Dans la presse ce matin, des enfants face au drame

Nous sommes dans une classe de 6e à Orchies, dans le Nord. Maxime prend une feuille, son stylo bleu, il s’apprête à écrire raconte Sébastien leroy dans La Voix du Nord. Un petit bras se lève : « Madame, est ce qu’on a le droit de faire des fautes d’orthographe ? Je ne sais pas comment ça s’écrit "attentat" ? ». Sa prof d’histoire géo, Sandy, dit que « Oui, qu’aujourd’hui c’est pas grave, qu’on peut se lâcher un peu, car il faut parler ». Sandy qui reconnaît que «C’est pas simple de donner du sens à ce qui n’en a pas. C’est de l’histoire en train de se faire, alors on bricole avec ce qu’on a… ». L’heure de cours s’écoule au gré des questions, « Est-ce qu’il va y avoir la troisième guerre mondiale ? », on glisse vers le pourquoi « C’est parce que nous sommes un pays libre, madame, pour qu’on soit moins libres ? »

Terry dit sa peur, Sacha rétorque «Justement, le but c’était ça, qu’on ait peur des autres ».

«Comme partout en France ce weekend, termine le journaliste, il y a des gamins de douze ans qui ont glissé un bout de pied dans l’âge adulte, sans doute un peu trop tôt ».

La presse qui revient également ce matin sur les auteurs des attentats de vendredi

Un commanditaire désormais identifié, et des parcours qui se dévoilent. Ceux par exemple des frères Abdeslam à lire dans Aujourd’hui en France/ Le Parisien ; le premier, qui s’est fait exploser boulevard Voltaire, était le patron du café des Béguines à Mollenbeck en Belgique ; Brahim ne montrait aucun signe extérieur d’ascétisme ou de religiosité raconte le journal. « Son bar, c’est un repère de voyous témoigne une voisine ! la police belge avait d’ailleurs fait fermer le bar pour trafic de stupéfiants ». Les deux frères sont décrits par les habitués comme des «gars qui aimaient la vie, les belles voitures, la fête » « Brahim m’envoyait souvent chercher une bouteille dit l’un d’eux,on buvait un coup ensemble. Son frère Salah Abdeslam, l’homme en fuite, avait perdu son boulot, mais lui aussi est présenté comme un homme ouvert aux autres , « Jamais je ne l’ai vu s’énerver, raconte un de ses meilleurs amis, ni aborder la religion. Si lui est capable de ça, alors tous mes potes le sont » conclut il…

Le double-jeu des frères Abdeslam, comme la relative «tranquillité » de tous les autres, illustre ce que Christophe Cornevin dans Le Figaro définit comme « le pire des scénarios, celui qui met en scène des profils dormants et sans relief, de petits voyous et d’illuminés en apparence insérés. Jamais le spectre glaçant d’un terrorisme dilué dans tous les pores de la société n’a autant pris corps » dit il.

Dans tous les pores de la société…autre parcours, celui de Samy Amimour, l’un des kamikazes, chauffeur de bus pendant quinze mois à la Ratp, avant de partir en Syrie. Vincent Vérier a recueilli dans Le Parisien , des témoignages inquiétants qui racontent comment la Ratp doit faire face à une montée de la religion en son sein: « cela a commencé il y a cinq, six ans se souvient une employée, quelques-uns à qui je faisais la bise ont refusé de m’embrasser, puis de me saluer. Et pourtant je suis musulmane, dit-elle, d’autres refusaient de conduire un bus précédemment conduit par une femme. La direction aurait eu pendant une période un recrutement discutable, en embauchant des grands frères au profil peu recommandables, pour éviter de se faire caillasser ses bus, aujourd’hui la RATP fait le ménage. Mais elle serait l’une des sociétés affirme Le Parisien , qui emploierait le plus de personnes faisant l’objet d’une fiche S. Sauf que sur les fiches S nous n’avons aucune information, reconnaît la direction… »

Réaction de Manuel Valls

Dans la presse également, les réactions au discours et aux décisions annoncées hier par François Hollande pour rendre plus efficace la lutte contre le terrorisme

« Enfin » va jusqu’à s’écrier Nicolas Beytout à la Une de L’Opinion . Enfin, le chef de l’état a placé sa réaction à la hauteur de la tragédie et de la menace. Ce sont les « faucons » qui l’ont clairement emporté se félicite-t-il. Bémol tout de même de l’éditorialiste du journal libéral, il regrette que François Hollande ait cédé à son péché mignon, celui de l’ouverture des vannes budgétaires, installant du coup, à côté des Faucons, les Cigales…

Quitus assez général de la presse ce matin sur le virage sécuritaire emprunté par le chef de l’Etat «Il bouge, il tranche, deux verbes qui ne lui étaient jusqu’ici jamais accolés , note Cécile Cornudet dansLes Échos, Exercice bien sûr guidé par l’intérêt général, reconnaît-elle,mais chez François Hollande, le tacticien politique n’est jamais loin »

Ce qui donne, dit plus crûment dans Le ParisienLe jour où Hollande a piégé Sarkozy ». En l’écoutant à la télé, Edouard Balladur a dû tomber de sa chaise, raconte Nathalie Schuck, il n’était pas au courant que le président allait exhumer une mesure constitutionnelle choc de son rapport sur les institutions, que Sarkozy lui, n’avait pas retenue. Un sacré pied de nez…Ils nous ont fait des propositions, on leur a répondu Chiche, explique un conseiller, le chef de l’état s’est même payé le luxe de rappeler qu’avec 5000 nouveaux postes de policiers et de gendarmes, on reviendrait au niveau de …2007 « il a coupé l’herbe sous le pied de Sarko, il est diabolique » jubile un ministre. Un conseiller de l’exécutif osait même hier soir parait il : « pour 2017, les cartes sont totalement rebattues ». Intérêt général disait on…

On termine par un coup de gueule et... une bordée de jurons !

Coup de gueule de l’écrivain Leila Slimani dans le numéro du Un à paraître demain : Moi, née musulmane, marocaine et française écrit elle, je n’ai qu’une chose à dire aux barbares, aux intégristes de tous poils : je vous hais. Vos fontaines de lait et de miel ne valent pas la Seine. Paris pour qui je serai un soldat s’enflamme-t-elle, Paris qui est tout ce que vous haïssez. C’est nous enfants de la patrie, mécréants, infidèles, simples flâneurs, buveurs de bière, libertins, humanistes qui écrirons l’Histoire »

Et puis bordée de jurons : ceux proférés dimanche soir par John Oliver dans son émissionLast Week Tonightsur la chaine américaine HBO … « rien de ce que ces connards, assholes en anglais, sont en train de faire ne va pas marcher » explique t il au milieu des rires. La preuve ? si t’entres en guerre en terme de culture et de mode de vie avec la France, avec ton idéologie minable, voilà ce qu’elle ramène

Putain bonne chance lance John Oliver ! Sartre, Piaf, le bon vin, le camembert et argument suprême, « le croc en bouche », autrement dit "la pièce montée" chez nous : ce seraient nos armes contre ces « assholes »… l’humour oui, heureusement reste une arme.

L'équipe
Mots-clés :
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.