Patrick Cohen : La Revue de Presse à deux voix du vendredi. Bonjour Guyonne de Montjou, bonjour Bruno Duvic. A la Une : Zine Ben ali... Guyonne de Montjou : Ben Ali dans le coma : info ou intox ? Hier, le Quotidien de Tunisie révélait que le dictateur déchu avait fait une attaque cérébrale. Et ce matin, les réactions sont assez prudentes. Dans les rues de Tunis, la mort annoncée, et si rapide, de Ben Ali ressemble à une punition divine. En ce qui concerne les obsèques : "Pas question d’enterrer Ben Ali sur notre sol, alors que le sang des révolutionnaires matés par sa police n’est pas encore sec". D’autres se demandent si ce coma, même pas confirmé par une source médicale, est vrai. C’est le cas de l’opposant tunisien Moncef Marzouki qui crie déjà à la manipulation. Il est cité dans le Frankfurter Allgemeine Zeitung ce matin : pour lui, "Ben Ali met en scène son agonie pour susciter la pitié et surtout échapper à la justice tunisienne". Le quotidien allemand croit savoir que Leila, sa femme, n’est pas avec lui dans son exil saoudien. Elle serait déjà installée à Dubaï. Le Guardian la croit plutôt à Tripoli, en Libye. Une autre rumeur court dans la presse arabe : Moubarak aussi, se trouverait dans le coma. Ça fait un peu beaucoup, mais bon, on peut lire cette info dans un journal sérieux égyptien : le Almasry-Alyoum, un titre libéral proche de l’opposition qui cite des sources proches de l'ex-président. Moubarak reste à Charm al-Cheikh, puisqu’il a déclaré qu’il voulait mourir sur le sol égyptien. Son état de santé, qui n’était déjà pas très bon, se serait détérioré fortement. Des médecins seraient arrivés cette semaine dans sa résidence de Charm al-Cheikh pour le stabiliser. Une source proche a révélé qu’une forte dispute aurait éclaté entre Hosni Moubarak, Suzanne son épouse, et leur fils Gamal. Moubarak aurait dit à son fils qui l’a mal conseillé : «Tu m'as mis dans cette situation, toi et ta mère. Vous avez ruiné mon histoire en Egypte." Bruno Duvic : La presse française continue d'enquêter sur les relations entre la France et la Tunisie, hier et aujourd'hui. "Les liaisons dangereuses entre la France et la Tunisie de Ben Ali", titre le Monde. Article de Florence Beaugé. "A droite comme à gauche, écrit-elle, beaucoup doivent redouter ces jours-ci, l'ouverture des archives de l'agence tunisienne de communication extérieure, pivot central de l'ancien régime de propagande. C'est par le biais de cette officine, que les invitations tous frais payés arrivaient aux uns et aux autres, pour de vagues congrès a Sidi Bou Saïd, Hammamet ou Monastir. De son côté Mediapart, reprend une vidéo de la radio tunisienne "Mosaïque FM". Extrait de la première rencontre entre le nouvel ambassadeur de France en Tunisie, Boris Boillon, et la presse. C'était hier... Son ambassadeur de France en Tunisie Et il conclut avec ce mot de bienvenue en arabe. Autre message de l'ambassadeur : "La France n'est pas là pour donner des leçons à la Tunisie, elle serait mal placée pour le faire. Une journaliste de l'Agence France Presse lui demande de préciser ce qu'il veut dire... Son ambassadeur de France en Tunisie Accrochage aussi avec une journaliste tunisienne qui l'interroge sur l'attitude de la diplomatie française pendant la Révolution de Jasmin. L'ambassadeur a ensuite rappelé la jeune femme pour reconnaître qu'il avait été trop agressif. La vidéo de "Mosaïque FM" a déjà fait le tour du Facebook tunisien. Plusieurs pages "Boillon, dégage !" ont été créées. Patrick Cohen : Les révolutions tunisienne et égyptienne vont-elles s'étendre à la Libye ? Guyonne de Montjou : Il semble bien que la révolution soit en marche là-bas aussi. Il faut dire que la situation géographique de la Libye est assez singulière. Entre l'Egypte et la Tunisie, elle vit depuis un mois, en stéréo, toutes ces révolutions. En dehors de la géographie, quels sont les paramètres d'une révolution ? Un tableau très bien fait du New-York Times nous apprend qu'en premier, c'est le prix de la nourriture et le taux de chômage qui font l'étincelle. C'est à lire dans le supplément du Figaro d’aujourd’hui : un tableau statistique qui montre que la Libye détient le cocktail explosif : 24 ans de moyenne d’âge, 30% de chômage, et surtout : plus bas niveau de démocratie de toute la région (comme l'Arabie Saoudite et l'Iran). Difficile d'évaluer le nombre de victimes des évènements des derniers jours. Le Journal libyen Qurnya, proche du fils de Kadhafi, donne un décompte a minima : 9 morts, c'est déjà trop... selon les sources opposantes, on aurait déjà dépassé la vingtaine de morts, surtout à Benghazi, à l'est. C'est là que depuis 42 ans, l'opposition trépigne. Les grandes tribus libyennes vivent là, elles ont toujours contesté le pouvoir de Kadhafi qui lui, vient d'une toute petite tribu et a pris le pouvoir presque sur un malentendu. Bruno Duvic : Libye, mais aussi Bahreïn et le Yémen, "la révolution arabe gagne le Golfe", titre le Figaro... "Le royaume de Bahreïn réprime brutalement la fronde de l'opposition" écrit le journal. Instabilité au Moyen Orient... Dans ce contexte, l'armée américaine peut-elle complètement se retirer d'Irak à la fin de l'année comme c'est prévu ? C'est encore dans le Figaro... Le ministre de la Défense, Robert Gates, remet en cause ce retrait américain. Patrick Cohen : Autre grand sujet dans la presse : le retour de Dominique Strauss-Kahn en France, à l'occasion du G20 finances... Guyonne de Montjou : Pour le Herald Tribune, c'est « en attendant DSK »… Comme dans la pièce de Beckett, tout le monde semble attendre celui qui ne viendra peut-être jamais. On ne sait pas vraiment ce qu'il nous apportera, mais on remplit le vide en discutant, en se divertissant. Comme Godot, selon le Herald Tribune, DSK figure un espoir de changement. Mais Godot n'a pas bâti, comme le fait DSK aujourd'hui, un plan de Com de luxe. Des articles qui semblent bien préparés, à l’international et en France : il occupe une pleine page dans le Herald où l'on n’apprend pas grand-chose de nouveau. Bruno Duvic : C'est la Une de Libération... Au delà des sondages qui lui sont favorables, au-delà des arguments désormais connus : « il a réussi au FMI mais Washington c'est loin de Paris », Vincent Giret souligne un autre défi dans Libération : "A gauche, rien n'a vraiment bougé depuis la fin des années Jospin. L'ambiguïté doctrinale demeure la règle. Tout reste à inventer. DSK ne pourra pas faire l'économie d'une campagne longue ». Le Figaro détaille les attaques de la gauche du PS contre le « managing director » du FMI. Pour répondre ou pas à tout cela, à l'occasion de son passage à Paris, l'ancien ministre de l'Economie s'offre une campagne médiatique : le 20 heures de France 2 et entretien avec les lecteurs du Parisien. Message : ce qui est décidé à Washington concerne de près les Français. Voilà pour Monsieur DSK. La presse s'intéresse aussi à madame Strauss-Kahn, Guyonne... Guyonne de Montjou : Le Corriere della Serra a choisi de faire un beau portrait, que dis-je ? un panégyrique d'Anne Sinclair ! On sait que Carla Bruni n'est pas très aimée des journaux italiens. Ils la soupçonnent toujours d’avoir intercédé pour Cesare Battisti, qui est toujours au Brésil. Du coup, le correspondant à Paris du Corriere della Serra, Stefano Montefiori, décrit Anne Sinclair comme la nouvelle Marianne. Entre Brigitte Bardot et Laetitia Casta, la femme de DSK est une icône française. Il évoque "7 sur 7", les plus beaux yeux de la télévision hexagonale. Tous les dimanches, à 19h, les rues de Paris étaient désertes pour admirer cette intervieweuse de choc qui avait cette façon si singulière de tourner son stylo quand elle passait ses invités sur le grill. Bref, à en croire la presse italienne, Anne Sinclair, c'est l'atout charme de DSK, sa meilleur carte. Il l'a compris puisqu'elle vient ce week-end avec lui, à Paris. Le Corriere conclut de façon assassine, avec un sondage que Bruno, vous aussi, vous avez trouvé dans le presse française. Bruno Duvic : A en croire Paris Match et IFOP, Anne Sinclair serait nettement plus populaire auprès des Français que Carla Bruni Sarkozy : 65% d'opinions favorables contre 31. Les autres titres de la presse : - Rigueur, Etat, l'Etat peut mieux faire. Une des Echos après le rapport de la Cour de Comptes... - "Agriculture, le nouvel eldorado des spéculateurs" : titre de l'Humanité avant l'ouverture du salon... - L'insolente santé des groupes du Cac40 en manchette de la Tribune... - L'hygiène dans la restauration rapide en ouverture du Parisien. Les analyses rassurent selon le journal. Enfin, dans la Provence, l'épilogue de cette histoire dont nous parlions lundi : le collégien accusé de trafic de sucettes dans la cour de récré. Il écope d'un blâme.

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