(Patrick Cohen) Dans la presse ce matin : mohicans et chiens errants

(Bruno Duvic) Voici un reportage que l'on lit comme un roman d'anticipation des plus sombres. C'est dans L'Express . "Sofia, le mal de chiens". Dans la capitale bulgare des milliers d'animaux errent à l'abandon, un homme est mort début avril déchiqueté par une meute. On ne va pas mettre la crise à toutes les sauces, mais force est de constater qu'elle accentue un phénomène ancien en Europe de l'Est.

350 Euros de salaire par mois en moyenne en Bulgarie, la visite chez le vétérinaire est un luxe. On se débarrasse de son chien malade. Les immeubles abandonnés par les promoteurs sont des repaires idéaux pour ces bêtes, même plus nourries par des vigiles qui ont disparu depuis longtemps.

16 Etats sur les 27 de l'Union européenne sont concernés par le phénomène, de plus ou moins grande ampleur.

Vie de chien.

Florence Aubenas, recrue de choix à la rédaction du Monde , est allée en reportage dans une série de Caisses d'allocations familiales. C'est la branche de la sécu chargée de verser les prestations, notamment le RSA.

C'est le premier (ou le dernier) maillon qui relie les Français à l'Etat.

Déjà en 2007, les employés de la CAF de Guéret avaient tiqué en voyant arriver dans leur bureau des retraités affolés. Ils n'arrivaient plus à payer le fuel. "Quelque chose est en train de se passer, mais quoi ?" se sont-ils dits. 6 mois plus tard éclatait la crise économique.

2012, à la CAF de Guéret arrive Pierrot, éboueur à 1.100 Euros par mois. Il est moins affolé qu'en colère : "on travaille, on fait tout ce qu'il faut et on se voit tomber. C'est pas ça la vie". Pierrot va voter Front national : "et si on arrêtait de travailler, si on vivait des aides ? Des gens font ça non ?"

Et les employés de Guéret de répéter la phrase : "quelque chose est en train de se passer, mais quoi ?"

Chiens errants et mohicans, évidemment, la presse s'intéresse davantage aux trains en retard qu'aux trains à l'heure, elle pointe ce qui ne va pas.

Avec cette interview de 3 juges d'instruction dans Les Inrockuptibles

On l'aborde en se disant qu'on va lire une nouvelle charge anti-Sarkozy, elle y est, c'est devenu banal. Ce qui l'est moins, c'est l'état de dépression dans lequel on trouve ces juges : Marc Trevidic, figure de l'anti-terrorisme, Marie-Odile Berthella-Geffroy spécialisée dans les affaires de santé. Et Laurent Lèguevaque, qui a carrément démissionné il y a 7 ans.

Trévidic : "J'ai autant d'énergie que Lou Reed sur scène, le Lou Reed d'aujourd'hui, pas celui d'il y a 20 ans."

Berthella-Geffroy : "De toutes façons, je n'aurai plus de dossiers sensibles, j'en suis sûre."

On sait que la plupart des dossiers échappent aux juges d'instruction indépendants mais les chiffres donnés sont assez saisissants. Les affaires qui leur sont confiées, c'est 2 à 3% du total. L'an dernier, à la sortie de l'école de la magistrature, seulement 5 postes de juges d'instruction étaient proposés. Ils ne sont plus que 532 à faire ce métier en France. "Nous sommes les derniers des mohicans, on va vraiment vers la disparition du juge d'instruction". Ils demandent que le pouvoir exécutif n'ait plus aucun rôle dans la carrière des magistrats.

Quels échos de campagne ce matin dans la presse ?

"S'il est élu, François Hollande aura besoin d'alliés". Le titre est en page 3 du Monde , qui se projette déjà dans les législatives. "La carte des circonscriptions ne permet pas au PS d'espérer la majorité absolue à l'assemblée nationale", selon le journal.

"Hollande ne fait pas le plein", titre Le Parisien-Aujourd'hui en France , mais pour une autre raison : le journal relève que grand palais de Lille n'était pas rempli pour votre meeting hier soir. Les militants penseraient-ils la victoire déjà acquise ? Le dernier sondage BVA pour la presse régionale vous place encore en tête au premier tour (29.5% contre 27.5 à Nicolas Sarkozy,) et nettement au second tour (56/44)

La bataille pour la 3ème place : Marine Le Pen 14, Jean Luc Mélenchon 13, François Bayrou 12.

Pour mémoire, un sondage et ses marges d'erreur, ce n'est qu'une photographie de l'opinion à un moment donnée.

En tout cas Marine "Le Pen (se déploie) tous azimuts", dixit Le Parisien . L'Humanité en fait son adversaire numéro 1 ce matin.

Quant à François Bayrou, Le Canard Enchainé croit savoir qu'il ne donnera pas de consigne mais qu'il votera Sarkozy à titre personnel. Le Canard se réclame d'une confidence de Marielle de Sarnez.

Quel que soit le vainqueur, charge à lui ou elle de redonner du moral à cette France bien grise dans la presse ce matin encore. Encore un exemple avec la Une de Télérama : "Mais que fabrique l'école ?". A propos d'école, pour retrouver le sourire, on lira l'interview du camarade François Morel dans L'Express . Il retrace son parcours et cette enfance passée à St Georges des Groseillers - ça ne s'invente pas. Dans un encadré, L'Express cite quelques passages d'une des chroniques de François pour France Inter, le 30 juin dernier. Il parlait de tout et de rien ce jour là et notamment de ce gamin indiscipliné au collège d'Argentan où il était pion. Le chef d'établissement le rappelle à l'ordre :

"- Jeune homme, je vous rappelle que je suis le principal !

Réponse du gamin

  • Vous êtes le principal, et moi je suis l'essentiel."

A demain.

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