Politique... Organisation des affaires de la cité, disaient les philosophes grecs... Avoir ou ne pas avoir de papiers, appartenir ou pas à la cité... Et, pour un gouvernement, fermer les yeux sur le non-respect des lois, ou au contraire les appliquer de manière implacable... Y'a-t-il des sujets plus profondément politiques que ceux-là ?... Des sujets que met en jeu l'expulsion du squat de Cachan hier... "Sans-papiers"... Décidément, c'est l'une des expressions de l'été, entre les enfants scolarisés en France et les expulsés de Cachan hier... Qu'est-ce qu'être sans-papiers ?... Du côté de la loi, rien que la loi, Gérard Gachet, "Valeurs Actuelles"... "Dans l'esprit de ceux qui ont promu depuis quelques années ce vocable, c'est quelqu'un frappé par un malheur dans lequel il n'est pour rien et à qui la société doit compassion et assistance... Mais en fait, c'est une personne qui séjourne de façon irrégulière sur le territoire, en violation consciente de nos lois... Comment ces gens possèdent-ils d'autres droits que celui d'être reconduits de façon digne et humaine dans leur pays d'origine ?"... Un sans-papiers, dans "Libération", c'est avant tout une photo : celle du sac-à-dos de Mehdi, un Iranien, ingénieur en informatique arrivé en France il y a un an... "Dans ce sac, dit-il, il y a tous mes papiers, toute ma vie... Si je le perds, je serai perdu..." Puis il y a enfin cette histoire, dans "L'Humanité"... celle d'Adriana, Colombienne, 36 ans, arrivée en France en 96... Elle avait alors un passeport et un visa d'un an... Elle voulait rester en France pour fuir la misère de Colombie et des relations tendues avec ses parents... Mais Adriana n'a pas obtenu le statut de réfugiée... Alors petits boulots payés au lance-pierre, arriérés de loyers et lettre d'expulsion au début du mois... Lundi dernier, le corps d'Adriana a été retrouvé dans la chambre d'hôtel qu'elle occupait, les veines tailladées... Difficile de ne pas avoir le coeur serré à la lecture de cette histoire... Alors, émotion... Après l'expulsion de Cachan hier, à sa Une, "Libération" parle "d'un squat passé au Karcher"... Et le ton de l'éditorial de Gérard Dupuy est très ferme... "Ces familles immigrées sont ballotées au gré des impératifs politiques... Contraint de lâcher un peu de lest sur les enfants sans-papiers scolariés, Nicolas Sarkozy se devait de bomber le torse en direction du peuple de droite... C'est l'arbitraire en guise de politique"... Les autorités font valoir que cette expulsion est l'application d'une décision de justice, et qu'un an après les incendies dans les logements insalubres de Paris, c'était aussi une affaire de salubrité publique... Et puis une partie des occupants auraient fait preuve d'intransigeance, refusant les solutions qui leur étaient proposées... N'empêche, se demande Jean-François Montémont dans "Le Courrier Picard"... Comment se fait-il qu'une démonstration de force d'une telle ampleur soit montée contre les exclus du tiers-monde ?... Le préfet du Val-de-Marne s'est indigné que les squatters aient radicalisé leurs positions en demandant un logement et la régularisation pour tous... C'est bien connu que c'est être radical que de souhaiter s'abriter sous un toit... D'accord, répond Jacques Guyon dans "La Charente Libre"... Mais l'émotion ne fait pas une politique... Comment peut-on laisser croire que c'est la seule politique "réactionnaire et répressive" (entre guillemets) du gouvernement qui empêche qu'on accorde tous les droits à tous ceux qui vivent le malheur d'être déracinés et exploités ?... Il est démagogique de faire croire que, du triste statut de nouveau misérable, découlerait une sorte de droit suprême... Alors, que vont devenir les personnes expulsées hier ?... "Le Parisien" fait le point... 508 personnes en tout... 66 en situation irrégulière vont très certainement être expulsées... Celles en situation régulière, ou en cours de régularisation, devraient se voir proposer des relogements... 190 personnes ont accepté d'aller dans des hôtels hier... D'autres, dont le dossier est plus complexe, ont décidé de camper devant le squat de Cachan... Ce matin, ceux qui fustigent l'opération de police d'hier, comme ceux qui l'approuvent, sont d'accord sur un point : le mal-logement progresse encore... Selon la Fondation Abbé Pierre dans "L'Humanité", il concerne 3 millions et demi de personnes : celles qui n'ont pas de toit, un toit brinquebalant, ou qui ont toutes les peines du monde à en trouver un... Les besoins en France sont estimés à plus de 900.000 logements sociaux... Le plan Borloo prévoit d'en créer 500.000 d'ici 5 ans... Jamais assez donc... Jamais assez d'argent pour lutter contre la pauvreté... Dans "La Montagne", Dominique Valès rappelle que, selon une récente étude, la France arrive en 18ème position, sur 21 pays riches, pour les efforts dans la lutte contre la pauvreté dans le monde... La photo est à la Une de "La Croix" ce matin... 4 soldats posent derrière un drapeau rouge et blanc, frappé d'un cèdre : le drapeau du Liban flotte sur le sud du pays... Les hommes du général Chikani sont arrivés dans la matinée à Marjayoun, au sud du fleuve Litani... Le convoi avait quitté le nord du pays la veille au soir... un long convoi de transport de troupes : canons, lance-roquettes, jeeps et camions remplis de matelas, de lits, de casemates et d'armoires... Hier matin, en s'installant à Marjayoun, le général Chikani était visiblement très ému, raconte "La Croix"... "Je suis très heureux et fier... C'est un très beau jour... C'est la première fois, depuis 40 ans, que l'armée libanaise va protéger sa frontière"... Avec le déploiement de l'armée libanaise, une condition de plus posée par l'ONU pour le retour de la paix au Liban est remplie... L'armée israélienne s'est également retirée... Reste à régler le désarmement du Hezbollah... Ce qui est loin d'être gagné... Et du coup, la mission des soldats internationaux qui doivent accompagner les Libanais... quatrième condition... cette mission est floue... Alors, comme le titre "Le Figaro", les militaires français pressentis pour prendre la tête de cette nouvelle force s'engagent à reculons... Il était question d'au moins 3.000 hommes... Pour l'instant, Paris en envoie 200... En l'absence de moyens et de vraies règles d'engagement, les militaires français risquent d'être pris entre les feux croisés de l'armée israélienne et des miliciens du Hezbollah... ou pire, d'être victimes de prises d'otages ou d'attentats... Et puis, ajoute "Le Figaro", avec cette nouvelle mission, la France risque d'être confrontée à un problème d'effectifs : l'armée de terre maintient environ 15.000 hommes à l'étranger... Paris ne peut pas dégarnir ses troupes affectées au maintien de la paix dans les Balkans, en Afghanistan ou en Côte d'Ivoire... "L'arrivée d'une nouvelle mission un tant soit peut importante nous mettrait en surchauffe", explique un officier... Mais Paris risque d'avoir du mal à résister aux pressions de l'ONU... "Résidences secondaires : il y a encore de bons plans"... "Le Parisien" ouvre le dossier ce matin : les pied-à-terre face à la plage ou en bas des pistes de ski à un prix raisonnable sont devenus très difficiles à dénicher... Mais il y a encore de belles affaires, notamment en Vendée, dans les Vosges ou la Creuse... Plus généralement, dans le centre et l'est de la France... En Vendée par exemple, cette maisonnette de 50 mètres carrés avec courette, près de Pouzauges : 30.000 euros... Ou encore, dans les Vosges, ce petit châlet de montagne... 60 mètres carrés, un hectare et demi de terrain : 70.000 euros... Mais aujourd'hui, il n'y a pas de salle de bains... "Pour s'offrir une résidence secondaire à un prix raisonnable, il ne faut pas avoir peur de retrousser ses manches pour effectuer des travaux", confirme un agent immobilier interrogé par "Le Parisien"... Et puis se méfier du coup de foudre... Allez-vous vraiment aller souvent dans cette résidence secondaire ?... Quels sont les réseaux de transport ?... A combien sera la taxe foncière ?... Les voisins ne sont-ils pas trop bruyants ?"... En tout cas, constate "Le Parisien", les différences de prix entre les résidences secondaires et les principales se réduisent toujours plus... Car les citadins n'hésitent plus à habiter loin de leur bureau et à s'installer à la campagne... Ce qui fait encore grimper les prix... Il y a plus que des mots de circonstance pour rendre hommage à Bernard Rapp ce matin dans la presse... L'ancien présentateur du "20 Heures", le lauréat de trois 7 d'Or, le chef cuistot de "L'Assiette anglaise", et le fin lettré d'"Un Siècle d'écrivains" vient de mourir d'un cancer du poumon, à 61 ans, précise "Le Parisien"... C'était "un homme de lettres et de goût", selon "Le Figaro"... "Libération" retient un terme pour qualifier sa carrière et sa personnalité : "élégant"... Le côté british de Bernard Rapp... "Libé" rappelle que lorsqu'il est arrivé au "20 Heures" en 83, sur Antenne 2, il était alors correspondant de la chaîne à Londres... Et c'est sur fond de Big Ben, et en plein thatchérisme triomphant, que les téléspectateurs avaient découvert sa haute stature et sa célèbre mini-vague blonde... Elégant, et pourtant il avait été le premier à commettre le crime de lèse-majesté cathodique : laisser tomber la cravate pour raconter le monde aux téléspectateurs... "Je vais utiliser une expression qu'on n'utilise plus beaucoup aujourd'hui, dit Pierre Lescure, qui avait recruté Bernard Rapp pour le "20 Heures" : c'était un honnête homme"... Encore dans "Libération", le "Portrait" de dernière page... Cette histoire pour dire qu'il y a des gens qui débarquent à Paris pour fuir leur pays, et deviennent des références en matière de cuisine française... C'est l'histoire de Raquel Carena, 47 ans... la chef du bistrot "Le Baratin" à Ménilmontant, à Paris... Comme un personnage d'Almodovar, Raquel prononce "couisine" et "manoucoure"... En 79, elle a fui la dictature argentine... Pas beaucoup de bagages... 27 ans après, elle raconte son parcours culinaire, un après-midi, à Marie-Dominique Lelièvre... C'est l'heure de la sieste... Le rideau de fer est mi-clos... La sieste surtout pour le chat Bojo sur une banquette décatie qui évoque un boui-boui de Bogota... Car, quand elle a débarqué, Raquel n'y connaissait rien en cuisine... Mais elle a appris en bouquinant "La Cuisine du marché", de Paul Bocuse... La première fois : un poulet à l'estragon... puis une blanquette de veau... puis une poule au pot... Les classiques français... Et aujourd'hui, ses trucs à elle... Et son "trouc", comme elle dit, c'est l'eau... C'est le principe de la cuisine... Savoir comment un "légoume", une viande ou un poisson peut donner le meilleur de lui-même en le mouillant... A entendre l'un de ses clients, Louis, 22 ans, qui vient de fourchetter menu l'ardoise de midi, "entrée-plat-dessert, 14 euros", ça n'a l'air pas mal... Sa salade de lentilles est fondante, sa tarte Tartin crumbelisée est mortelle... Après l'huile d'olive qui tapisse le palais, c'est le sucre qui court dans les veines... Raquel, arrivée d'Argentine en 79, ce n'est plus une histoire de papiers, c'est une histoire de papilles... Bonne journée.

Bruno DUVIC

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