Bruxelles lâche du lest sur les finances publiques; trump a peur des microbes et vante Madoff, Macron fait hésiter la presse

La revue de presse, bonjour hélène Jouan

On commence par des nouvelles venues de Bruxelles

Et pas des moindres : pour la première fois depuis le début de la crise, la commission de Bruxelles lâche du lest, pour la première fois donc, elle demande aux capitales de l’euro de desserrer les freins de la dépense publique. Vous avez bien entendu, la commission ne joue plus aux pères fouettards des états trop dépensiers, mais consent à ce qu’elle appelle « une nouvelle orientation politique ». Dans le Figaro éco, Jean Jacques Mével nous explique bien qu’il ne s’agit pas de révolution, Bruxelles n’en est pas encore à parler de relance et ou de stimulus, mais c’est une adaptation européenne très terre à terre. 1, la défense littérale du pacte de stabilité est devenue intenable, Paris, Lisbonne, Madrid Rome et bien sûr Athènes s’en sont déjà affranchis dans les faits. 2, la commission a surtout décidé de prendre en compte le tableau politique qu’elle a sous les yeux: un référendum constitutionnel en Italie début décembre, des élections législatives aux pays bas en mars puis la présidentielle en France, partout, c’est l’extrême droite qui est en embuscade. Sur le vieux continent, l’austérité est plus qu’un repoussoir, c’est désormais l’instrument d’un suicide dans l’isoloir. Le brexit britannique et la victoire inattendue de Donald Trump n’ont fait que noircir un peu plus le tableau. Bref l’orthodoxie budgétaire ne peut plus être un dogme…Cette ligne a notamment été défendue par Pierre Moscovici, commissaire européen qui ce matin dans Paris Match l’affirme « si nous ne sommes pas capables de nous réconcilier avec nos concitoyens, si le populisme nous gangrène alors nous risquons de mourir »…l’opération survie est peut-être enclenchée avec ce timide mais réel, ajustement de la politique économique initiée par la Commission.

Trump président des Etats-unis, encore et toujours dans la presse ce matin

Avec des Unes d’hebdo qui lui sont encore largement consacrées, « A qui la faute ? » s’interroge encore Politis, la Vie titre sur « le temps des affreux, pourquoi ils sont élus », mettant Trump dans la lignée des Poutine, Erdogan, Orban en Hongrie, ou Duterte aux Philippines, Valeurs Actuelles pose la question avec gourmandise « Maintenant la France ? », Paris Match choisit comme d’habitude le registre glamour avec la first lady américaine en couverture, « roman d’une top model venue de l’est ». Mais même si on croit avoir tout lu sur cet improbable candidat devenu président, on n’est jamais à l’abri de surprise. Exemple ce matin dans l’Express avec le récit de Corinne Scemama. En 2008, cette journaliste économique obtient un entretien avec le milliardaire, elle en raconte les coulisses. Pour avoir droit de l’approcher lors d’une réception huppée, sa collaboratrice lui intime l’ordre de jouer à la pretty woman. Brushing impeccable, séance de maquillage, on lui prête même un collier en or et pierres précieuses de 155 000 dollars ! Lorsque le milliardaire est arrivé raconte t elle, il m’a serré la main à contrecoeur, car il a très peur des microbes, il lui fait une petit séance de graphologie en examinant ses notes, mais la séance charme prend fin quand elle évoque une enquête indiquant qu’il aurait surestimé sa fortune : il accuse alors le journaliste d’être un loser, comme tous les journalistes d’ailleurs, se lève, s’en va, elle est obligée de lui courir après, il la présente rapidement « au meilleur financier des Etats unis », puis la plante là sans lui serrer la main, les microbes toujours. Le meilleur financier des Etats unis s’avèrera être…Madoff…Bernard Madoff. » Condamné depuis à 150 ans de prison…

Et puisque on en est encore, à décrypter ce qui a fait gagner Trump, je vous suggère la lecture d’un article sur le site The Conversation, article signé d’un prof d’histoire ancienne Christian Georges Schwetzel qui s’attarde sur la coiffure du candidat. Cette espèce de casque léonin, à la teinte jaunâtre ou orangée, dont on s’est beaucoup moqué ! On n’a rien vu venir nous dit le prof, cette chevelure n’était ni un caprice, ni une faute de goût. Mais une stratégie de communication encore ! Dans la Bible, c’est David, roi des hébreux qui se distingue par ses cheveux fauves. David, le roi messie par excellence. Trump suggère donc qu’il est le nouveau David champion des faibles, prêt à terrasser le nouveau Goliath, le géant clintonien, héros de l’élite. On ne prête jamais assez attention aux détails…

L’annonce de candidature d’Emmanuel Macron hier, verdict de la presse ce matin ?

« Il s’envole dans l’espace ! » Non, ça c’est Thomas Pesquet à la Une de Paris Normandie, n’empêche qu’on a droit tout de même à la « Fusée Macron qui arrive à Marseille » pour la Provence. « Macron joue au chamboule tout » pour la Nouvelle République, quand il est« le rassembleur de la droite et de la gauche » pour la Voix du Nord. Petit coup de coeur pour le titre de Libération je dois l’avouer et son « MAcron, attention à la marche ». Libé dont le traitement éditorial reflète assez bien l’état d’expectative dans lequel le nouveau candidat plonge tout le monde. Page de gauche, « Pourquoi Macron peut le faire », Nathalie Raulin explique qu’en misant sur un positionnement hors système politique, Macron joue serré mais qu’il existe un énorme réservoir de voix à conquérir, page de droite « pourquoi il est condamné à échouer », Grégoire Biseau assure l’inverse : « corps électoral restreint et positionnement idéologique minoritaire en France ne lui laisseront aucun oxygène ». On croirait voir le petit bonhomme de Télérama qui rigole ou fait la tête sur un même film. On sent Libération, comme d’autres plutôt séduits par la forme, « le zéphyr de nouveauté » comme dit Laurent Joffrin qu’il fait souffler sur un paysage politique à bout de souffle, mais beaucoup reste dubitatif quant à son efficacité: « ce 16 novembre restera dans l’histoire comme une date historique…ou comme le souvenir du plus grand flop de la 5ème république » écrit François Xavier Bourmaud dans le Figaro. On ne saurait prendre plus de précaution. Cécile Cornudet dans les Echos relève elle, la symétrie entre les 2 candidats qui ont fait l’événement hier : Marine le Pen en inaugurant son QG de campagne, Macron en se déclarant. Les mots de l’une pourraient être ceux de l’autre : « système politique bloqué, rassembler au-delà de la droite et de la gauche », deux combats symétriques donc contre le système même si leurs recettes évidemment sont inversées.

L’Humanité est en fait un des rares à adopter une position sans ambivalence « Emmanuel Macron en marche, ses bus déjà en faillite ». Megabus, filiale d’un groupe britannique opérant en France, a en effet annoncé hier un plan social de 175 salariés. « Sur les 22 000 postes promis par le ministre de l’époque, seuls 6% ont vu le jour accuse Maud Vergnol dans son édito. De quoi entrevoir l’état dans lequel serait la France dans 2 ans si l’ancien associé de Rotschild l’emportait à l’élection présidentielle » prévient elle.

On termine avec un « tout va bien »

Pas pour Itélé…de « grève lasse » vous savez que les salariés ont décidé après 31 jours de grève de reprendre le travail hier. Dernier épisode ce matin dans Les jours écrit par le duo Roberts et Garrigos…récit d’un gâchis, où jusqu’au bout écrivent ils, « on imaginait une intervention venue d’on ne sait où, une valeureuse ministre de la Culture débarquant d’un hélicoptère pour venir à la rescousse des journalistes, un CSA qui déboule sur son cheval blanc, un président de la République qui fait donner le Raid pour déloger le forcené Bolloré. »Mais ça se termine beaucoup moins bien..

Non, « tout va bien « , c’est le titre d’un petit recueil, aux éditions le Tripode, qui se propose de revoir le Monde de 2016 à travers les titres de presse. « addict au rosé, allergique au bleu des gendarmes » « une querelle sur kant dégénère en coups de feu en russie »,« des escalopes cachées sous ses seins au parloir », « insultée par une automobiliste, il fait l’hélico avec son sexe », « un homme tire sur son fils en chassant le canard, je l’ai pris pour un gros chat ». C’est pour rire…société absurde, un peu malade, pleine de poésie aussi…et bel hommage à l’inventivité de la presse régionale souvent, pour sa titraille

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