(Patrick Cohen) Dans la presse ce matin : la vie par temps de pluie

(Bruno Duvic) Vous êtes président de la République. Sur le perron de l'Elysée, vous attendez un chef d'Etat étranger dont la berline s'apprête à passer les grilles, dans la cour les photographes ont leurs téléobjectifs rivé sur vous rien ne leur échappe. Un regard dans le vague ? Ils y voient de la lassitude. La cravate de travers ? Négligence. Mais bien sûr, il faut être parfaitement à l'aise et incarner la France. Alors que faites-vous ?

François Hollande a trouvé le truc. Regard au loin, droit devant lui. "Derrière les grilles ouvertes, de l'autre côté de la rue, explique le président je fixe cette boutique avec son panneau : à vendre"

Toute petite confidence recueillie par Vanessa Schneider, qui, fait exceptionnel, pour M, le magazine du Monde , a passé une semaine à l'Elysée auprès du président, de ses conseillers et du personnel du château.

C'est l'histoire d'un président qui se voulait normal mais découvre que la fonction ne l'est pas vraiment. « La normalité dans la fonction présidentielle, c'est l'exceptionnel » reconnait-il. Normal, ce chef de l'Etat qui plaisante de ses propres misères. Projection à l'Elysée, échange avec le producteur Dominique Besnéhard.

  • Ca marche le cinéma en ce moment ?

  • Septembre difficile, à cause du beau temps.

  • Il fallait me prévenir, suffit que je sorte pour qu'il pleuve.

Projection ce soir-là dans la salle de cinéma de l'Elysée, au sous-sol. Déco époque Claude Sautet/Lino Ventura : moquettes moutarde du sol au plafond. D'ailleurs l'Elysée et ses dépendances, au-delà du décorum, prennent un peu la flotte. Le conseiller diplomatique qui travaille en face du château prend les fissures de son mur en photo : on dirait un commissariat du XVIIIème arrondissement.

Normal, ce président qui dit bonjour à tout le monde. Mais quand il entre dans une pièce, on passe en un clin d'œil du ‘’tu’’ au ‘’vous’’. Lucide sur son impopularité. Mais il faut « rester impavide, ne serait-ce que pour ceux qui travaillent autour de moi. » Impavide ou presque... Evoquer le nom de Valérie Trierweiler, écrit Vanessa Schneider, c'est agiter une poupée vaudou dans les salons de l'Elysée.

L'Elysée, ses 840 employés, à qui l'on arrache parfois quelques anecdotes du passé : les Chirac qui faisaient lit à part, les colères de Sarkozy, ses chiens dont il fallait s'occuper et ces présidents qui ne les autorisaient pas à marcher sur le gravier.

Tout au long de ce reportage, il pleut pas mal. Agenda surchargé et pendule qui tourne. « Il me faut des notes, des notes, des notes. » Mais, impavide, le président.

« Tiens ! Vous avez remarqué ? La boutique d'en face n'est plus à vendre, elle a trouvé preneur, c'est bon signe. »

Le virus Ebola touche les journaux

L'épidémie à la Une de la plupart des quotidiens nationaux. « Le virus de la peur » dans Libération , « Mobilisation planétaire » dans Le Figaro , « Les infirmiers en première ligne » selon le Parisien-Aujourd’hui en France. Trop exposés, les infirmiers, selon le secrétaire général d'un syndicat. « Informer sans alarmer », titre La Croix .

Car, pour une fois, Libération et Le Figaro sont d'accord sur un point : si la menace en France et en Europe n'est évidemment pas à prendre à la légère, il y a une forme d'indécence dans la grande crainte qui se fait jour en Europe et aux Etats Unis.

Philippe Gélie dans Le Figaro : « Au début, les Occidentaux ont pris la chose à la légère. Un peu de compassion pour les trois pays africain doublée d'un sentiment de supériorité. Système sanitaire déficients dans ces pays. Péché d'indifférence et d'orgueil. Et maintenant les gouvernements passent en mode gestion de crise. Leurs systèmes de prévention se révèlent moins infaillibles qu'annoncés. Mais c'est avant tout en Afrique que la bataille contre Ebola sera gagnée ou perdue. « Indécence » selon François Sergent dans Libé , à s'inquiéter seulement maintenant qu'il y a des cas déclarés ou des alertes aux Etats-Unis, en Espagne en France, (pas de cas déclaré en France).

S'inquiéter jusqu'où ? Slate.fr passe une série de questions très concrètes en revue. « Ai-je raison d'avoir peur ? En résumé résume Slate , la réponse est non. »

Direction l'Afrique dans Libé et Le Figaro . Monrovia, capitale du Libéria. Ici plus que la psychose, c'est le déni qui menace. Florence Richard dans le quartier West Point à Monrovia. 80.0000 personnes au bord de l'océan. Des passages tellement étroits qu'il faut longer les murs de profil et seul. West Point en quarantaine le18 août. La quarantaine a tenu 10 jours. Des familles disparaissent mystérieusement. D'autres donnent de faux noms ou refusent d'être recensées par les personnes qui contrôlent la progression de l'épidémie. Moins de monde dans les centres de soins, mais personne ne croit à une décrue de la maladie. Simplement, la peur de perdre son gagne-pain, de manquer de nourriture en cas de quarantaine ou séjour à l'hôpital est plus forte que le peur de mourir d'Ebola. Tanguy Berthemet dans Le Figaro . Un corps inanimé au fond d'une ruelle de Mamba point. Comment est-il arrivé là ? De quoi souffrait-il ? Les gens ne parlent plus. « Quatre hommes en combinaison jettent la victime à l'arrière d'un pick-up et disparaissent. »

Quoi d'autre dans la presse ?

Le Zemour show hier soir chez Robert Menard à Béziers. Metronews raconte : slogan de la réunion publique : ‘’Béziers libère la parole’’. ‘’Tu es ici chez toi", commence Robert Ménard. Salle bondée, qui déborde jusque dans les escaliers. Zemmour prend la parole : "On vous trompe sur les chiffres de l'immigration." Acclamation. "Je ne reconnais plus la France, mais si vous êtes aussi nombreux, c'est qu'elle se réveille." Ovation.

Les quelques personnes venues perturber les débats ont fait un bide, dixit Midi Libre qui ne semble pas fâché. « Ce fut un succès, quoi qu'on en pense », écrit le quotidien.

Succès d'audimat aussi pour l'auteur du « Suicide français ». Le Parisien-Aujourd’hui en France y consacre un papier alors que son émission de débat avec Eric Naulleau reprend sur Paris Première. Zémour chez Ruquier, dans C à vous, chez Taddéi. A chaque fois, carton d'audience. Le journaliste en tire cette conclusion : « Je savais bien que les gens pensaient massivement ce que je dis »

Les autres sujets de Une, quand ce n'est pas Ebola.

  • Journée internationale du refus de la misère. « La pauvreté explose et il faudrait s'y habituer » s'exclame L'Humanité , qui met en cause la politique du gouvernement.

A la Une des Echos : « Allocations familiales, un tournant historique ». Elles vont être placées sous condition de ressource.

Pour La Croix , une femme vaut trois personnes ! Dominique Quinio, la directrice de la rédaction, s'apprête à prendre sa retraite, elle l'annonce dans les colonnes de son journal. Elle sera probablement remplacée par un triumvirat.

Et quelle est la valeur de ces femmes là, dans Elle . Celle-ci, par exemple, qui s'appelle Makhu. « Une pirouette dans la poussière, elle empoigne sa Kalachnikov, se retourne en un éclair et vide le chargeur sur une cible à 50 mètres. Carton plein. » Makhu a 23 ans, elle est née en Iran, elle milite depuis l'âge de 15 ans dans les rangs du PKK, le parti des travailleurs du Kurdistan et elle se bat en Irak contre l'organisation Etat Islamique. Comme Maria chrétienne syriaque, Tamara, prénom arménien. « Ces femmes qui combattent ». Reportage de Guillaume Perrier dans Elle . Elles représentent 40% des effectifs dans la guérilla kurde en Irak ou en Syrie. Elles donnent leur vie pour la défense des femmes, contre les islamistes et pour la cause kurde, jusqu'aux limites de l'endoctrinement : plus de famille pas d'amoureux. Le brille quand elles parlent de l'épreuve du feu. Et cette revanche sur les égorgeurs et les violeurs : quand ils se trouvent face à une combattante, ils croient que s'ils sont tués par une femme ils n'iront pas au paradis. Ils sont paralysés.

Bon week-end

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