(Patrick Cohen) Dans la presse ce matin : les mauvais comptes

C'est un rapport d'activités annuel comme en publient régulièrement les grandes entreprises du Cac 40 du Dow Jones et les autres. On y trouve le détail chiffré des activités, les sources de financement, la stratégie à plus ou moins long terme. Mais il n'émane pas de Total, ou Coca Cola.

C'est le rapport d'activités de l'Etat islamique en Irak et au Levant. Il pourrait s'appeler Djihad incorporated business. D'ailleurs c'est à la Une du Financial Times qu'il est publié.

On apprend donc qu'en 2013, l'Etat islamique a conduit 10.000 opérations en Irak, 1.000 assassinats, qu'il a posé quelque 4.000 engins explosifs, libéré des centaines de prisonniers radicaux et converti des centaines d'autres individus.

Les chiffres doivent évidemment être pris avec précaution. Mais des chercheurs de l'Institut des études de guerre américain et des services secrets britanniques ont étudié le document et sont loin de le balayer d'un revers de main.

Objectif à long terme ? Bâtir une armée et un Etat. Zone d'activité principale : de l'Est de la Syrie au Nord de l'Irak. On comprend ainsi que la prise de Mossoul, province de Ninive, la semaine dernière en Irak, ne doit rien au hasard. 30% des attaques en 2012 et 2013 était concentrées dans cette province.

Comme tout rapport d'entreprise, celui-ci semble s'adresser à des financeurs potentiels.

L'Etat islamique en Irak et au levant reçoit des fonds de donateurs privés du golfe, mais il a aussi des sources de financement interne : la contrebande, le racket, les enlèvements. Il a fait main basse sur des champs d'hydrocarbures dans la province syrienne de Deir Ezzor. Et puis il faut des liquidités. Avec la prise de Mossoul, c'est un casse de banque à grande échelle qui a été réussi. Des centaines de millions de dollars ont été récupérés dans les établissements de la ville. Mais les djihadistes prélevaient déjà des taxes sur une série d'activités à Mossoul avant même de prendre la ville.

Djihad incorporated. Il y a même une stratégie de communication sur les réseaux sociaux, sans doute beaucoup plus sophistiquée que celle de beaucoup de compagnies américaines, reconnait un expert. C'est via les réseaux sociaux que l'Etat islamique en Irak et au levant est devenue particulièrement populaire auprès de combattants venus de loin. On estime le nombre de recrues européennes à 2.000.

Les mauvais comptes à la rubrique politique...

Ils émanent d'abord d'un tout petit objet : une clé USB récupérée par les enquêteurs de l'Office central de lutte contre la corruption. Ce sont les comptes de la filiale de Bygmalion qui organisait les meetings de Nicolas Sarkozy lors de la campagne présidentielle 2012. Deux documents : dans le premier, les factures officielles. Dans le second, la comptabilité secrète. Entre les deux, un écart de près de 17 millions d'Euros.

Mediapart s'est procuré les documents. S'ils s'avèrent exact, c'est bien de fraude "industrielle majeure" qu'il faudra parler, comme l'écrivent Fabrice Arfi et mathilde Matthieu. Des meetings aux tarifs souvent 3 ou 4 fois plus élevés que la facture officielle, jusqu'à quasiment 7 fois plus élevé pour cette réunion du 19 février à Marseille. Au meeting de la Concorde le 15 avril, officiellement Bygmalion n'était pas de la partie. En réalité, selon la clé USB, l'entreprise a touché près d'1,9 millions Euros.

Cela chiffrerait les dépenses de campagne du candidat Sarkozy à 39 millions, près du double de la somme maximale autorisée.

Double comptabilité avec la complicité de l'UMP, qui a pris en charge l'écart entre les frais affichés et les frais réels en organisant des conventions fictives.

Qui savait ? Le seul à assumer pour l'instant est Jérôme Lavrilleux. Mais il désigne aussi Guillaume Lambert, directeur de la campagne. Guillaume Lambert a devancé l'appel probable de la justice en écrivant au procureur général de Paris il y a quelques jours. Lettre dont Le Figaro a pris connaissance. "Je n'ai jamais été informé d'un système de factures complémentaires", écrit-il. Jamais informé « d'excès ou de dépassements extravagants ». Il évoque tout de même un SMS embarrassant pour Jean-François Copé et Nicolas Sarkozy. SMS qui lui a été envoyé par Jérôme Lavrilleux le 28 avril, entre les deux tours donc. "Nous n'avons plus d'argent. Jean-François Copé en a parlé au président de la République"

Des mauvais comptes aussi pour l'Etat

Enième rapport de la Cour des comptes pour dire que les finances dérapent, que l'objectif de déficit ne sera pas atteint et qu'il faut des réformes structurelles plus massives - temps de travail et effectif des fonctionnaires en particulier. Gros succès dans la presse. A droite en particulier, c'est la Une du Figaro , des Echos , de L'Opinion . Nicolas Beytout dans L'Opinion : « Mais qu'attendent-ils deux qui prétendent réformer pour admettre que les deux premières années de François Hollande ont planté de pays ? ». Jean Francis Pécresse dans Les Echos : « C'est ce qui reste de confiance dans l'éthique de la République qui se délite. »

Les rapports de la cour des comptes, faut-il en faire une bible ou des cocottes en papier ? Pléiade d'éditos sur le sujet. « La cour des comptes, écrit Philippe Waucampt dans Le Républicain Lorrain , c'est comme les rêves de Lady Macbeth qui viennent lui rappeler sans cesse tout le sang qu'elle a sur les mains. » Mais les remèdes de cheval de la cour comportent un gros risque politique pour l'exécutif. « Qui peut imaginer, se demande Dominique Garraud dans La Charente Libre François Holland et Manuel Valls engager un nouveau bras de fer avec les fonctionnaires en ce moment ? »

« Au nom d'intérêts catégoriels, de postures idéologiques ou de calculs politiciens, la France a choisi de vivre à crédit », constate Raymond Couraud dans L'Alsace . Cela ne peut plus durer. « François Hollande n'a pas d'autre choix que de se montrer ferme ».

Le climat économique et social, on le retrouve encore une fois à la Une de beaucoup de journaux ce matin. La grève SNCF dans la presse régionale, les intermittents à la Une de La Croix ("la crise de régime"), et de L'Humanité (« Valls manœuvre, les intermittents ne chôment pas »).

Les autres Unes de la presse nationale : Libération : La transition énergétique : changer d'ère". Le Parisien-Aujourd'hui en France : « On ne paiera bientôt plus chez le médecin », le projet de loi santé prévoir de généraliser le tiers-payant.

Et le football à la Une !

A la Une de la presse internationale... Inquiétude au Brésil après le 0/0 hier soir face au Mexique. « Le Brésil joue mal face à la défense mexicaine », titre la Folha de Sao Paulo sur son site Internet.

La frustration contenue dans la presse algérienne après la défaite 2/1 face à la Belgique. « Que de regrets ! » titre Liberté Algérie sur Internet. « Défaite honorable » pour Le Quotidien d'Oran .

Les Belges s'en sortent bien, ils ont longtemps été menés. « Il faut voir les choses en face, écrit Frédéric Larsimont dans Le Soir de Bruxelles, la Belgique n'est pas passée loin de se prendre les pieds dans le tapis. Et magistralement. Les Diables n'ont longtemps proposé qu'un ersatz de ce football chatoyant et conquérant qu'ils avaient pour habitude d'offrir à leur public. » Une personne grièvement blessée lors du match à Bruxelles signale La Libre Belgique . Un supporter qui avait grimpé sur une statue installées devant la bourse où il y avait un écran géant. Chute lourde.

En Espagne on prie saint Iniesta ce matin. Deuxième match pour les champions du monde en titre, battus 5/1 lors du premier face aux Pays-Bas. « L'Espagne joue sa vie et son modèle face au Chili » pour le quotidien sportif As . Un modèle fait de jeu rapide et de passes courtes que les Espagnols vieillissants ont de plus en plus de mal à tenir. D'ailleurs il y aura des changements dans l'équipe affirme El Mundo . L'Espagne change de style. Comme un symbole, en pleine coupe du monde, la presse espagnole annonce le transfert de la grande vedette de l'équipe, Xavi. Il ne jouerait plus à Barcelone la saison prochaine mais au Qatar. Ça sent la maison de retraite (de luxe !).

A demain !

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