cour des Comptes à Paris. Elles n'auront plus les mêmes pouvoirs d'enquête, beaucoup moins d'autonomie. Ce que les magistrats redoutent, c'est l'enterrement des affaires sensibles en région... et même avec, en plus, la mort annoncée du juge d'instruction, l'enterrement des affaires sensibles tout court. (ND : "Grogne des magistrats des Cours régionales, et plus encore des élus locaux")... "Au bord de la crise de maires", titre ce matin Libération. Opposés à la réforme territoriale de Nicolas Sarkozy, les élus locaux se rebiffent. Encore un paradoxe, ou plutôt l'histoire d'une incompréhension fondamentale, comme l'écrit Olivier Picard dans Les Dernières Nouvelles d'Alsace. "Voilà des années que la plupart des élus et des élites dénoncent la taxe professionnelle comme une taxe imbécile... des années aussi qu'ils réclament une clarification des compétences et un allègement du mille-feuilles qui empile les collectivités locales. Le volontarisme du Président a donc été particulièrement pertinent. Comment a-t-il pu gâcher l'opportunité ?", se demande Olivier Picard, qui répond immédiatement : "Question de méthode : désireux de secouer un certain fatalisme, le Président a carrément bousculé les élus locaux. Résultat : plutôt que de libérer les imaginations, il a crispé tout le monde. La précipitation est décidément l'ennemie de la réforme". "Bon courage, M. Fillon", conclut Olivier Picard. C'est en effet François Fillon qui va devoir défendre cette réforme devant le Congrès des Maires de France aujourd'hui, à Paris. Le Président de la République qui, d'habitude, honore les maires de sa présence, est en Arabie. En contrepartie, il les recevra vendredi à l'Elysée. Mais d'ores et déjà, c'est l'heure de la riposte, comme l'écrit Le Figaro. Brice Hortefeux a mobilisé un groupe de seize élus, chargés de répondre aux râleurs. Dans Les Echos, le président du groupe UMP Gérard Longuet assure que l'inquiétude des maires est totalement infondée. Il défend le système de compensation financière, qui remplacera la taxe professionnelle. L'ancien ministre semble tout de même comprendre la défiance des maires : "Ils ne savent pas, à ce jour, à quelle sauce ils vont être mangés". Toujours dans Les Echos, le président de l'Institut de la décentralisation lui répond. Au-delà de la compensation financière, ce qui est en jeu, c'est l'autonomie fiscale des collectivités. On tue leur autonomie financière. Chaque année, nous allons dépendre du budget de l'Etat. Cette réforme est régressive. Sans compter que l'un de ces aspects : les nouveaux conseillers territoriaux qui remplaceront les conseillers régionaux et généraux, est complètement flou. Dans Le Monde, un autre argument contre la réforme : ces futurs conseillers territoriaux, ils seront élus au scrutin uninominal majoritaire à un tour... autrement dit, une personne élue par circonscription. Celui qui est en tête remporte la mise, même s'il n'a pas la majorité absolue. Pour la députée UMP de Moselle Marie-Jo Zimmermann, cela entraînera un recul colossal de la parité. Car autant les scrutins de liste permettent d'imposer des alternances hommes-femmes, autant ce type d'élection risque de privilégier les hommes. (ND : "Quoi d'autre, dans la presse ?") "Airbus au ralenti"... C'est la Une de La Dépêche du Midi, ce matin. L'avionneur n'exclut pas des baisses de production. C'est l'effet retard de la crise. Alors que les livraisons se maintiennent cette année au même niveau que l'année dernière, 2010 devrait être bien plus difficile. Les sous-traitants souffrent déjà. "Grippe A : des milliers de vaccins sont jetés à la poubelle"... C'est à lire dans La Provence. Explication : le vaccin est conditionné en ampoules de dix doses, qui ne peuvent se conserver que 24 heures. Une ampoule ouverte à la fin de la journée ne peut pas être utilisée le lendemain. Il y a donc forcément du gâchis. Réponse du ministère de la santé : les délais de fabrication auraient été beaucoup plus longs si nous avions commandé des doses uniques. "Santo Subito !"... C'était le cri des admirateurs de Jean-Paul II sur la Place Saint-Pierre, après sa mort. Jean-Paul II ne sera pas encore canonisé, mais il sera béatifié : première étape. Benoît XVI devrait en faire un Bienheureux dès l'an prochain, selon Le Figaro. En 2010, ce sera déjà les cinq ans de la mort du Pape polonais. Le coup de gueule de Martin Hirsch, dans Le Parisien... interview après la distribution d'argent annulée samedi à Paris. Il estime que les responsables du site Internet qui ont voulu se faire de la pub ont fait preuve "d'obscénité, de cupidité et de bêtise". Sans se prononcer sur l'aspect juridique, il déplace le débat sur le terrain moral : "Les zozos qui ont organisé cette distribution d'argent doivent s'excuser". (ND : "Un ultime paradoxe, pour finir")... Les Français sont-ils moroses ou heureux ? Nous sommes les champions du pessimisme, selon Les Echos. Une enquête internationale sur le moral dans les différents pays un an après la crise nous place en 21ème position sur 24. Mais autre sondage dans Le Parisien : nous serions 96% à nous avouer heureux ou plutôt heureux. En tout cas, le gouvernement se préoccupe de notre santé mentale. La secrétaire d'Etat à la Prospective Nathalie Kosciusko-Morizet va remettre un rapport sur ce thème aujourd'hui. Le Parisien a interrogé toute une pléïade de sociologues. Le bonheur passerait par moins d'égoïsme, une consommation moins frénétique, une vie de couple, une vie de quartier et une bonne ambiance au travail. Les Monsieurs et Madames Toutlemonde interrogés par Le Parisien privilégient les petites joies simples. Une joie simple et profonde, on en trouve une dans le dernier numéro du Monde des Ados : dossier sur les aveugles... Ils voient autrement. Au passage, Le Monde des Ados est accessible, pour l'occasion, en braille et, pour tous les numéros à venir, en version sonore. Dans celui-ci, témoignage de Philippe Balin, non-voyant depuis l'âge de 14 ans... "Les aveugles voient autrement, mais ça veut dire quoi ? Eh bien moi, quand je discute avec une femme, je ne passe pas mon temps à regarder sa coiffure ou la couleur de son rouge à lèvres. Je l'écoute vraiment". Les aveugles ont de l'humour... On leur fait un clin d'oeil ce matin...

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