Dans la presse ce matin : l'heure où les lions vont boire

Campagne L'oréal
Campagne L'oréal © © Danny Chan/Demotix/Corbis

"Même en dormant, ne laissez pas voir un cheveu blanc. L'Oréal, teinture inoffensive pour cheveux, en vente dans toutes les bonnes maisons de coiffures et de parfumerie."

C'est une vieille publicité reproduite ce matin dans Les Echos . Elle illustre la chronique de Jean Marc Vittori, intitulé : « L'impossible fierté des entreprises françaises ».

« L'Oréal, écrit Vittori, l'entreprise recrute, investit, s'implante sur de nouveaux marchés. Elle incarne aux quatre coins du monde à la fois un savoir-faire, un savoir-vendre et une image prestigieuse de la France. Mais la France s'en moque. Quel contraste avec Peugeot autre entreprise centenaire. »

Peugeot populaire, connu, sous les feux de la rampe...

...mais Peugeot lion blessé, lion à trois pattes, ou à trois têtes désormais. L'Etat, la famille et le partenaire chinois à égalité dans le capital.

Il y a des dizaines d’histoires à raconter à travers cette affaire.

D'abord la difficulté de maintenir un empire familial dans la savane de la mondialisation. Car la famille Peugeot perd bel et bien la main aujourd'hui.

L'aventure de la dynastie, rappelle Philippe Escande dans Le Monde , remonte au XVIIIème siècle, dans la minoterie (la farine), puis le coton, l'acier et l'automobile.

Peugeot PSA
Peugeot PSA © MaxPPP/L'Alsace/Lionel Vadam

« Mais face aux grandes familles qui encombrent tant l'imaginaire des Français, trois défis se dressent. Ceux du temps, du monde et des hommes. »

  • Le temps use les meilleures intentions. Faut-il préserver le patrimoine, assurer son train de vie ou œuvrer à la prospérité de l'entreprise ? Entre tentation de l'aventure et statu quo, le ressort semble cassé chez les héritiers Peugeot.

  • Le défi du monde, c'est le changement d'échelle, qui nécessite aujourd'hui des moyens considérables, par exemple pour investir patiemment en Chine. A défaut, ce sont donc les Chinois qui s'invitent au capital du français.

  • le défi des hommes, c'est celui du leader. Il n'en existe pas à chaque génération.

Le capitalisme familial en question. Sur deux pages, Le Monde prolonge la réflexion

Le capitalisme en question dans le Monde
Le capitalisme en question dans le Monde © Radio France
Si certains des plus grands constructeurs mondiaux sont toujours contrôlés par des familles, Toyota, Honda, les Agnelli chez Fiat, les Quandt chez BMW, c'est parce qu'elles ont fait le choix de l'entreprise en réinvestissant l'essentiel des dividendes quand nécessaire. Avec le temps, cet arbitrage s'avère plus difficile. Comment tenir la barre au bout de la 3ème, 5ème, 7ème génération ? Les enfants, les petits-enfants, les arrière : 550 personnes dans l'association familiale des Mulliez qui possède Auchan ou Décathlon. 1050 actionnaires familiaux chez les Wendel ! Tant que les dividendes abondent, on peut sans souci allier le sang et le compte en banque, l'entreprise et la famille. Par temps d'orage, les masques tombent. Que faire ? Reprendre ses billes, au risque de priver ses enfants d’un avenir à la tête de l’entreprise ou de faire capoter une longue histoire familiale sous l'œil désapprobateur des cousins, oncles et tantes ? Il y en a qui le font, comme Michel Lacoste, qui a préféré profiter de la vie avec sa 3ème femme. Tant pis pour sa fille. Le fils ou la fille, justement, l'héritier. Des entreprises vacillent parce que le patriarche refuse de passer la main. _Le Monde_ cite le volailler Doux ou les charriots Caddie. Et il y a des clans où les enfants, plus ou moins doués, se déchirent pour le pouvoir. Parade : identifier très tôt, celui ou celle qui pourra commander à la fois la tribu et la boite. On les forme très jeunes, comme des petits rois : François-Henri Pinault, Alexandre Ricard, Cyrille Bolloré. Chez les Peugeot, conclut le journal, on cherche encore. **Chez Peugeot, fin de l'histoire et entrée de la Chine dans le capital** Le constructeur public Dongfeng. C'est le mariage de deux vieux alliés, raconte _Libération_ . Les fiançailles remontent à 1992. Premier contrat franco-chinois entre Citroën à l'époque et Dongfeng à Wuhan. Début difficile, méfiance réciproque. Un cadre se souvient : PSA avait prévu deux unités de montage et de ferrage, pas de ligne d'emboutissage. Au retour des vacances de Noël, ils avaient commencé les travaux du bloc d'emboutissage, sans nous consulter. Ils voulaient récupérer nos savoir-faire. Un autre matin, tous les relais de la ligne de peinture avaient été volés. Les Chinois les avaient pris pour les copier. Il se murmurait alors que les Chinois mettaient les réunions sur écoute. Aujourd'hui, réflexion d'une ancien cadre sup de PSA : "On était les patrons, on a appris le métier à Dongfeng. Des années après, voir qu'ils récupèrent les clés, ça apprend l'humilité" Version du porte parole : « il ne faut pas avoir peur de partager les technologies. Ce qui est important, c'est de récupérer les parts de marché. » Parc automobile chinois à horizon 5 ans, selon les estimations : 28 millions de véhicules. Voici donc « PSA en conduite accompagnée », comme le titre Libé. Le groupe chinois mais aussi l'Etat français au capital. Réflexion d'Alexandra Swartzbord dans l’éditorial : « Il est loin le temps où la simple évocation par Arnaud Montebourg d'une prise de participation dans le site de Florange suscitait des hauts cris (...) Mais difficile pour Hollande de vanter aux investisseurs étrangers une France ouverte au monde quand dans le même temps, il prend le soin de contrebalancer l'entrée des Chinois dans une des entreprises phares de l'hexagone. » Car le conseil de surveillance de Peugeot intervient au lendemain de ce que le _New York Times_ , édition internationale appelle « une offensive de charme majeure de François Hollande pour convaincre le monde que la France est ouverte au business ». _New York Times_ assez dubitatif : « Après ces nouvelles promesses business friendly il lui reste une haie à franchir : traduire ce changement politique dans des textes malgré l'opposition de ses camarades socialistes et autres leaders de la gauche radicale » Car toutes ces histoires de capitalisme, de « chief executive officers » reçus en grande pompe à l'Elysée sentent mauvais pour _L'Humanité_ : « Par l'odeur des patrons alléché ». C'est la Une. Dans l’éditorial, Maurice Ullrich dénonce une soumission. « Une génuflexion de plus, internationale cette fois. Cette soumission, c'est tourner le dos à une vraie croissance, appuyée sur la formation, des services publics de qualité, une protection sociale de haut niveau, la recherche, l'éducation. C'est la porte ouverte à la volatilité des emplois, des capitaux et des sites. » Et de dénoncer encore ce diner de gala pour 34 dirigeants de groupes internationaux, « parce qu'ils le valent bien ». Allure à l'entreprise de teinture inoffensive pour cheveux. **Quoi d'autre dans la presse ?** Des laïcs appelés au sommet de l'Eglise. Dans _La Croix_ , l'un des cardinaux du G8 mis sur pied par le pape pour réformer la curie, plaide pour qu'un couple de laïcs prenne en main le conseil pontifical des familles. A cinq semaines des municipales, [avantage au Front national à Hénin Beaumont. Sondage Ifop pour _La Voix du nord_ .](http://www.lavoixdunord.fr/region/sondage-municipales-le-front-national-vainqueur-sur-le-ia34b54038n1927395) Intention de vote au 1er tour : 44% pour le FN, 35 pour le PS et les écologistes, 6% pour l'UMP. Second tour, on est dans la marge d'erreur. Intention de vote : 50.5% pour le FN. 49.5 pour la liste de gauche. « Centrafrique, les risques d'une intervention qui se prolonge ». C'est la manchette du _Figaro_ . « L'opération Sangaris est encore loin de son terme. »
jean-marc ayrault se montre imperturbable face aux rumeurs de remaniement
jean-marc ayrault se montre imperturbable face aux rumeurs de remaniement © reuters
Et puis l'hypothèse d'un remaniement qui prend corps chaque jour un peu plus dans la presse.[ Pour L’Opinion « Hollande a décidé de changer de Premier ministre – Jean-Marc Ayrault a été prévenu : il va devoir quitter Matignon. Peut-être dès le mois de mars. »](http://www.lopinion.fr/17-fevrier-2014/hollande-a-decide-changer-premier-ministre-9342) Le favori pour la succession : ni Manuel Valls, ni Michel Sapin, et certainement pas Martine Aubry, mais plutôt l’actuel président de l’Assemblée nationale, Claude Bartolone. Dans la majorité aussi, arrive l’heure où les lions vont boire… A demain !
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