Patrick Cohen : A la Une ce matin : l'actualité au ventre... Bruno Duvic : Vladimir habite sur le chemin du littoral dans le 15ème arrondissement de Marseille. "C'est moi qui ait construit la première cabane, il y a trois mois. Puis, des membres de ma famille sont venus et ils ont construit à côté". C'est comme-ça qu'une enfilade de cabanes est apparue dans le quartier. Une enfilade de cabanes construites de bric et de broc, cela porte un nom : un bidonville. Squats et bidonvilles... il y a à Marseille, 100 lieux indignes. Le chiffre est à la Une de La Provence ce matin. Une centaine de taudis, de squats, dans des entrepôts désaffectés, des maisons de village, des villas cossues abandonnées en bord de mer ou des morceaux de bois. A une majorité écrasante, ces bidonvilles sont peuplés de Roms. Le coup de tabac de l'été dernier et les expulsions de Roms n'ont donc pas changé grand chose, à Marseille en tout cas... ni pour la situation des Roms, ni la tension que leur présence suscite dans le voisinage. Tous les soirs, dit la maire socialiste des 2ème et 3ème arrondissement de Marseille, il y a des situations qui dégénèrent. Dimanche soir, un commando d'une quinzaine de jeunes a investi le campement de la porte d'Aix. Ils ont frappé quatre ou cinq personnes, mis le feu à deux tentes, et crié : "On est des hooligans, on va vous voler !". Patrick Cohen : Ventres vides et scènes de violence... c'était déjà à la Une en 2008... Bruno Duvic : Les émeutes de la faim... Va-t-on assister à un nouvel accès de fièvre sur les marchés agricoles ? C'est déjà le cas et Libération y consacre deux pages. Blé, maïs, café, sucre, huile de palme... les prix flambent. Nous revoilà à la case départ, celle de 2008, dit le rapporteur de l'ONU sur ce sujet. Le blé a plus que doublé depuis la fin juin. Eléments d'explication : les incendies en Russie, la sécheresse en Argentine, les inondations en Australie, l'enrichissement de la Chine qui consomme plus de viande, et donc plus de céréales pour nourrir le bétail. Hausse du pétrole qui alourdit la facture du transport. Les biocarburants qui font que la demande de canne à sucre dont on se sert pour ces biocarburants, par exemple, augmente. Et puis, la spéculation. La France a promis de remettre de l'ordre sur le marché des matières premières lors de sa présidence du G20. On verra si cette feuille de route est suivie. Dans les colonnes de Libé, le directeur scientifique agriculture de l'INRA rappelle que les bonnes intentions de 2008 sont restées lettre morte. La hausse des prix a joué un rôle dans la révolution tunisienne. La presse y consacre encore beaucoup de place. Hier, la priorité, c'était de se remettre au travail. Sur ce thème, reportage de Jean-Denis Renard dans les colonnes de Sud-Ouest. Reprendre le travail, le mot d'ordre a essaimé dès dimanche soir sur Internet, les téléphones portables et à la télévision. Le succès de la révolution passe par là. Ce pays doit se remettre en marche, dit un avocat. Le maintenir à l'arrêt ferait le jeu des partisans de Ben Ali. Et c'est aussi une stratégie : quand la population circule et emplit les rues, les miliciens de Ben Ali ne peuvent rien faire. Alors que dans une ville où tout le monde se cloître, rien de plus facile que de choisir des cibles isolées. Alors, retour à la vie normale, ou presque... Hier, à Tunis, les terrasses des cafés faisaient le plein, les taxis chargeaient les clients, on cherchait de l'essence, du pain, de la semoule et du sucre. Retour à la normale, pas tout à fait... Jean-Denis Renard écrit : "Il y a quelque chose de fiévreux chez ces gens qui marchent sans se retourner. Comme un picotement qui leur traverse l'épine dorsale". Révolution de jasmin, suite... Dans Le Monde, elle est racontée par un ancien conseiller de Ben Ali. Il vit désormais terré dans une maison du quartier Bardo. Son récit recueilli dimanche par Isabelle Mandraud, est interrompu par le bruit des tirs qui le font violemment sursauter. Dans l'article, il est appelé Zyed... ce n'est pas son vrai nom. Il raconte que le climat de fin de règne était tombé sur le Palais de Carthage bien avant la révolution. Il y avait une atmosphère délétère. Le 17 décembre, quand Mohamed Bouazizi s'est immolé par le feu, Ben Ali était totalement indifférent raconte Zyed. Il a dit quelque chose comme "qu'il crève !". A ce moment-là, son conseiller politique et son porte-parole ont pris le pouvoir. Zyed décrit la fébrilité... comment les conseillers ont essayé de faire passer la révolution pour une action d'Al-Qaïda au Maghreb islamique. Il y a eu un air de fête, dit-îl, quand Michèle Alliot-Marie a proposé d'aider à former des policiers tunisiens. Et le député Eric Raoult appelait tout le temps pour dire qu'il ne fallait pas ouvrir la brèche aux islamistes. Il était surnommé "la passerelle". Raoult dément partiellement... Quand il a fallu s'enfuir, le chef de la garde présidentielle a eu ce mot : "Peut-être on partira, mais on brûlera Tunis. J'ai 800 bons hommes prêts à se sacrifier". Patrick Cohen : Les questions du jour à propos de cette révolution... Bruno Duvic : Est-ce que le nouveau gouvernement tient compte des demandes du peuple ? Il ne s'ouvre qu'à trois responsables de l'opposition. Nombre de ministres de la dictature ont été maintenus, écrit François Sergent dans l'édito de Libération. Libé qui parle de "transition à hauts risques". "Nous n'avons pas encore notre Lech Walesa ou notre Vaclav Havel" dit l'écrivain Abdelwahab Meddeb. Pour l'opposant Toufik Ben Brik, sur "slate.fr", la révolution est trahie. Mais L'Humanité l'assure : la détermination à se débarrasser du système est intact. Deuxième question : d'autres pays du monde arabe vont-ils être touchés ? Dans son édito de La République des Pyrénées, Jean-Marcel Bouguereau relève qu'en Libye, en Algérie, en Syrie et en Egypte, des mesures ont été prises pour faire baisser les prix ou ouvrir, un tant soit peu, le débat. Troisième question : quel sens donner à cette révolution de jasmin ? Réponse avec les titres de trois tribunes publiées dans Le Monde. La Tunisie, c'est le réveil du peuple arabe ni islamiste, ni soumis. Ce que veulent les révoltés, c'est la dignité et la liberté. Ce mouvement est la promesse des peuple et la terreur des dictatures. Une métamorphose de l'Histoire. Du Maroc à l'Iran, les autocraties sont déstabilisées. Tunisie, encore dans France-Soir qui relève cette conséquence des évènements en cours : les centres d'appel tournent au ralenti. Et puis, pour répondre aux questions simples des enfants sur cette révolution, sachez que Le Petit quotidien y est consacré aujourd'hui, sous ce titre : "Le peuple de la Tunisie révolté a fait fuir son chef". Patrick Cohen : Quoi d'autres dans la presse, Bruno ? Bruno Duvic : La chronique de la destruction de la culture et de la liberté d'esprit dans l'Italie de Berlusconi... toute petite brève dans Libération. Le grand réalisateur Marco Bellochio abandonne son projet de film qui était une satire sur le Cavaliere. Personne ne veut le financer. "C'est du jamais vu de toute ma carrière !" dit Bellochio. Militants pro-palestiniens contre défenseurs d'Israël... le débat s'envenime en France. C'est dans Libération, mais aussi L'Humanité et Mediapart. Une conférence de Stéphane Hessel autour du boycott des produits israéliens aujourd'hui à Paris a été annulée. Les militants pro-palestiniens dénoncent des pressions et intimidation du CRIFF, le Conseil Représentatif des Institutions Juives de France. Le Parisien consacre un article aux associations qui font pression pour que l'Etat hébreu soit boycotté. Vanessa Paradis, après d'autres, a renoncé à aller chanter en Israël. A la Une des Echos, les inquiétudes sur la santé du patron d'Apple, Steve Jobs en rémission d'un cancer, prend à nouveau du champ pour s'occuper de sa santé. A la Une du Figaro, la rencontre entre le Chinois Hu Jintao et Barack Obama à la Maison Blanche. Et puis, toujours à la Une, en bas de la page, l'histoire du jour, terminons par là... C'est un petit peu de l'air du temps emprunt d'écologie avec le développement de la voiture électrique... un nouveau métier voit le jour : celui de « designer sonore » pour les voitures. Car comme les tramways ou les vélos, les voitures électriques ne font pas de bruit et cela peut être dangereux. Il faut donc inventer un son pour ces automobiles de demain.

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