(Patrick Cohen) Dans la presse ce matin : François Hollande, au nom du roseau.

C'est la synthèse de deux titres de journaux.

Libération à la Une. Photo du vainqueur de la primaire : « Le nom de la rose ».

Et L'Humanité , un portrait qui là aussi fait allusion au symbole du Parti socialiste : « Hollande, c'est le roseau plutôt que le poing. »

Hollande à la Une, comme lundi dernier le résultat de la primaire écrase tout le reste dans la presse.

La photo qui revient le plus souvent montre le député de Corrèze les bras en bras en l'air en forme de V, Martine Aubry à ses côtés.

Et en titre, "L'incontestable victoire » pour La Provence

« Rassembleur en chef » pour Metro

« Et maintenant le vrai défi » pour Paris Normandie

Hollande même La Une du Wall Street Journal , édition Europe. Le titre pourrait être "coucou c'est moi". Sur l'image, on le voit écarter le rideau de l'isoloir hier au moment du vote. « Hollande remporte la primaire socialiste en France. »

Le voici donc candidat du PS, c'est ce que France Soir appelle « La Voie Royale. »

Et du coup la presse dresse le portrait du candidat socialiste

Les biographies étaient prêtes.

Retour d'abord à ce portrait de L'Humanité , signé Lionel Venturini. "Le roseau plutôt que le poing, histoire d'une ascension".

Pour L'Huma , « à force de ne voir en François Hollande que l'homme de la synthèse on en a oublié la détermination qui l'anime depuis son entrée en politique. »

Et son entrée ne date pas d'hier. Il n'a même « jamais connu que la politique pour métier. (..) Hollande, pur produit de l'ascension sociale : arrière grand père agriculteur, grand père instituteur, père médecin ». Longtemps numéro 2 de quelque chose. Lionel Venturini reprend la formule de Jean-Pierre Mignard, l'homme qui veillait au bon déroulement de la primaire.

"Hollande c'est un homme d'esquive qui doit devenir un homme d'empreinte". C'est fait, sans doute aujourd'hui, selon le journaliste.

Retour sur les années de jeunesse du candidat

C'est un classique du portrait politique.

Tout petit déjà, il a grandi dans une famille de gauche… He bien non ! « François Hollande ne vient pas d'une famille de gauche », écrit Libération .

Dans les « douze trucs à savoir sur la jeunesse de François Hollande » exposés par Pascal Riché sur Rue89 , les points 2 et 3 sont les suivants : il a été élevé chez les frères. L’école chrétienne Saint Jean-Baptiste de la Salle. Et son père était d'extrême droite, soutien à l'époque du candidat Tixier-Vignancourt.

De droite, la famille ? Pas seulement. Si le papa ORL est nostalgique de l'Algérie française, la maman assistante sociale est plus proche de la gauche.

La suite ? C'est ce que Lib é appelle "l'effort tranquille" pour résumer le parcours du Rouennais qui a déménagé à Neuilly avec sa famille à la fin des années 60.

Année Mitterrand, Delors, Jospin…

Quel profil intellectuel, quels mentors pour l'homme qui veut devenir président de la République. Jean Pierre Mignard encore, dans Libératio n : « François Hollande est très politique. Il était Mitterrandiste pour la stratégie de conquête du pouvoir, tout en étant sensible à beaucoup d'idées de Rocard. Il pensait que Delors était l'homme qui pouvait dépasser ce clivage. » La synthèse, toujours. 11 ans à la tête du parti socialiste, notamment à l'époque de Jospin à Matignon.

C'est l'époque "Schtroumpf hilare".

Schtroumpf hilare, M. Petites blague, fraise des bois, Flamby... Autant de sobriquets dont on l'afflige.

Cet homme est un alchimiste écrit Mediapart , « il est parvenu, sans que l'on sache comment, à transformer le plomb de son passif à la tête du PS, en résurrection dorée aux portes de l'Elysée. (…) Il a réussi à faire croire à sa nouveauté. »

Car à en croire Martine Aubry, François Hollande lui a laissé en 2008 un PS ou rien ne marche "même pas les chiottes", la citation est dans Le Parisien-Aujourd’hui-en-France , elle ne date pas d'hier soir, on s'en doute.

C'est la traversée du désert. "Vous ne pouvez pas savoir comment il était méprisé se souvient l'un de ses proches, Bernard Poignant. Le dernier carré des hollandais rase alors les murs. 10 ou 15 pas plus, on n'arrivait même pas à remplir la table se souvient l'un des convives », toujours dans Le Parisien .

2008-2009 sales millésimes, un autre proche témoigne dans Libération « Quand t'as plus de boulot, que ta femme a été candidate, que tes amis t'ont lâché et que ta mère meurt, il y a un moment où il ne reste plus rien. Il a montré une capacité psychologique à faire face seul. C'est là que je l'ai vu en homme d'Etat. »

Il y a donc un revenant dans l'homme qui a levé les bras hier. On lui a imputé en partie les défaites de 2002 et 2007.

« Homme politique à l'ancienne », écrit Mathieu Croissandeau dans Le Parisien , qui a « petit air de Tony Blair » pour Remy Dessarts dans France Soir et qui « déteste le conflit » selon les propos d'Henri Emmanuelli dans le Figaro . « Quand vous discutez avec lui, cela se passe toujours très bien. En général il vous donne raison sur le moment. Pas forcément par la suite. »

François Hollande vu par les électeurs à présent

Cela dessine les forces et les faiblesses du candidat PS. Electeurs du second tour des primaires hier. Propos recueillis par Libération . Quelques extraits impressionnistes. « Rassembleur », « plus apte à battre Nicolas Sarkozy » que Martine Aubry, moins péchu, moins moderne qu'elle moins agressif aussi, « apparatchik habitué aux négociations de couloir », « je ne le vois pas représenter la France dans les négociations internationales ». Conclusion méchante d'un électeur de Lille : « j'ai l'impression que c'est un gros soufflé au fromage qui va se dégonfler. » C'est bien la peine de faire un régime…

Moins vachard mais plein de points de suspension, le portrait brossé par Denis Tillinac, autre personnalité de Corrèze, de droite. C'est sur atlantico.fr

« Hollande, le candidat qui ne ressemblait pas. (…) Sa vie a changé, son dilettantisme, ses prises de recul, la texture de son ironie ne seraient plus de mise à présent qu'il convoite un destin. Le Hollande des primaires est une énigme, il ne se ressemble pas. »

C'est donc de cet homme là que la primaire a accouché. Sur Rue89 , le dessinateur Baudry raconte comment la nouvelle a été annoncée à Nicolas Sarkozy qui attend d'autres événements, plus heureux pour lui.

Un conseiller brandit un téléphone :

« - Ca y'est Monsieur le président !

  • C'est un garçon ?

  • Heu, oui…. François… »

A demain !

L'équipe
Mots-clés :
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.