Ce n’est pas grand-chose, une minute. Ce n’est pas grand-chose, un silence d’une minute. Mais c’est ce pas rien, tout quand c’est tout un pays qui est censé la respecter.

Une minute de silence… Ce n’est pas grand-chose, une minute. Ce n’est pas grand-chose, un silence d’une minute. Mais c’est ce pas rien, tout de même, quand c’est tout un pays qui est sensé la respecter. Une minute de silence, partout en France, à midi. « Un hommage en silence », titre PRESSE OCEAN. « Un silence en hommage », titre LE COURRIER DE L'OUEST.

Un « hommage aux victimes », précise LE PARISIEN, qui propose de nouveaux portraits de celles et ceux dont la vie a été fauchée par le poids-lourd lancé jeudi soir sur la foule par Mohamed Lahouaiej Bouhlel. Un homme qui, selon les mots de Jean-Marie Montali, s’est pris pour un « soldat », alors qu’il n’est qu’un « assassin ». « Comme tous les autres sbires de la secte Daech, il n’a rien compris », poursuit-il. « Rien compris à la religion, à la laïcité, à la République, à la vie. Et rien compris à la France, qui aujourd’hui s’incline avec une infinie tristesse devant ces centaines de familles qui souffrent pareillement face au vide et face à l’absence. »

Le vide et l’absence laissés, donc, par ceux qui sont morts… De nouveaux portraits dans le journal, disons-nous : des visages, des histoires, des prénoms… Marzena et Magdalena, deux sœurs polonaises, 20 et 21 ans, dont c’était les premières vacances sur la Côte d’Azur… Rachel, une Iséroise de 39 ans, qui laisse orphelins deux jeunes enfants… Gisèle et Germain, deux habitants de l’Aude, qui venaient de prendre leur retraite… Roman et Natalia, 56 ans, résidents belges… Silan, une Berlinoise de 19 ans, qui était venue à Nice pour fêter son Bac… Kayla, petite fille de 6 ans, de nationalité suisse… Ou bien encore Kylian, petit garçon de 4 ans, mort avec sa maman… Il y a aussi Medhi, 12 ans, Zahia, 70 ans, Timothée, 27 ans, Emmanuel, 48 ans, Laurence, 49 ans, « morte là où elle a connu l’amour », souligne le journal.

Employée de cuisine scolaire, elle avait connu son mari en 1987, alors qu’il travaillait dans un piano-bar de la promenade des Anglais. Elle s’appelait alors Laurence Tavet, avant de devenir madame Sahraoui, et d’accepter de se convertir à l’islam pour épouser Kamel, chauffeur dans un centre pour handicapés. Elle était venue assister au feu d’artifice avec ses deux petits-enfants, Yanis, 8 ans, et Léana, 2 ans et demi. Ils sont morts tous les trois. C’est pour elle, c’est pour eux, que la France s’arrêtera donc le temps d’une minute à midi tout à l’heure.

« Dans toutes les cultures, les hommes ont coutume d’accompagner leurs morts et de leur rendre hommage », explique Hélène Romano, médecin psycho-traumatologue. Des fleurs, des bougies, et donc une minute de silence. « Dans des contextes criminels, dit-elle, ou après des décès violents, ce type de manifestation permet de retrouver une forme de cohésion, une forme d’unité. »

Il est à craindre, cependant, que pour l’unité politique, malgré les fleurs et les bougies, malgré la minute de silence, ce soit désormais impossible. Plus que jamais, l’heure est en effet à la polémique, la droite accusant le pouvoir en place de manquer d’efficacité dans la lutte contre le terrorisme.

« Tout ce qui aurait dû être fait depuis 18 mois ne l’a pas été », a ainsi lancé hier soir Nicolas Sarkozy, affirmant que, bien sûr, le risque zéro n’existe pas, mais que l’Eta à une « obligation de moyens pour assurer la sécurité des Français ». « Terrorisme : le doute s'installe », commente ce matin L'OPINION, soulignant que même au sein de la majorité, certains déplorent « le ton fataliste de l'exécutif ».

Un député socialiste résume, sous couvert d’anonymat : « J’ai toujours pensé qu’au troisième attentat, ça pourrait vraiment turbuler. Et cette fois, on y est ! » Il poursuit en lâchant qu’à ses yeux, « François Hollande ne doit surtout pas donner le sentiment d’être – je cite – ‘une couille molle’. » Un autre baron du PS dit également s’inquiéter de l’impression d’impuissance donnée par ce nouvel attentat : « Le problème, c’est qu’après le Bataclan, quand le Président a déclaré devant le Congrès de Versailles qu’il allait faire la guerre, les Français l’ont cru. Or là, ils ont vu un homme seul, juste avec un camion, enfoncer toutes nos défenses un 14 juillet, rouler sur des enfants ! » Pour Nicolas Beytout, le patron du journal, « la cohésion ne doit pas étouffer le débat », et le chef de l’Etat, comme son gouvernement, doivent aujourd’hui « rendre des compte ».

Même esprit dans l’édito de l’autre quotidien de droite – j’ai nommé LE FIGARO, qui relève qu’aujourd’hui, les Français considèrent qu’Hollande et Valls ne sont pas les mieux placés pour répondre aux cruels défis du moment. « Les Français réclament plus de fermeté », titre en grand le quotidien qui, enquête IFOP à l'appui, détaille que les deux tiers des sondés ne font pas confiance à l'exécutif pour lutter contre le terrorisme. A leurs yeux, le pouvoir en place n’en fait pas assez s’agissant des peines prononcées contre les membres des réseaux terroristes, pas assez s’agissant des moyens juridiques accordés aux services de renseignement, et pas assez non plus en matière d’effectifs des forces de l’ordre…

Cela dit, nombre d’éditos fustigent de nouveau ce matin les outrances de certains responsables de droite. Sachant que dans le même temps, comme on peut le lire dans LES ECHOS, c’est le FN qui « tente de récolter la mise ». Au Front National, on note même un afflux d’adhérents suite à l’attentat. C’est le secrétaire national aux fédérations du parti qui le confiait hier dans les colonnes du PARISIEN. « Vu le contexte, disait-il, on ne va pas s’en réjouir, mais nous enregistrons un boom d’adhésions depuis deux jours. »

Et puis « après l’horreur, l'enquête progresse » : c’est le titre à la Une de PARIS NORMANDIE. L’enquête « s'accélère », estime même LE COURRIER PICARD – deux nouvelles interpellations, et un SMS, sur le téléphone du tueur, SMS évoquant des "armes". Un tueur qui était « préparé et déterminé », titre L'INDEPENDANT. « Il avait préparé son carnage et pourrait avoir bénéficié de complicités », précise LIBERATION CHAMPAGNE, tandis que NICE MATIN évoque son « effroyable plan ».

La photo grossie, grossie jusqu'à en être floue, de sa carte d'identité à la Une de LIBERATION. « Lahouaiej Bouhlel, 31 ans, 84 victimes, adoubé par l'Etat Islamique ». Et le journal décrit le parcours du tueur de la promenade des Anglais. Jeunesse instable en Tunisie, mariage violent à Nice : un homme insaisissable et éloigné de la religion. LIBE, qui s’interroge aussi sur les mesures prises pour protéger le feu d’artifice de Nice. « Les forces de l’ordre pouvaient-elles prévoir l’impensable ? » Or ce qui ressort de l’article, et de l’analyse de différents syndicalistes policiers, c’est que la réponse est non. Compte-tenu des dispositifs de sécurisation actuels, les forces de l’ordre ne pouvaient pas prévoir l’impensable.

Parmi les conséquences de l'attentat de jeudi dernier, un film déprogrammé dans les salles de cinéma : le thriller Bastille Day, sorti mercredi dernier. Un énième film d’action, comme il en sort des dizaines chaque été, mais là, fâcheux télescopage avec l’actualité. Bastille Day raconte en effet l’histoire d’une jeune Française qui prépare à attentat à Paris la veille du 14 juillet. A l’étranger, où le film est sorti en avril, l’affiche proclamait même bizarrement qu’il était « basé sur des faits réels ». « La fiction rattrapée par la réalité », commente le site du POINT, expliquant que c’est le distributeur qui a demandé aux exploitants de retirer Bastille Day des écrans. Un film programmé jusque-là dans près de 240 salles en France, dont plusieurs cinémas de Nice.

Autre conséquence du carnage de jeudi dernier : l’inquiétude des professionnels du tourisme dans la région. « Le pilier économique de la Cote d’Azur frappé de plein fouet », constate LES ECHOS. Le président du syndicat des hôteliers de Nice dément certaines déclarations faisant état d’annulations en masse, mais deux bateaux de croisière américains ont suspendu leur escale prévue dans la rade de Villefranche-sur-Mer. Du reste, vendredi, décision a été prise de ne pas facturer les clients qui annuleraient leurs réservations de chambres d’ici la fin du mois. Quant à la vente de l’aéroport de Nice a été reportée. La date limite des offres de rachat était fixée à ce lundi. Elle a finalement été décalée d’une semaine.

Et puis, de son côté, LA VOIX DU NORD relève les excuses présentées par le Grand hôtel de Saint-Jean-Cap-Ferrat. Des excuses présentées sur les réseaux sociaux, après avoir suscité une vague d’indignation sur Twitter, pour avoir tiré un feu d’artifice dans ses jardins au surlendemain de l’attentat. La fête dès samedi soir, à 10 kilomètres du drame. « Dans un contexte de deuil national, nous comprenons que cela ait pu heurter la sensibilité de certaines personnes, et nous le regrettons », ont fait savoir les responsables de l’établissement.

On l’aura compris, l’attentat de Nice fait toujours les gros titres des journaux. Mais on peut lire d’autres temps et d’autres chronos dans la presse ce matin.

6 heures : c’est le temps qu’aura duré la tentative de coup d’Etat militaire en Turquie, dans la nuit de vendredi à samedi. Une tentative sanglante, qui a fait près de 300 morts, et suite à laquelle Recep Tayyip Erdogan a lancé l’heure des « grandes purges », indique LE FIGARO. Des milliers d’arrestations dans les rangs de l’armée, près de 3.000 juges et procureurs démis de leur fonction, et Erdogan a évoqué le retour de la peine de mort dans le pays. Tous les observateurs craignent une répression plus sévère encore de toute forme d’opposition. Ce qui donne dans LE NEW YORK TIMES : « Le président turc réaffirme son pouvoir ». LE NEW YORK TIMES dont des journalistes sont allés rencontrer celui qu’Erdogan accuse d’avoir fomenté l’opération, à savoir le prédicateur Fethullah Gülen, exilé aux Etats-Unis, lequel Gülen a réfuté la moindre implication, en jugeant même « possible » qu’Erdogan ait lui-même orchestré le coup d’Etat.

78 ans : c’est l’âge qu’avait Alan Vega, le chanteur du mythique et inquiétant duo Suicide, qui est décédé hier. Une voix de crooner des profondeurs et une allure d’Elvis sans laque… Sa photo dans LIBERATION, de même que dans LE PARISIEN, qui évoque « la mort d’une icône du punk »

Enfin, 4 heures, 24 minutes et 49 secondes : c’est le temps qu’il a fallu au Colombien Jarlinson Pantano pour remporter hier la 15ème étape du Tour de France à Bourg-en-Bresse… Mais le maillot jaune est toujours sur les épaules de Christopher Froome – un coureur « sans rival », titre à sa Une L’EQUIPE, qui se demande si ses adversaires n’auraient pas déjà abdiqué. Au classement général, le Néerlandais Mollema ne pointe cependant qu’à 1 minute 47 – pas grand-chose mais c’est davantage que le silence qui sera respecté à midi…

Une minute de silence, partout dans le pays, en hommage aux victimes de la promenade des Anglais, transformé jeudi en enfer, juste en face de la Baie des Anges.

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