C'est une inscription sur le mur d'une maison, pas loin de l'aéroport de Port-au-Prince : "Bienvenue à vous, soldats américains. Nous avons besoin de vous : il y a des cadavres à l'intérieur". Et une flèche indique où il faut chercher. Christophe Ayad, l'envoyé spécial de Libération, a relevé cette inscription. En ce moment, un gros-porteur estampillé "US Army" atterrit à Port-au-Prince toutes les dix minutes. "Haïti : l'Amérique impose son leadership"... Laure Mandeville, la correspondante du Figaro à Washington, raconte les réunions de crise qui se succèdent à la Maison Blanche. Toute la direction politique américaine est mobilisée sur le dossier haïtien : 100 millions de dollars, 10.000 GIs, Hillary Clinton sur le tarmac samedi. Les boys débarquent, et il y a, sinon une polémique, en tout cas une réticence. Laure Mandeville rappelle l'incident de ce week-end... Ce sont les Américains qui gèrent les atterrissages à l'aéroport. Et ce week-end, ils ont refoulé un avion d'aide français vers la République Dominicaine. Quelles sont les prérogatives des militaires venus du grand pays voisin ? C'est encore flou. Réticence et même plus que ça, dans l'édito de l'hebdomadaire Haïti Liberté, cité par CourrierInternational.com... "Nous ne voulons plus être un peuple-objet, écrit le journaliste Berthony Dupont. Le peuple haïtien doit prendre la reconstruction du pays en main. Les pays capitalistes, exploiteurs des richesses du sous-sol haïtien, vont venir hypocritement à notre secours. Non pas que nous rejetions d'un revers de la main leur aide, non. Mais nous la voulons désintéressée". "Que les gouvernements occidentaux se mobilisent pour soulager la détresse est une excellente chose", enchaîne Patrick Fluckiger dans L'Alsace. "Mais, de grâce, qu'ils ne cherchent pas à imposer leurs conceptions. C'est à l'ONU, et l'ONU seulement, de se substituer aux autorités d'Haïti". Début de polémique... "Mais quand la survie d'un peuple et d'un pays est en jeu, certains débats sont déplacés", écrit Yves Thréard dans Le Figaro. "On devrait se réjouir de la réaction américaine. Bien sûr, chaque engagement cache des intentions. Obama cherche à contenir une tentation migratoire des Haïtiens vers les Etats-Unis. Mais, si la réflexion s'impose, elle doit moins porter sur le passé que sur l'avenir : la refondation durable du pays. Alors les Etats les plus interventionnistes aujourd'hui devront tenir leurs engagements". Pour l'instant, même Cuba facilite le travail des boys. Castro a accepté d'ouvrir son espace aérien pour laisser passer les avions du Grand Satan, relève Courrier International. Cela permet de réduire les vols en direction de Miami de 90 minutes. (Nicolas Demorand : "De l'avion au train, des ratés pour le TGV")... Au-delà des fameux incidents de caténaires quand il fait froid, c'est bien la première fois que le programme vedette de la SNCF suscite des inquiétudes. C'est à la Une des Echos : "La SNCF est condamnée à couper dans son réseau TGV". C'est la fin de l'âge d'or. Dans le budget 2010 de la société, la branche "grandes lignes", jusqu'alors la vache à lait du groupe, voit sa rentabilité s'effondrer. Même le train le plus rapide du monde subit la crise : les passagers sont moins nombreux ou prennent des places au rabais, les droits de péage que la SNCF verse à l'Etat pour emprunter le réseau ferré sont de plus en plus chers. Alors il va falloir alléger, voire supprimer, certaines lignes. Selon Les Echos, celles qui relient les régions entre elles sont dans le viseur : Lille-Strasbourg, Bordeaux-Strasbourg, Nantes-Strasbourg ou encore Paris-Arras. Fait inimaginable il y a quelques années, la SNCF a trop de rames de TGV. Certaines de la ligne Sud-Est vont être mises sur une voie de garage en attendant des jours meilleurs. La crise est toujours là. Mais la spéculation a déjà repris. Dans Libération, interview du sociologue et économiste Paul Jorion... Pour lui, "la bombe à retardement, c'est maintenant l'immobilier commercial : les bureaux, les stations touristiques, les centres commerciaux. Aux Etats-Unis, ils se sont déjà dépréciés de 30%, et leur financement, du crédit-revolving, arrive à échéance l'an prochain et en 2012". Pour Paul Jorion, "plus d'un an après la crise, on n'a toujours pas pris conscience de la gravité du problème. C'est tout un système qui est à terre". Système à terre, mais qui continue à tourner... On trouve une illustration de cela dans Le Monde Diplomatique de ce mois-ci. Reportage assez fascinant à Detroit, LA ville du capitalisme industriel et automobile. Eh bien, cette ville, elle rétrécit. Le reportage commence dans les quartiers pauvres. Il y a une drôle d'odeur de brûlé et cinq tas de cendres le long d'une rue : cinq maisons, incendiées par leurs propriétaires. Un habitant explique : "Les gens font ça pour toucher la prime d'assurance avant de partir". "Dans le ghetto de Detroit, écrivent Allan Popelard et Paul Vannier, la ville se consume et disparaît peu à peu". Pas seulement dans le ghetto : 35% du territoire municipal est inhabité. La crise des subprimes a accéléré un mouvement historique. Le Monde Diplo décrit un centre-ville traversé dans une errance précipitée par des éclopés ou des sans-abri. 29% de chômage. Et quand on perd son job, aux Etats-Unis, on perd son assurance-santé. C'est là qu'on en vient à la deuxième partie de ce reportage. Malgré la catastrophe, on garde globalement confiance en Obama à Detroit. Aussi imparfaite soit sa réforme de la santé, c'est toujours mieux que rien. Et puis, on est en Amérique. Malgré le désastre, pas de grèves, pas de manifestations. Brisés par l'économie de la spéculation, l'économie de casino, les pauvres se pressent dans les salles de jeu. Le responsable d'une association donne la clé du paradoxe : "Le capitalisme, c'est l'Amérique. Il a construit notre ville : le label de musique Motown, les voitures que les gens conduisent. Le capitalisme, c'est tout : tout ce que tu as et aussi, d'une certaine façon, tout ce que tu n'as pas. Mais c'est comme l'air que tu respires : tu ne peux pas en changer". Detroit, écrit Le Monde Diplomatique, est façonnée par cet optimisme libéral qui, à chaque fois qu'il est mis à mal, trouve à se ressourcer dans la certitude que la croissance n'est jamais loin de la crise. "Detroit, conclut le responsable d'association, c'est Ground Zero... non pas Ground Zero qui surgirait en un instant de fulgurance, mais un Zero atteint patiemment. L'optimisme est notre seule solution". Et sur ce coup-là, Le Monde Diplo et le Figaro se donnent la main : sur lefigaro.fr, vous trouverez des photos extraites d'un livre sur les ruines de Detroit. (ND : "Quoi d'autre dans la presse, Bruno ?") Une voix qui compte à droite fait part de ses doutes sur la suppression du juge d'instruction : c'est Gérard Longuet. Propos du patron des sénateurs UMP, repris sur le Nouvelobs.com : "Je suis très préoccupé de l'égalité des droits en matière d'instruction. Le Parquet peut-il être objectif ? Je réponds 'non'". Depuis la mort de l'Abbé Pierre, les centres Emmaüs ne sont plus des sanctuaires... Il y a de plus en plus de sans-papiers. Emmaüs est l'une des dernières organisations à ne rien demander à quelqu'un quand il se présente à sa porte. Mais quand les compagnons s'éloignent du centre, ils risquent l'arrestation. Coup de gueule d'Emmaüs sur Rue89 : "Les expulsions se multiplient". Le site relève le silence, pour l'instant, de Martin Hirsch, ancien président d'Emmaüs France, aujourd'hui au gouvernement. Une pétition dans Libération... "Halte aux tracasseries administratives !"... C'est à propos d'un sujet que nous évoquions il y a une semaine ici même : les difficultés rencontrées par les Français nés à l'étranger ou de parents étrangers pour faire renouveler leurs papiers. Libé y consacrait un dossier lundi dernier. Depuis, beaucoup de nouveaux témoignages sont arrivés au journal. Pour ne pas grossir, mangez moins vite !... Une curiosité dans Le Figaro : la machine qui mesure la vitesse à laquelle vous engloutissez votre cheese-burger-frites-ketchup. C'est un petit appareil qu'on met sous l'assiette. Et le British Medical Journal, qui parle de cette trouvaille cette semaine, affirme que la machine, testée sur des adolescents, leur a permis de mieux contrôler leur alimentation. Allez... Quelques clichés et expressions toutes faites, pour terminer. Le Parisien-Aujourd'hui relève que, malgré les textos, Internet et toute la lyre, les livres sur la langue française se vendent très bien... Dernier exemple en date : "99 mots et expressions à foutre à la poubelle", de Jean-Loup Chiflet. Tous les tics de langage, anglicismes et pléonasmes y sont relevés. Cela va "d'au jour d'aujourd'hui" jusqu'à "moi personnellement", en passant par "signal fort", "ça me gave" ou encore le joli verbe "impacter"... Je vous en donne un bouquet pour vous dire au revoir : "Quelque part, c'est clair : moi je suis sur Paris. Alors on se revoit très vite. Bonne continuation"...

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