(Patrick Cohen) Dans la presse ce matin : débats à vif

C'était samedi devant les militants, pro-Manif pour tous, de « Sens Commun ». Nicolas Sarkozy parle de la loi Taubira. Devant une salle qui scande « abrogation, abrogation ! », Nicolas Sarkozy parle d’abord de réécriture de la loi puis concède : « Si vous préférez qu’on dise qu’il faut abroger la loi pour en faire une autre… ça aboutit au même résultat. Si ça vous fait plaisir, franchement, ça ne coûte pas très cher »

« Mariage homosexuel, Sarkozy relance le débat », titre Le Figaro ce matin. Il relance le débat et il en prend plein la figure. Ce n'est pas la première fois, mais, plus rare, ce qui est mis en cause ce matin, ce sont les convictions et le courage de l'ancien président.

Jean-Louis Hervois, La Charente Libre : « La surprenante conversion de Nicolas Sarkozy à l'abrogation de la loi Taubira laisse doublement perplexe. Sur la forme, tant elle semble céder à une pirouette de comédien pour retourner une salle rebelle. Plus ambigu encore sur le fond. Grand flou sur ses convictions réelles. »

Quid exactement de l'adoption ? Pour le mariage, on comprend qu'il suggère deux types de mariages distincts, un pour les homos, un autre pour les hétéros. « Et un troisième pour les bisexuels ? » demande Jean-Michel Helvig dans La République des Pyrénées , qui a trouvé l'ex « indécis sur le fond, vasouillard sur la forme », exactement ce qu'il reproche habituellement à François Hollande. « Il a concédé l'abrogation aux plus braillards. Pour quelqu'un qui prétend incarner l'autorité présidentielle et une vision de l'avenir, ça s'annonce mal. » « Sarkozy l'homme sans conviction », titre Pascal Riché sur le site de L'Obs . Cet appel à l’abrogation est un « Coup de bluff qui en dit long sur la faiblesse de son projet politique », pour Mediapart .

Pour Rémi Godeau dans L'Opinion , Nicolas Sarkozy s'est fait piger par cette salle pro-Manif pour tous. Mais les dégâts sont là : il donne l'impression de verser dans l'électoralisme et risque de brouiller son image. « Dire sans croire, promettre sans tenir, pas sûr que ce vade-mecum de la surenchère paye. »

Au passage, le candidat à la présidence de l’UMP a fait sauter un tabou à droite, relève Gullaume Tabard dans Le Figaro , celui de l'irréversibilité des réformes sociétales de la gauche.

Conclusion de Raymond Couraud dans L'Alsace : « Il doit être le garant d'une République apaisée. On en était loin samedi soir. »

Les petites et grandes querelles de la droite. Question à la Une de L'Opinion : le groupe UMP à Paris osera-t-il exclure Rachida Dati ? Le groupe UMP à l'hôtel de ville vote aujourd'hui ses nouveaux statuts. L'article 15 précise que seuls les membres à jour de leur cotisation peuvent participer aux réunions de groupe. Or l'ancienne ministre de la Justice doit environ 5.500 Euros de cotisations non réglées.Débat à vif dans la presse, à propos de la Russie

Au G20, en Australie, il y avait « Comme un air de guerre froide », titre Le Télégramme de Brest ce matin. Poutine parti avant la fin. La tension très forte avec ses partenaires à propos de l'Ukraine. « Poutine, le paria », à la Une de Libération. Trois textes ce matin pour essayer de comprendre ce que veut le président russe en déstabilisant l'Ukraine depuis de longs mois. D’abord, celui de l'historien américain Timothy Snyder dans Libération . Il rappelle un épisode récent. C’était début novembre, devant des historiens, Vladimir Poutine a tenté de réhabiliter le pacte Germano soviétique de 1939. Cette sortie, estime l'historien « s'inscrit dans une série de manœuvres pour raviver l'idée d'une division de l'Europe de l'Est entre la Russie et l'Occident ».

« La nostalgie camarade », c'est le titre de l'analyse de l'historien. Nostalgie d'un empire russe dans un pays qui semble douter de son identité. « La Russie ou le désarroi impérial », selon l’éditorial de la revue L’Histoire, qui consacre son numéro de novembre aux Russes et leur Empire. « La Russie fut un empire mais jamais vraiment une nation (…) La reconnaisse de frontières stable est la marque des nations apaisées. Mails il n'est pas facile de construire une nation. »

Et comment expliquer le soutien massif de la population à son président ? Eléments de réponse dans le hors-série du Monde Diplomatique , « Manière de voir ». Quelques lignes tirés de ce numéro foisonnant : « La rupture de 1991 (la dislocation de l’empire soviétique) constitue un héritage ambigu. D’un côté, les Russes se sont réjouis de pouvoir consacrer la totalité de leurs moyens et de leur énergie à leur propre développement, au lieu de devoir assumer les besoins de tout ‘’l’empire’’. De l’autre, ils ont difficilement accepté que la Russie puisse être une puissance déclinante. »

Quoi d'autre dans la presse, Bruno ?

- A la Une de L'Humanité , « Cinq voix israéliennes pour un Etat palestinien ». Cinq parmi six-cents personnalités israéliennes qui demandent aux parlementaires des pays européens de reconnaitre l'Etat palestinien. Parmi elle Elie Barnavi, ancien ambassadeur en France. Interview dans L'Huma . « Sans une pression politique extérieure pour tracer des frontières claires, il n'y aura pas de paix dans cette région du monde (…) Aucun sursaut ne viendra des Israéliens ni des Palestiniens. »

  • En manchette de L'Equipe : « Le mystère Federer ». Forfait hier pour la finale du Masters à moins d'une semaine de la finale de coupe Davis de tennis entre la France et la Suisse. Mal au dos… De quoi souffre-t-il exactement ? Le Suisse a toujours été cachottier sur ses pépins physiques. Mystère Federer et ambiance pesante manifestement dans l'équipe de Suisse. La presse suisse, Le Matin notamment, évoque une discussion musclée entre les deux partenaires suisses Federer et Wawrinka, qui étaient opposés samedi en demi-finale du Masters. Match extrêmement serré.

  • L'hiver n'a pas commencé et l'aide alimentaire manque déjà dans la région d'Angers. C'est la Une du Courrier de l'Ouest . De mémoire de bénévoles, l'entrepôt de la banque alimentaire n'a jamais été aussi vide en cette saison. En cause, selon le journal : la baisse des subventions européennes.

  • Des milliers de personnes dans les rues de Téhéran hier. Ce n’était pas une contestation politique mais un dernier hommage à une vedette de la pop locale disparue vendredi. Néammoins, Pierre Haski de Rue89 y voit le signe d'une transformation de la société iranienne. « Un chanteur pop, star d'une jeunesse hyper connectée (qui le suivait sur Youtube), jeunesse en quête de normalité et de divertissement. Et non plus de ferveur révolutionnaire. »

- La Marseillaise se bat pour survivre en racontant son histoire. Le journal marqué à gauche s'est déclaré en cessation de paiement vendredi. Une exposition consacrée à ses 70 ans s'ouvre demain. A la Une ce matin : « La Marseillaise, une histoire de résistance ».

Et puis dans la presse, Johnny ! Le premier extrait tourne depuis un moment mais l'album "Rester vivant" sort aujourd'hui. Et les quelques critiques que l'on peut lire dès ce matin sont bonnes et même excellentes ! « Et si c'était son meilleur album ? » se demande Le Parisien-Aujourd’hui qui parle carrément de « chef d'oeuvre ! » Commentaire d’Emmanuel Marolle : « On ne pensait pas attendre si longtemps avant d'être autant remué par un album d'Hallyday. Comme si, en douze titres, toute sa vie était là. Le rockeur éternel, la star excessive, le colosse aux pieds d'argile, le Phoenix indestructible. Des clichés qui ne tombent jamais dans les clichés ici. » Ca fait beaucoup, tout de même ! Mais le journaliste s'adresse justement aux rieurs : « On rêverait de leur faire écouter le même disque, mais chanté par un anglo-saxon. Ils convoqueraient les superlatifs. Ils y verraient du Springsteen ou du Johnny Cash. »

Sans s'emballer autant que Le Parisien , Le Figaro et L'Huma pensent beaucoup de bien de cet album. « Une de ses plus belles réussites depuis 30 ans ». « Johnny, plus que jamais en forme après des années de rock, de fiesta et de déglingue. »

L'idole des jeunes devenue vieille canaille accueille tout cela avec le détachement des anciens qui ont traversé bien des trous d'air. Citation à la Une de 20 minutes : "Seuls les cons sont heureux tout le temps". Oh yeah ! A demain…

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