(Patrick Cohen) : Dans la presse ce matin : des murs qui tombent

(Bruno Duvic) C'est une pierre de plus qui s'effrite. Le manque de logements d'urgence ne touche plus seulement les grandes villes, il frappe désormais de plein fouet les campagnes.

"Dans les zones rurales, le 115 ne parvient plus à répondre à la demande". Le titre est dans La Croix , qui publie le baromètre de la Fnars, la Fédération des association d'accueil.

Demande d'hébergement d’urgence en augmentation de 28% cet hiver. Une personne sur deux reçoit une réponse négative. Et puisqu'on manque de place en Ile-de-France et dans les grandes métropoles, les zones rurales sont assaillies de demandes.

Dans la Sarthe, la Mayenne, la Marne, l'Hérault les hausses vont de 30 à 70%. L'article de Leslie Bourrelier évoque un triplement des appels dans certains départements. Des appels pour des séjours de plus en plus long et de plus en plus pour des familles. La fin de la trêve hivernale, reportée de deux semaines cette année, est programmée à la fin du mois.

Voilà un signe de plus de la crise. Autre image à Chypre

Quand on voit des files d'attente devant des distributeurs automatiques de banque, c'est généralement mauvais signe. On pouvait en voir ce week-end à Chypre, qui va connaitre une expérience sans précédent cette semaine.

Même Les Echos ont l'air d'encaisser le choc difficilement. Titre de Une : "Stupeur à Chypre, l'Europe veut taxer les dépôts bancaires." "Les ministres des Finances de la zone Euro n'étaient jamais allés aussi loin", ajoute le quotidien économique.

Le mécanisme, on vous l'explique ce matin dans les journaux de France Inter. Dans Libération , Nathalie Dubois et Jean Quatremer le rappellent. Cet impôt exceptionnel vient en contrepartie d'une aide européenne.

Chypre avait besoin de 17 milliards d'Euros dont 10 milliards pour sauver son secteur bancaire, qui a pris de plein fouet la crise grecque - les comptes des banques chypriotes étaient pleins de dettes grecques envolées à jamais.

17 milliards. Jamais cette petite île de la taille de la Corrèze n'aurait pu rembourser une telle somme qui correspond au revenu annuel du pays.

Alors on lui prête un peu moins, 10 milliards et le reste ce sont les épargnants qui le fourniront. Tous les épargnants, les gros comme les petits, sauf si le parlement chypriote qui se prononce aujourd'hui parvient à modifier la donne.

Près de 7% de taxe sur les dépôts bancaires en dessous de 100.000 Euros, près de 10% au delà. Cela représente, résume Libé , une année ou deux d'intérêts bancaires à Chypre.

"A Chypre, l'épargne boit la taxe", titre le journal.Plus offensif, le titre de L'Humanité : "La droite rackette le peuple".

Les Echos le soulignent, si Chypre paye si cher, c'est aussi une sanction de l'opacité de son système bancaire et notamment de ses liens avec la Russie et son argent plus ou moins odorant. D'ailleurs ce matin, le journal Greek Reporter reprend une information de la télévision de Chypre Sigma TV. La compagnie Gazprom aurait proposé hier soir au président chypriote de payer elle-même la dette des banques, ou au moins une partie, en échange d'un contrôle des ressources de gaz du pays. Proposition rejetée.

Opacité du système bancaire sanctionnée, mais à quel prix ? Les Echos redoutent une onde de choc européenne : l'effacement d'une partie de la dette grecque avait provoqué un doute sur les dettes d'Etat, l'Europe s'attaque à présent aux dépôts bancaires.

C'est vrai, l'Europe verse tout de même 10 milliards d'Euros d'aide au pays sans lesquels on courait à la catastrophe : retraites et salaires sacrifiés, entre autres perspectives... Mais cette ponction bien plus que symbolique sur les dépôts des épargnants marque une nouvelle étape dans la longue crise européenne. Comme l'écrit le bloggeur Didier Pobel, "Nous qui ne pouvions qu'à peine situer ce bout de terre pas plus grand qu'une coupure bancaire dévaluée sur la carte, nous voilà tous à notre manière, des chypriotes abasourdis."

Dans la presse ce matin encore : les failles d'un grand avocat, Olivier Metzner

Dans un article de 2010 remis à jour sur le site du Monde , Pascale Robert Diard le décrivait comme un avocat « qui fut longtemps couleur grisaille ». Presque couleur muraille.

La muraille avait ses lézardes. Le corps d'Olivier Metzner a été retrouvé ce week-end sur une plage de son île privée de Boëdic, dans le golfe du Morbihan. Le suicide est ce matin la cause la plus probable, dans l'attente de l'autopsie.

C'est "la dernière énigme de Maître Oliver Metzner", titre du portrait signé Stéphane Durand-Souffland dans Le Figaro . Il a plaidé dans les affaires Elf, Bettencourt, Clearstream, Kerviel et tant d'autres. Il avait 63 ans, « il n'était pas le plus brillant de sa génération, mais le plus travailleur ». « Orateur limité mais dynamiteur de procédures ». « Intelligent, madré, efficace, manipulateur ». Voilà d'autres adjectifs que l'on trouve dans cet article. Et "solitaire" aussi. Durand-Souffland rappelle que dans cette jungle des grands avocats, maître Metzner avait le chic pour s'attirer des inimitiés.

Où était la faille ? Le Parisien reprend le témoignage du journaliste Denis Robert. Lors d'une interview il y a plus de 15 ans, maître Metzner s'était soudain effondré en larmes devant lui, expliquant qu'il avait raté sa vie. Son vrai bonheur aurait été d'être marin et de partir en mer. L'Ile de Boëdic qu'il avait acheté correspondait sans doute à ce vieux rêve de gosse. A Durand-Souffland du Figaro qui l'interrogeait en novembre dernier sur ses projets, il avait répondu ceci : "Je vais me retrouver encore plus dans la mer"

A l'automne dernier, il avait mis l'ile en vente. Ouest France la décrit : 7 hectares et demi, 4 bâtiments habitables. Une agence immobilière de Vannes la propose pour 10 millions d'Euros.

A la rubrique sportive : l'équipe de France de rugby doit repartir de zéro…

...ou presque. Elle termine donc dernière du tournoi des 6 nations qui s'est achevé ce week-end. Trois tournoi d'affilée dont les résultats sont médiocres. Ce mur là est bel et bien tombé.

Le coq aurait il perdu sa crête et son âme ? Dans le quotidien L'Equipe , sur une double page, l'un des grands noms du rugby français Pierre Villepreux livre son diagnostic.

Oui la France demeure dans le gotha du rugby mais elle ne joue plus assez. Le rugby est à l'image de la société : on essaie de tout lisser. Rugby pré-fabriqué. Le jeu de contre attaque, par exemple, a perdu de sa richesse. Or c'est l'essence du rugby français, qui fait tourner les Britanniques en bourrique.

Dans MidiOlympique , beaucoup plus que questions que de réponses ce matin : « Comment sortir du brouillard ? », c’est le titre de Une. Dans l'un des nombreux articles consacrés au XV de France, le président de la fédération de rugby se rassure comme il peut : « La magie du Tournoi réside dans le fait que tout repart de zéro dès l'année suivante. Certains cardinaux participent au conclave sans pour autant décrocher le graal, ainsi va le sport. » L'avantage en rugby c'est que le conclave revient tous les ans.

A demain

L'équipe

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