Patrick Cohen : Avant d'en venir aux commentaires sur la prestation de Nicolas Sarkozy, Haïti, dix jours avant la présidentielle... Bruno Duvic : Choses vues dans les rues de Port-au-Prince. Un amas d'immondices, deux cochons l'explorent de leur groin noir. Ils sont au pied d'un mur fissuré couvert de posters à l'effigie d'un candidat. Choses entendues sur la bande FM en Haïti. "Men pwop sové la vie" : "se laver les mains, c'est préserver des vies". Le message passe en boucle, il alterne avec des spots électoraux. Haïti entre désolation et élection, entre choléra et politique. "Des urnes dans les ruines", c'est le reportage de Vincent Hugeux dans L'Express cette semaine. Paysages surréalistes, séismes, ouragans, choléra. Malgré les fléaux qui l'accablent, l'ancienne perle des Antilles s'apprête à choisir un président. Mais pour la population naufragée, l'élection ne changera rien à l'immense chantier de la reconstruction. Et ce chantier, onze mois après le séisme, où en est-il ? Autre vision des rues de Port-au-Prince : "On s'attend, écrit Vincent Hugeux, a sillonner une ville-chantier entre balais, bulldozers, forêt de grues et de bétonneuses... Raté ! On voit surtout des ados piochant dans des décombres. Seule, une infime proportion des millions de mètres cubes de gravas a été évacuée". La commission pour la reconstruction d'Haïti, coprésidée par Bill Clinton, doit changer de braquet. Des semaines durant, conclut Vincent Hugeux, des cohortes de peintres ont sillonné Port-au-Prince, balafrant de vert les maisons intactes, de jaune les logis réparables et de rouge les édifices voués à la destruction... Vert, jaune, rouge : pas de quoi esquisser un arc-en-ciel ! Haïti, oubliée du monde. Oubliée de la France aussi, à en croire L'Humanité. C'est le dossier d'ouverture de L'Huma ce matin. Les Haïtiens de France dénoncent les promesses non tenues du gouvernement qui empêchent leurs proches de rejoindre l'Hexagone. "Haïti, la colère des parents adoptifs" ajoute France-Soir. Selon le journal, 320 enfants adoptés par des familles françaises, restent toujours bloqués sur l'île. Patrick Cohen : Mais à la Une de la plupart des journaux français, il y a, bien sûr, le visage de Nicolas Sarkozy... Bruno Duvic : Visage très présidentiel à la Une du Figaro, avec cette citation : "Il faut de la stabilité pour apaiser le pays". Visage et Index tendus, en couverture du Parisien. Autre citation : "Fillon, le meilleur premier ministre de la France". Visage déformé par l'effet miroir de l'écran télé à la Une de Libération, et ce titre : "Sarkozy corrigé par Sarkozy". La presse économique retient les annonces sur le fond : "Refonte de la fiscalité du patrimoine" titrent Les Echos. La Tribune ajoute la prise en charge de la dépendance, la suppression du bouclier fiscal et de l'ISF, l'emploi des jeunes avec le doublement des contrats en alternance. Enfin, la taxe sur les transactions financières pour financer le développement de l'Afrique. Alors, les commentateurs dénigrés à plusieurs reprises par le président hier, s'en donnent à coeur joie ce matin. Sarkozy corrigé par lui-même en détail dans l'édito de Laurent Joffrin, cela donne ceci: "Le message qui se dégage de l'intervention, à la fois tendue et austère, c'est un sarkozisme sans les excès du sarkozisme. Alors, qu'est-ce que c'est ? C'est la droite traditionnelle, on passe du baroque au classique. Les aspérités ou les incongruités qui ont fait la surprise de l'opinion et accéléré la perte de confiance vont être, autant que possible, gommées. Mais la nature profonde du président, on s'en doute, reste la même. Dans Le Figaro, Etienne Mougeotte relève que le président n'a plus que 500 jours devant lui pour gagner 2012. A quoi doivent servir ces 500 jours ? Mougeotte cite quatre mots-clés : emploi, croissance, déficit, sécurité. Et il poursuit : "Hier soir, le président a montré que ces priorités étaient les siennes. Ceux qui avaient cru à la thèse de la pause ou de la rupture dans la rupture en seront pour leurs frais. Dans la philosophie Sarkozy, la réforme est permanente". Beaucoup moins lisse que la plume d'Etienne Mougeotte, trois autres éditorialistes ont relevé une série de mensonges dans les propos du président. Dans Le Républicain-Lorrain, l'édito de Philippe Waucampt est même titré "Joueur de flute". Bruno Dive est sur la même ligne dans Sud-Ouest. Dans le remaniement, "Nicolas Sarkozy ne voit ni fermeture de l'ouverture, ni effacement de la diversité, ni exclusion des centristes. Et à l'entendre, c'est l'UMP qui a le plus souffert de ce remaniement. A n'en pas douter, il est candidat... candidat au Prix de l'Humour politique". « Mensonge », c'est également l'un des mots-clés de l'édito de Jean-Marcel Bouguereau dans La République des Pyrénées. Et il conclut, cruel : "Hier soir, Nicolas Sarkozy avait trouvé le chainon manquant avec ce chiraquisme avec lequel il nous promettait une rupture". Encore quelques mots de politique pour vous citer la Une de L'Express qui parle carrément de cohabitation dans les relations Fillon-Sarkozy. Le Point titre sur "La comédie du pouvoir" et raconte les coulisses de ce remaniement. Franz-Olivier Giesbert en résume le climat délétère dans son édito : "Ce n'est pas d'une souris que la montagne vient d'accoucher mais d'une musaraigne". A gauche de la gauche, une curiosité : le grand écart de Jean-Luc Mélenchon. Après le canapé rouge de Michel Drucker, le voici à la Une des Inrockuptibles, sous le titre : "Mélenchon, l'emmerdeur". Enfin, les dessins ne manquent pas dans la pressa satirique. Je vous en cite deux tirés de Charlie-Hebdo. Le premier est cruel : la Limousine de Liliane Bettencourt passe devant un SDF au visage d'Eric Woerth. "La tête de ce garçon me dit quelque chose. Pas vous, de Maistre ?"... "C'est probablement un de vos anciens majordome, Liliane". Et puis, le dernier projet de Borloo imaginé par Luz : organiser un Grenelle de la loose. Patrick Cohen : Quoi d'autres dans la presse, Bruno ? Bruno Duvic : "Le grand gâchis des transports franciliens" à la Une du Parisien. Un rapport de la Cour des Comptes que s'est procuré le journal, dénonce la saturation du réseau, les travaux en retard ou jamais réalisés et les comptes opaques. Et puis, et puis, Mesdames, Messieurs, veuillez vous lever ! Musique : « God save the queen” Les futurs époux et les héros arrivent dans vos oreilles... « God save the queen », extrait du concert du groupe "Queen" à Wembley en 86. Actualité british et royale ce matin. Ce qui passionne la presse internationale, c'est une annonce : l'annonce du mariage du Prince Williams, 2ème dans l'ordre de succession au trône, avec Miss Kate Middleton, une roturière. Ce sera au printemps ou à l'été prochain. Sur le site du Sun, présentation officielle des deux époux et zoom sur la bague de la fiancée : un saphir, le saphir de la maman du Prince offert en 1981 par Charles à Diana. La palme du kitsch, elle est pour le quotidien allemand Die Welt. En manchette, ce journal très sérieux publie une photo des deux tourtereaux incrustée dans une magnifique assiette en porcelaine. La future a donc une bague bleue, mais le bleu, il sera pour les adversaires des rosbifs, ce soir au stade de Wembley. Angleterre/France de football. A l'occasion de ce match amical, qui a toujours un parfum particulier, L'Equipe publie un supplément sur la guéguerre de 100 ans, la guéguerre sportive entre les deux nations. De Cantona à Tabarly, en passant par les boxeurs Georges Carpentier ou Alphonse Halimi, tout y est. En ouverture de ce supplément, Gérard Ejnès raconte la bataille d’Azincourt comme si c'était un match. "Les Français sont 30.000, les Anglais 6.000 seulement, avec plein de comtes, de connétables et de barons qui dirigent chacun leur petit bout d'armée, les chevaliers français et leurs lourdes armures sont flamboyants, prêts pour la mêlée. Pas de bol ! Alors qu'ils en sont encore au rugby, les English et leurs armes à distance sont déjà passés au foot. Toujours pas de bol, il pleut averse. Déjà, le terrain gras nous plombe. Nos chevaux s'embourbent, l'Anglais nous massacre. Résultat : 6.000 morts à 100. On ne fera jamais pire. N'oublions jamais Azincourt !".

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