incertitude max sur le premier tour, les stratégies des candidats et des électeurs

La revue de presse, bonjour Hélène Jouan

A la Une de la presse évidemment, le compte-à-rebours avant le premier tour de la présidentielle

« Et toi, tu sais pour qui ? » : la petite question qu’Alain Rémond pose dans son billet de la Croix ce matin, est sans doute celle qui agite vos repas en famille ou entre amis depuis plusieurs jours. Cette question, « pour qui voter ? » reste encore sans réponse pour 1 électeur sur 3 semble-t-il, c’est du jamais vu.

« 4 jours pour convaincre » calcule bizarrement Ouest France, « A 6 jours du premier tour, calcule tout aussi bizarrement le Figaro, l’incertitude est totale » « Vous faites quoi ? » s’interroge Libération avec un petit croquis qui envisage toutes les combinaisons pour le 2ème tour, MAcron/le Pen, Fillon/Mélenchon, Mélenchon/Macron etc. « Tempête sous le crâne d’un pays entier, toujours indécis à moins d’une semaine du vote », « C’est la purée de pois » confesse dans les Echos le dirigeant d’un institut de sondage.

« 4 candidats sont donc encore susceptibles de se qualifier, détaillent Judith Waintraub et Marcelo Wesfreid dans le Figaro, sans que les critères qui détermineront le choix des électeurs apparaissent clairement ». « Dans ce contexte, la dernière ligne droite tourne au casse-tête pour les prétendants. Qui attaquer en priorité ? »

Une indécision et une volatilité de l’électorat qui influent donc sur la stratégie des candidats, mais aussi sur celle des électeurs

On commence par la stratégie des candidats. Quoi de nouveau ?

On retiendra que de part et d’autres, ça cogne de plus en plus. Chacun choisissant sa cible selon son intérêt. Emmanuel Macron, « en panne dans les sondages » est à l’offensive contre François Fillon nous dit Aujourd’hui en France/le Parisien, « parce que c’est lui le vrai danger » explique un de ses proches, et que c’est son électorat qu’il lorgne. Jean-Luc Mélenchon voit dans son succès la confirmation du « dégagisme » qu’il a théorisé, il durcit le ton contre les « sortants » nous dit le Figaro.

Mais François Fillon tente désormais de lui disputer le label « anti système », poursuit le journal. D’où sa sortie sur Sens commun qu’il voit prêt à intégrer son gouvernement, d’où sa revendication d’être insoumis aux media… Avec des répercussions discutables. Ce matin, le site Buzzfeed raconte la façon dont deux de ses journalistes ont été pris à partie par le service de sécurité du Palais Nikaia où François Fillon était en meeting hier à Nice. Ils filmaient l'interpellation de deux agitateurs qui avaient crié «rends l'argent» lors du discours du candidat avant d'être interpellés. Des agents de sécurité ont agrippé l’un d’eux, exigeant qu'il efface sa vidéo, sous les yeux de plusieurs membres de l'équipe de François Fillon. Le candidat en personne est finalement intervenu à la tribune pour calmer les huées des militants qui criaient « Journalopes ou merdia ».

Ce matin dans la Croix, François Fillon réaffirme sa « détermination », à s’installer à l’Elysée et à mener les réformes « si je suis passé par toutes ces épreuves, ce n’est pas pour reculer demain matin devant la première opposition ». Quant à « l’exemplarité des politiques » qu’il a largement vantée pendant les primaires, il ne voit pas où est le problème: « l’exemplarité c’est de dire la vérité aux français sur la réalité économique et tenir ses engagements. Un président de la république n’est pas saint François d’Assise ». On avait compris.

Enfin, Marine le Pen. Qui « cogne dur aussi » nous dit le Parisien, elle revient aux fondamentaux avec « du gros rouge qui tâche » a prévenu son entourage. Pas un mot hier au Zénith de Paris, sur les sujets qui clivent comme la sortie de l’euro. En revanche, retour des slogans de papa sur « l’immigration, drame pour la France ». Le quotidien l’Opinion tente d’expliquer pourquoi la candidate du FN patine dans la dernière ligne droite ; il y aurait un reflux rapide des électeurs fraichement séduits, les fonctionnaires notamment. Plus préoccupant pour elle, note Béatrice Houchard, elle régresse au sein de son propre électorat,moins 6 et demie % chez ses électeurs de 2012 selon un sondage Elabe. Prudence néanmoins, les sondeurs relèvent que le socle électoral de Marine le Pen, les électeurs qui ne changeront pas d’avis d’ici dimanche, est le plus élevé de tous.

En quoi maintenant l’incertitude sur les noms des 2 finalistes joue-t-elle sur les électeurs ?

Pour juger de l’utilité ou de l’inutilité du « vote utile », je vous renvoie à la chronique de Thomas Legrand à 7H45, mais aussi à l’édito de Guillaume Tabard dans le Figaro qui développe lui la notion de « vote stratège ». « Le vote utile tranche entre 2 candidats d’un même camp et profite à celui qui a le plus de chance d’arriver en tête, le vote stratège prend en compte un risque » explique t il. Exemple : un électeur de droite qui ne croirait plus à la remontée de Fillon pourrait voter Macron pour empêcher un second tour Le Pen/Mélenchon. Bon le problème, « c’est que la crainte d’une même finale pourrait faire revenir ce même électeur à Fillon ». Autant vous dire, tout et son contraire, on n’est guère avancé…

Philippe Ridet l’avoue dans sa chronique, mise en ligne dans la Matinale du Monde : « il nous tarde d’être enfin dimanche, dans le silence de l’isoloir, glisser l’enveloppe dans l’urne. Choisir le meilleur pour la France ? nous ne sommes pas si présomptueux. Nous avons égoïstement hâte de mettre un terme à notre propre indécision, d’en finir avec nos interrogations ».

« Indécision », maitre-mot donc ce matin, mais tout le monde n’est pas indécis

« Cela commence à ressembler à un mouvement de panique » nous disent isabelle Chaperon et Dominique Gallois dans le Monde : « alors qu’ils s’étaient peu exprimé dans la campagne, les dirigeants d’entreprise sortent du bois. Pour preuve, la tribune de 80 d’entre eux publiée par le Monde hier appelant à ne pas céder aux extrêmes », beaucoup en réalité se sont déjà engagés derrière Emmanuel Macron, ils sont tous inquiets de l’image destructrice de cette campagne, et de son éventuel résultat sur l’image de la France. Pour preuve encore l’activisme de Pierre Gattaz, numéro 1 du Medef. Pas moins de 2 tribunes sous sa plume ce matin, dans le Figaro pour dire « non à l’abstention afin de sauver l’europe », dans les Echos, plus explicite pour affirmer « messieurs Hamon et Mélenchon, madame le Pen, vous vous trompez d’Europe ». Et puis cet après midi dans le Monde, ce sont 25 Nobel d’économie qui dénoncent à leur tour « les programmes anti-européens »

On termine Hélène par un regard étranger sur cette campagne

Avec un langage, vous allez l’entendre, pour le moins fleuri. John Oliver, dans son Late Show dimanche soir sur la prestigieuse chaine américaine HBO rhabille pour l’hiver tous nos candidats. Mais il cible surtout Une candidate. Pour bien se faire comprendre, enfin surtout de nous, il termine même son long sketch, en français. Le décor, un bistrot franchouillard, on lui sert du vin, il allume une cigarette, à ses côtés évidemment, un accordéoniste.

SON HBO

« Au secours la France » ! Je ne sais pas s’il faut déplorer l’image donnée par notre campagne présidentielle, ou se réjouir de constater que pour certains, la France reste un phare des Lumières

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