(Nicolas Demorand : "On commence par une histoire déroutante")... Tellement qu'on se demande, en lisant Le Nouvel Observateur, si ce n'est pas une fiction inventée pour expliquer l'immigration et les banlieues aux enfants. D'ailleurs, l'article de Marion Kressmann est titré : "Le Petit Nicolas des quartiers". C'est l'histoire d'Anatole Poisson... Il a 11 ans et deux billes noisette... Anatole habite du côté de Marseille, à deux pas de la cité de la Castellane. Mais il n'a pas un brin d'accent : il est né à Paris. Il se fiche de Zidane : chez lui, on lit Télérama. Ce garçon, sac à dos de collégien et mèche d'enfant sage, est un très bon élève. Il a même sauté son CM1. Alors quand s'est posée la question de la sixième à l'école du quartier, tous les parents d'élèves ont passé le mot à sa maman : surtout, ne le mettez pas au collège Barnier : ça craint. C'est celui où va la racaille de Castellane. Mais la maman d'Anatole croit à la République et à la mixité sociale. Alors, vaille que vaille : elle a envoyé son fils à Barnier. Même le principal était embêté : "Je ne vous cache pas, Madame, que ce ne sera pas simple pour lui". Il a conseillé au fiston de prendre l'option bi-langue anglais-arabe. Et il a dit à sa mère qu'Anatole aurait droit à une vigilance particulière dans les couloirs et la cour. Les autres minots, d'origine comorienne, maghrébine, gitane ou tchétchène, lui ont vite trouvé un surnom : c'est le "payot", expression un peu méchante dans les cités de Marseille pour désigner un Blanc. "Payot", Anatole... Un peu fayot aussi : dans la classe, c'est le genre à lever toujours le doigt. Et à la récré, il file au centre de documentation. "Anatole, il est trop intelligent", dit de lui Karim, qui est dans la même classe. "Par exemple, il ne dit pas 'il gèle' mais 'il y a du givre'". Ainsi va la vie du Petit Nicolas du quartier. "La prochaine fois qu'ils m'appellent le 'payot', je les traiterai de 'racistes' : ça va leur faire bizarre". Quand un élève de cinquième a agressé sa prof de français à cause d'une punition, il n'a rien vu. Il ne voit pas non plus les talkie-walkie dont sont équipés tous les surveillants. Et quand Marion Kressmann lui demande s'il aimerait être ailleurs, il répond "non"... "parce que la vie des grands, elle est tout aussi féroce, non ?". (ND : "A la rubrique 'économie', le thème du pouvoir d'achat fait un retour en force")... L'Humanité fait sa Une sur "les salaires tués par les profits" dans les grandes entreprises du CAC40. La Croix relève que "l'inflation repart sérieusement à la hausse". Libération raconte comment Air France essaie de résister à la concurrence des compagnies low-cost. "La dictature des low-cost" : c'est la Une de Challenges cette semaine (les bonnes et les mauvaises affaires). Et puis Le Point enquête sur les grandes surfaces... Pouvoir d'achat... La crise a relancé la guerre des prix. Et les premières victimes, selon Le Point, ce sont les PME qui fournissent les hyper et les supermarchés. Quand on s'appelle Coca Cola, Nestlé ou Danone, on est en position de force pour négocier avec Leclerc, Auchan ou Carrefour. Quand on s'appelle Marc Dupré (patron d'une PME agroalimentaire), c'est une autre affaire... Ce petit patron (qui a demandé à ce que son nom soit changé : pas envie de se fâcher avec la grande distrib) raconte à quel point il doit régulièrement avaler son chapeau pour rester en rayon. "Les grandes surfaces ont sur moi un pouvoir de vie ou de mort". C'est un directeur de plateforme qui renvoie un camion parce que la pression des pneus n'est pas conforme aux règles de sécurité... un produit retiré temporairement des rayons sans explication... Dans Le Point, Marie-Sandrine Sgherri raconte toutes les manip de la grande distribution pour rogner sur les prix : les 50 centimes de remise immédiate à la caisse : le client est content, mais c'est le fournisseur qui paie ; et quand le client oublie de les réclamer, le fournisseur n'est pas remboursé ; les pénalités imposées à tort et à travers ; un quart d'heure de retard dans la livraison : pénalité ; un chargement où manque un colis : demi-tour au rabais. Le président de la Fédération des Charcutiers accuse : il y a 25 ans, cette branche de l'agroalimentaire comptait 500 entreprises. Entre un quart et un tiers ont disparu. "Aujourd'hui, dit-il, je vois de la charcuterie polonaise dans les rayons". Alors dans Le Point, un patron de supermarché se défend : Bertrand Decré, qui possède un Super U dans les Yvelines... "Arrêtez de dire qu'on tue le petit commerce ! On ne tient pas à avoir en face de nous que des grands groupes. Si je veux marquer ma différence, ce n'est pas sur un barril d'Ariel ou un pot de Nutella, mais en choisissant d'excellents fournisseurs pour mes poissons ou ma viande. Qui étaient les patrons des premiers supermarchés ? C'étaient des bouchers ou des charcutiers plus malins que les autres". (ND : "Concurrence dans la distribution, mais aussi entre pays")... Et même entre voisins européens. La crise de la dette en Grèce laisse des traces au sein de l'Union. La Grèce se débat dans les déficits. Pendant ce temps, l'Allemagne s'en sort plutôt bien. Son modèle repose sur une gestion rigoureuse, les exportations et des salaires plutôt comprimés. Alors la France, notamment, accuse l'Allemagne de la jouer perso (on en parlait avant-hier). Quand on cherche Angela Merkel, on la trouve. La réponse officielle, qui est arrivée hier devant les députés à Berlin, est à la Une des Echos, de La Tribune et du Figaro : "Un gouvernement économique européen, dit-elle, doit s'aligner sur les Etats les plus rapides et les meilleurs, pas sur les plus faibles". Et elle va plus loin : elle plaide pour l'exclusion des Etats laxistes de la zone euro s'ils ne respectent pas de façon durable les conditions fixées par les traités. L'Allemagne est accusée de la jouer perso. Mais le pays le plus mal vu, en ce moment, c'est la Chine. Monnaie sous-évaluée, protectionnisme : le "China bashing" (taper sur la Chine) est très en vogue en ce moment. Il est aussi à la Une de Libération... Pour protester contre la censure, Google est prêt à mettre ses menaces à exécution : la fermeture de son site chinois paraît imminente, selon le quotidien. D'où ce titre : "Google contre la Chine : c'est la guerre des PC". (ND : "J-3 avant le second tour des Régionales... Zoom sur une région-clé")... C'est la dernière en métropole encore à droite, avec la Corse : l'Alsace. Le climat devrait être bouillant. Il est au contraire très pacifié. Face à face, deux hommes très loin d'un profil à la Georges Frêche. Claude Weill les décrit dans Le Nouvel Observateur... Costume gris, les yeux bleus. L'un est luthérien, l'autre catholique. L'un est passionné de coléoptères, l'autre de chanson française. L'un a 56 ans, l'autre 57. Verbe feutré, distance avec les étiquettes partisanes : l'Alsace n'aime pas les grandes gueules. Ah si, quand même, une différence : l'un est de droite (Philippe Richert), l'autre est de gauche (Jacques Bigot). Suspense total. Et dimanche, tout le monde aura les yeux rivés sur ces deux notables courtois : le grand chelem de Martine Aubry passe notamment par l'Alsace. Et c'est une terre de mission pour la gauche, rappelle Claude Weill. Historiquement, l'Alsace rurale, où l'Eglise et l'Etat ne sont toujours pas séparés, a divorcé de la gauche laïque. La clé pour le PS dimanche, ce seront les villes et l'électorat centriste. (ND : "Et pour finir, un décalage entre la presse régionale et la presse nationale")... Beaucoup de Unes, en région, consacrées à Simone Veil. Elle entre aujourd'hui à l'Académie. Sixième femme sous la Coupole. L'Est Républicain, Nice-Matin et Ouest-France, entre autres, lui rendent hommage. Mais pas de photo à la Une des journaux nationaux. Sans doute attendent-ils demain pour reproduire son discours et celui de Jean d'Ormesson, qui l'accueillera. Dans Paris-Match, photo de l'épée d'académicienne de Simone Veil... Sur la garde est gravé le numéro qui lui fut tatoué sur le bras à Birkenau. Sur la lame, deux devises : "Liberté, Egalité, Fraternité" et la devise de l'Europe : "Unie dans la diversité". La poignée est en argent massif. Sur le pommeau : une carapace de tortue, symbole de longévité. Puis un peu plus haut : deux mains enlacées, pour dire la réconciliation entre les peuples. Est-ce un clin d'oeil taquin ?... Le chroniqueur littéraire du Figaro, Claude Duneton, choisit le jour où Mme Veil entre à l'Académie pour s'intéresser à une expression populaire : "En voiture Simone". Avec l'aide d'un lecteur, il a enquêté sur son origine, et il a trouvé une Simone au nom interminable : Simone Louise de Pinet de Borde des Forest. Cette dame était championne de courses automobiles entre les deux guerres. Sa réputation pourrait être à l'origine de l'expression. Quelques esprits machistes auraient ensuite ajouté le complément : "En voiture Simone, c'est moi qui conduis, c'est toi qui klaxonnes". On écoutera bien le discours de réception de Jean d'Ormesson tout à l'heure. Il y a assez peu de chance qu'il se laisse aller à de telles familiarités... Bonne journée...

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