C'est une enquête journalistique impitoyable qui se lit comme un roman funèbre, elle s'appelle "The uncounted", littéralement ceux que l'on n'a pas compté...

Ceux qui ne comptent pas.  Ils sont les civils irakiens tués par la coalition dans des bombardements de la reconquête... Des morts que la coalition ignore, cache, nous dissimule et se dissimule à elle même...  

Le New York Times a passé 18 mois à enquêter en Irak. Le journal est retourné sur 150 sites de bombardements, il a rencontré des centaines de témoins,  il a comparé la réalité des sites visés aux aux documents de l'armée américaine, et la conclusion est horrible. Les pertes civiles sont 31 fois supérieures aux chiffres officiels. Et la plupart des bombardements ont été décidés sur la foi de renseignements vagues ou périmés. 

L'enquête est incarnée par l'odyssée de Bassim Razzo. Le 22 septembre 2015, la coalition publiait sur YouTube une vidéo en noir et blanc aux accents de victoire. "Un site de daesh détruit par une vrappe de la coalition..." 

Dans la réalité, ces batiments étaient les villas de Bassim et de son frère. Deux grands bourgeois de Mossoul qui se protégeaient chez eux en attendant la fin de Daesh. Les Razzo ne savaient pas que leurs demeures étaient répertoriées dans les états-majors alliés comme appartement à l'état islamique; ils ne savaient pas que des drones les avaient filmés; ils ne pouvaient pas imaginer le tissus de bêtises qui allait conduire à leur catastrophe... Le New York Times publie des extraits du rapport d'espionnage de la maison des Razzo...  "Aucune activité hostile n'est observée", on ne voit pas d'armes, "mais les combattants de Isi ne brandissent pas ostensiblement leurs armes"... 

Basim a perdu son frère, sa femme, sa fille et son neveu, il a survécu pour obtenir non seulement justice... mais sauvegarde. Il fallait que la coalition reconnaisse qu'elle s'était trompée pour qu'on ne le prenne pas, dans Mossoul libéré, pour un homme de Daesh... il a eu de la chance. Ce bourgois éclairé avait vécu aux Etats Unis, une de ses cousines par alliance est une universitaire américaine. il nous ressemble... il a compté... 

Les uncounted. On peut le lire sur internet, sur le site internet du New York Times, en attendant que cet article soit traduit... Les journaux parfois sont glaçants et c'est leur rôle... 

Si vous avez  encore le courage, vous lirez dans l'Humanité le témoignage de cet enfant guinéen réfugié en France. il s'apelle Moussa. Il a 17 ans. Il a été recueilli en mer en février dernier après avoir quitté la libye. Avant le bateau il a été battu, emprisonné, traité en esclave et violé... Il est chez nous désormais, apprenti boulanger, et l'Humanité publie son témoignage, écrit en caractères sages sur un cahier d'écolier... Il guérira?

On parle de la République en Marche dans les journaux...

... qui se réunit en congrès à Lyon, et Ouest France en fait un dessin qui nous épargne bien des analyses. On voit un petit théâtre de guignol où Emmanuel Macron agite une marionette barbue devant un public d'adultes infantilisés qui crie, "c'est Christophe!", et il n'y a rien d'autre à dire sur l'intronisation de Christophe Castaner à la tête du parti du Président.

Sont-ils des enfants qu'il faut occuper, ces militants de la République en marche qui ne peuvent même pas voter pour choisir le chef?  

L'Obs, dans une longue enquête, décrivent ce que prétend devenir le parti macronien. Une  gigantesque association qui va prendre la société en charge, qui organisera des projets citoyens, nettoyer les rives des cours d'eaux, encadrer des réfugiés, réinsérer des jeunes, faire de l'aide au devoir... L'Obs raconte le maire LREM de Vaulx le Pénil en Seine-et-Marne, qui a organisé des chauffeurs bénévoles  et des baby sitters bénévoles, pour que les personnes agées et les jeunes parents puissent allr au cinéma municipal dont la fréquentation déclinait... 

Est ce cela, la politique, devenir un parti liquide, dit le Point? Le modèle du Parti comme organisation communautaire vient des états unis... Et tous les partis, c'est dans la Croix, se cherchent...

Pendant ce temps... Il est aussi une permanence.  Ouvrez Paris Match pour regarder un reportage exclusif et organisé sur Emmanuel Macron, en son avion présidentiel, un bel homme avec femme et ministres et conseillers que l'on photographie dans sa puissance souriante... Quand ses militants réparent les cinémas...

C'est l'image du pouvoir? Vous lirez avec plaisir, dans le Progrès , que le macronisme fait prospérer une petite entrerpise d'Oyonnax, dans l'Ain; la maison Bruot qui fabrique les petites boules à neige Macron... vous savez Nicolas, ces petits objets de cheminée que l'on retourne pour voir de la neige avec un Président à l'interieur... C'est le pouvoir, un produit dérivé.

Et deux hommes de mots enfin...

Kamel Daoud, d'abord: il signe dans le Point un très beau texte sur l'Algérie, son pays, "un pays flou, invisible zombie, vaste et fascinant"... Le Point traverse la Méditerranée pour un très bon dossier sur l'Algérie, qui nous renvoie à cette question du pouvoir qui là -bas, physiquement, a disparu... et la société bouge et s'impatiente en attendant que disparaisse le vétéran bouteflika, octogénaire, en fauteuil et invisible.  Mais on écrit en Algérie, et un pays qui a Daoud a de la chance... 

L'autre homme, il est dans GQ, mensuel masculin, l'acteur et cinéaste Matthieu Kassowitz... qui raconte sa transmutation en boxeur, pour un rôle et pour la vérité de ce sport qui lui fait payer le cannabis qu'ils s'obstine à consommer, à 50 ans... "un mec qui monte sur un ring, on ne peut rien lui dire... De vingt a trente ans on est bien, on baise comme des dieux on a un cardio de dingue", dit Kassowitz, mais après... Il a conjuré le bide en se prenant des "KO foie" et il sait maintenant que les rocky, c'était bidon... On aborde le week end dans cette vérité virile. 

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