La Revue de Presse où l'on vérifie le vieil adage selon lequel "c'était mieux avant".

Yves Decaens :

Avant la mondialisation, avant le chômage, avant le téléphone mobile et l'Internet, avant les hypermarchés et le dopage sur le Tour de France, c'était mieux avant. On connait la chanson, cette sacralisation du passé dont Marianne croit remarquer qu'elle est aujourd'hui plus présente que jamais. Pour cause, explique Denis Jeambar : « le présent étant incertain et le futur anxiogène, vers quoi voulez-vous vous retourner ? Vers le passé. Prendre l'Histoire comme planche de salut, ce n'est pas nouveau mais ça marche toujours : c’était le bon vieux temps, c'était l'âge d'or, etc.". Ce qui ne veut pas dire qu'on tourne le dos au progrès, mais on est nostalgique d'une France idéalisée, où finalement on se contentait du présent quand aujourd'hui, je résume cette enquête de Marianne, on est dans la fuite en avant perpétuelle. Voyez, reprend Jeambar, « comment tout se périme à un rythme accéléré, comment la nouveauté est sans cesse dépassée ». Bref, c'est la technologie qui donne le tempo de la vie et c'est la raison pour laquelle, puisque tout se fait et se défait, on a besoin de s'appuyer sur le socle solide du passé. Et oui, au triomphe des réseaux sociaux, on a le droit de préférer la convivialité des bistrots, on a le droit de regretter le goût, la saveur, le parfum des fruits et légumes d'autrefois. Et que dire des joies de la baignade en rivière, y compris dans la Seine (même si là, cela commence à remonter loin), que dire aussi de l'heureuse époque de la distribution des Prix, dans la cour du collège, sur l'estrade. C'était la fête de l'instruction, de la laïcité, des valeurs républicaines, plus que jamais d'actualité conclut Marianne, mais qu'on a renoncé à célébrer.

On pourrait multiplier les exemples, en prenant soin de préciser, comme le fait aussi Anthony Rowley, que cette douceur du passé dont on se souvient avec nostalgie, c'est aussi le plus souvent un fantasme, et qu'un autre adage nous dit aussi qu'il faut vivre avec son temps.

Et au temps présent, c'est entre autre l'avenir de l'Europe qui se joue. L'Europe, ce n'était sûrement pas mieux avant, mais que sera-t-elle dans le futur ? Cette semaine se joue une part importante de son avenir. « La semaine de tous les dangers » titre LeParisien , en prévision du sommet des chefs d'Etat et de gouvernement, jeudi à Bruxelles. Le Figaro confirme : « C'est une semaine décisive pour l'euro ». Cela fait des mois que ça dure, remarque Jean-Jacques Mével, que les marchés financiers testent la force de caractère des dirigeants européens, lesquels ont à chaque sommet réussi leurs opérations de replâtrage, mais sans jamais prévenir le coup suivant. Car ce qui leur fait défaut aujourd'hui, c'est la volonté politique. On ne perçoit plus l'Europe comme un projet commun, regrette le correspondant du Figaro à Bruxelles, mais comme une variable de politique intérieure. Appelons un chat un chat. Pour Laurent Marchand dans Ouest-France , c'est la question taboue du fédéralisme est qui est posée. Et le pire, c'est que ce sont les économistes qui sont, pour l'instant, les seuls à la poser clairement. Preuve encore dans Libération avec Mathieu Pigasse, codirecteur de la banque Lazard et conseiller du gouvernement grec : « On est victime aujourd'hui, dit-il, de l'inachèvement de la construction européenne. Nous avons une monnaie unique mais pas de politique économique unique. Les gouvernements privilégient le repli sur soi, la défense égoïste des intérêts nationaux et ils ont démissionné face à la technique, face aux banques et aux agences de notation ».

Dans ce contexte, un mauvais point notamment pour Angela Merkel, dont le flou et l'attentisme sont de plus en plus critiqués, comme le souligne Karl de Meyer dans Les Echos . La chancelière joue sa place dans les livres d'Histoire où elle pourrait rester comme la « madame Non », celle qui a sabordé la tradition européenne de l'Allemagne. Et elle ferait bien de méditer cette phrase de Konrad Adenauer qui disait : « L'Histoire est aussi la somme de ce qu'on aurait pu éviter ».

Pierre Weil :

L’Europe et la dette publique qui s'invitent dans le débat des primaires socialistes.

Yves Decaens :

Et pour vous dire que l'Europe va mal, un dernier point. Cette Une de Sud-Ouest sur l'ANUGA, la grande foire agroalimentaire de Cologne en Allemagne, qui a décidé d'interdire le foie gras français. Bon, cela peut paraitre anecdotique, commente Yves Harté. Les organisateurs veulent seulement éviter les manifestations de groupuscules animalistes qui viendraient ternir l'image du plus grand rendez-vous de l'agroalimentaire au monde. Sauf qu'en conséquence, ce rendez-vous de Cologne se ferme à l'un des produits phares de la gastronomie française. « Ok, conclut l'éditorialiste de Sud-Ouest , les Européens du nord veulent rompre avec une civilisation qui a vu le jour il y a dix mille ans, soit, mais on doute qu'ils sachent vraiment ce qu'ils veulent construire ensuite ».

Les 6 candidats à la primaires socialiste
Les 6 candidats à la primaires socialiste © Radio France

Voilà, tant qu'on ne connait pas l'avenir, sachons au moins garder le passé au présent. Alors pour les primaires, il faut sauver la Grèce pour sauver l'Europe, un cri du coeur de Martine Aubry qui signe une tribune libre dans Libération . "L’Europe est assez adulte pour faire valoir ses décisions face aux marchés, écrit-elle, encore faut-il qu'elle en prenne une. Nous devons aux peuples européens une Europe plus solide, plus solide parce que plus solidaire ". Sur ce thème, les deux principaux candidats socialistes sont au diapason, comme ils le sont aussi sur la réduction des déficits. Petit point de désaccord sur le budget de la culture qui devrait être augmenté de 30 à 50% pour Martine Aubry. Attention à la surenchère répond François Hollande. Là, pour le coup, commente Paul-Henri du Limbert dans Le Figaro , la première secrétaire n'a pas oublié les vieilles ficelles de la gauche d'autrefois et du coup, François Hollande endosse les habits du Père Fouettard de la dépense publique. Or, conclut-il, on n'a jamais vu la gauche gagner une élection en promettant du sang, de la sueur et des larmes. En même temps, et là c'est Nicolas Demorand qui réplique dans Libération, on ne peut pas admettre que ce soient Moodys, Fitch et Standard qui fassent l'élection de 2012. Sinon, pourquoi aller voter si le scénario est écrit d'avance? Non, dit-il, les socialistes peuvent sortir de ce piège en jouant pleinement le jeu de la primaire et en déterminant les uns, les autres, leurs priorités : la campagne des primaires ne saurait se réduire à la définition d'une rigueur de gauche.

Pierre Weil :

Dans l'actualité de ce 18 juillet, on n'oublie pas le Tour de France.

Yves Decaens :

Au repos ce lundi, en attendant les Alpes, et Voekler toujours en jaune. C'est un évènement qu'il ait pu résister aux ténors du peloton dans les Pyrénées. Et aujourd'hui, comme dit L’Equipe en Une, on a envie de croire en lui. On se dit qu'il peut aller jusqu'au bout, même si lui-même et quelques grands anciens n'y croient pas vraiment. On se dit surtout que quelque chose a changé décidément dans le Tour de France. Le sportif de L’Humanité , Jean-Emmanuel Ducoin par exemple, s'interroge : « Ce tour serait-il plus humain et moins pharmacopée ? ». On a bien vu dans le plateau de Beille que les cadors étaient à la peine. Voekler en jaune, écrit aussi Jean-Louis Le Touzet dans Libération , c'est du pain bénit pour ceux qui veulent vendre un cyclisme lavé de ses éternels soupçons de dopage. Ce qui ne veut pas dire que ce soit tout à fait le cas. On n'est pas encore revenu au bon vieux tour des Copi, Bobet, Poulidor, mais là, pour le coup, on ferait bien un retour au passé.

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