(Patrick Cohen)

Dans la presse ce matin : peut-on revenir en arrière ?

(Bruno Duvic)

Il faut une révision du procès Kerviel. Jérôme Kerviel contre la société générale, le trader condamné en première instance puis en appel : trois ans de prison, près de cinq milliards d'euros de dommages et intérêts (montant en cours de révision), Martine Orange, pour Mediapart , enquête de longue date sur ce dossier.

Depuis ce week-end, le site met en ligne une pièce de taille. La déposition, dans le bureau du juge d'instruction Le Loire, de la commandante de police qui a mené l'enquête pour la brigade financière. On vous en a parlé dans les journaux de 7h et 8h. Après avoir été très dure contre le trader, cette commandante, Nathalie Le Roy, a désormais la certitude que la hiérarchie du trader ne pouvait ignorer les positions spéculatives prises par ce dernier, jusqu'à 50 milliards engagés sur les marchés financiers. Je vous renvoie à l'article de Martine Orange pour les détails.

La suite logique, c'est sous la plume d'Edwy Plenel ce matin, toujours sur Mediapart : pour la révision du procès Kerviel. « Un coupable manque à l'appel, écrit Plenel, la banque (…) Tout semble s'être passé comme si le sort d'un homme seul était quantité négligeable face à l'avenir d'une banque importante. Il y a là un ressort semblable à celui de la raison d'État. » Et dans une comparaison avec l'affaire Dreyfus, Edwy Plenel conclut : « C'est aussi notre liberté collective qui se joue face à un univers de puissance et d'arrogance dont nous savons tous combien il est responsable des désordres du monde actuel. Nous voulons croire que l'argent n'a pas définitivement détrôné l'homme et que la France n'est pas encore devenue une banque. »

Peut-on revenir sur la réforme du collège ?

Non, répond Manuel Valls ce matin, dans une tribune à Libération , cette réforme se fera car c'est une réforme pour l'égalité. Il dénonce la schizophrénie des opposants qui font le constat d'une école qui va de plus en plus mal mais se dressent contre les tentatives de la réformer. « Ils sont les promoteurs cyniques d'une excellence réservée. »

Oui mais, après une partie des intellectuels, la droite, le centre et une partie de la gauche, voilà que cette réforme, « Les profs s'en mêlent », titre Libération . Ils s'en mêlent des verbes ‘’mêler’’ et ‘’emmêler’’ car, à croire Libé , même si les syndicats qui appellent à manifester demain représentent 80% des enseignants du second degré, l'avis sur cette réforme en salle des profs est plus mitigée.

Parmi les opposants radicaux à cette réforme : les élus et patrons d'Alsace Lorraine. C’est à lire dans Les Echos . Dans l'Est, près de la frontière allemande, la disparition des classes bilingues ne passe pas du tout. En 6e, 64% des Alsaciens suivent un enseignement en allemand et en anglais. Il y a 590 entreprises allemandes en Alsace-Lorraine, près de 100.000 salariés. Des entreprises qui ont déjà du mal à recruter de bons germanistes.

Du côté des intellectuels, on a jusque-là essentiellement entendu les adversaires de la réforme. Sur la matinale, l'application du Monde pour les smartphones qui propose dès le matin des articles qu'on retrouve bien souvent l'après-midi dans le journal, une pléiade d'intellectuels, universitaires syndicalistes défend la réforme : l'historien Jean Baubérot, l'ancien n°1 de la CFDT François Chérèque, son successeur Laurent Berger, le psychiatre Boris Cyrulnik ou encore le pédagogue Philippe Mérieu.

A la Une de La Croix : la bénédiction des protestants

Les pasteurs qui le souhaitent pourront pratiquer une bénédiction liturgique pour les couples mariés de même sexe. Décision prise à la quasi-unanimité par l'église protestante unie de France, mais les débats, dixit La Croix ont été plus vifs que le vote ne le laisse paraître. Pour décrire les hésitations, les désaccords, les nuances, les différences avec l'église catholique, le pasteur Laurent Shlumberger a une formule digne de Jean-Pierre Raffarin : « Dieu écrit droit avec des lignes courbes, les lignes courbes, c'est nous. »

Qu'en pense La Croix de cette histoire ? Edito à la plume un peu courbe mais pas tant que cela finalement de Guillaume Goubert. « La décision des protestants ne peut laisser indifférents les catholiques de France. Bénir les unions homosexuelles, l'Eglise catholique devra-t-elle aussi le faire ? Forte pression en faveur d'un alignement (…) Cependant, si l'on est convaincu que telle ou telle évolution ne correspond pas à nos convictions, pourquoi devrions-nous l'adopter ? Pourquoi ne pas affirmer sereinement notre différence ? (…) Deux questions demeurent : celle de l'œcuménisme, le rapprochement entre les différentes églises chrétiennes et celle de l'accueil des personnes homosexuelles. »

Quoi d'autre dans la presse ?

Quand Amazon envoie une fausse déclaration à la Sécurité sociale. L'Humanité raconte l'histoire d'un salarié dont le médecin avait signé un arrêt de travail pour accident du travail. Le géant de l'Internet a envoyé à la sécu un tout autre document. Amazon, selon L'Huma , est coutumier des pressions sur les salariés pour limiter le nombre officiels d'accidents du travail.

Marre de la lenteur des prud'hommes, des avocats en droit social essaient de lancer aujourd'hui un centre d'arbitrage privé. Trois arbitres pour réduire les délais de traitement à quelques mois contre plus de deux ans aujourd'hui, en cas de contentieux entre salarié et employeur. La procédure serait homologuée par le tribunal de grande instance. Une justice privée, donc, et payante pour les salariés. C'est à lire dans Le Figaro .

Un grand nom du nautisme au bord du naufrage. Zodiac, en redressement judiciaire depuis début avril. Les repreneurs ont jusqu'à aujourd'hui pour se faire connaitre. Détails dans Le Parisien-Aujourd’hui en France .

Revenir en arrière, retrouver Cabu, Wolinski et tous les autres, c'est hélas impossible à Charlie Hebdo . Ce journal devenu symbole traverse une période de turbulence, évidemment incomparable avec ce qui s'est passé en janvier. Le directeur, Riss, s'en explique sur lemonde.fr .

La convocation de la journaliste Zineb El Rhazoui pour entretien préalable à licenciement. « Elle n'assure pas les obligations de son contrat de travail, présence aux conférences de rédaction, délai de remise des articles. Mais on n’a pas envie de virer des gens. » D'ailleurs la lettre est devenue un simple courrier de rappel de ses obligations.

Y-a-t-il une direction autiste face à une rédaction qui demanderait des prises de décision plus collectives ? "Il y a plus de confiance qu'on veut le dire, pas de divergence éditoriale, je ne vois pas ce que la direction a fait d'important depuis le 7 janvier sans l'avis des salariés. » Riss se dit prêt à une forme d'ouverture du capital et à un réinvestissement massif des résultats. 70% qui ne pourraient être redistribués aux actionnaires, et même 100% cette année.

Charlie , en très grande difficulté financière avant les attentats, c'est aujourd'hui, c'est 170.000 exemplaires vendus en kiosque et 270.000 abonnements.

Journal symbolique : Charb et Cabu font cette année leur entrée au Petit Robert des noms propres. Les nouvelles figures, les nouveaux mots des dictionnaires 2016, à chacun son exclusivité. Le Robert dans Le Parisien, leLarousse dans Le Figaro .

A la rubrique noms communs, les nouveaux mots disent toujours un petit quelque chose de l'époque. Cette année est faite de rébellion, d’écologie et de nouvelles technologies. Voici les zadistes, les climatosceptiques, les décroissants, le covoiturage, les mégadonnées et le cybercrime.

Dans le Larousse : mooc, clivant, zénifiant, glamouriser et community manager, durabilité et écopastoralisme. La définition québecoise de selfie, aussi : egoportrait.

Et, à l’image de ce qui se passe à la télévision, qu’est-ce qu’on bouffe dans les dictionnaires 2016 ! On y mange du yuzu, de la focaccia, on y croise des crudivores, des adeptes de la bistronomie, de l’entomophagie (manger des insectes). Et, dans les noms propres : les pâtissiers Pierre Hermé, Pierre Marcolini et le chef Alain Passard.

Autres nouveaux noms propres dans le Larousse, Bernard-Henri Lévy, Pierre Rabhi, la prix Nobel pakistanaise Malala, l’Iranienne Maryam Mirzakhani, Pixar (les dessins animés) et Rosetta (la sonde).

Peut-on revenir en arrière ? Le Larousse 2016 nous autorise à rétropédaler.

A demain !

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