(Patrick Cohen) Dans la presse ce matin : L'état des ascenseurs

(Bruno Duvic) Et d'abord cet état des lieux à l'université Paris 8 Saint-Denis.

Cette semaine la seule salle véritablement équipée en matériel semi-moderne (télévision, lecteur DVD, vidéo projecteur) a été vandalisée à Paris 8. C’est le dernier événement d'une longue liste. A l'automne, un vidéoprojecteur, pourtant installé dans une cage de métal, a été volé, puis un autre et encore un autre. Sur la main courante encore, un écran découpé au cutter, un autre entièrement tagué. Et on ne parle pas, dans les autres salles, des stores arrachés, de l'éclairage en berne, des prises électriques qui font la tronche, des ordinateurs volés à peine achetés et des salles saccagées. Pas de technicien pour faire fonctionner le matériel, pas de système de sécurité sérieux.

Ce sont cinq professeurs et maître de conférence à Paris 8 qui dressent cet état des lieux sur Rue89 . 2015, année du numérique à l'Université, leur dit-on. Mais récemment, un enseignant en fut réduit à scotcher des couvertures aux fenêtres et clouer un drap blanc au mur pour présenter à ses étudiants des documents sur vidéoprojecteur.

« Nous voulons nous aussi utiliser comme support de cours autre chose que des photocopies rationnées » disent les signataires de cette tribune.

La déréliction chronique renvoit l'image d'un échec programmé, d'une université voiture-balai de l'enseignement supérieur.

Comment prendre l'ascenseur social dans ces conditions ?

Un pas de côté avec la revue Sciences Humaines

Dans cette société française dont on dit que l'ascenseur social y est bloqué, quel est le point commun entre l'écrivain Annie Ernaux, le footballeur Franck Ribery et l'ex éditeur de bande dessinées reconverti dans le rugby Mourad Boudjelal ? Ce sont des ‘’transclasses’’, ils ont échappé à leur destin social écrit Sciences Humaines . Annie Ernaux par exemple, fille d'ouvriers devenue professeur agrégée. Qu'est ce qui permet de prendre l'ascenseur ? La revue limite essentiellement la réflexion à des facteurs individuels.

Le mimétisme. L'exemple d'un frère, d'un cousin, d'un copain. Plus important peut-être encore, exemple d'un prof. La figure d'un prof modèle d'excellence qui stimule et qui marque à vie. L'envie de quitter un milieu donné pour des raisons positives, envie d'ailleurs, on se projette dans un autre groupe, ou négatives : colère, humiliation, honte. Ce milieu que l'on quitte on peut y rester fidèle ou non. On peut avoir envie de le défendre à jamais : « j'écrirai pour venger ma race », est-il noté dans les cahiers de jeunesse d'Annie Ernaux.

Faut-il s’en remettre à des facteurs individuels ? La mobilité sociale résumée en deux chiffres dans Sciences humaines : 52% des fils de cadres sont cadres. 10% seulement des fils d'ouvriers.

Et pourtant, cette société change. Constat dans Les dossiers d'Alternatives économiques . Nouvelle parution, ce sera tous les trimestres, en plus du mensuel Alternatives économiques . Dans ce premier numéro, le directeur du centre d'observation de la société Louis Maurin relativise les pannes du modèle social en prenant un peu de recul historique. Depuis 40 ans, notre niveau de vie médian a doublé. Et ces avancées sont notamment liées au modèle social français qui redistribue les fruits de la croissance, amortit les difficultés, élève le niveau d'éducation et de soins.

Mais bémol : les niveaux de vie stagnent depuis sept ans. Les plus aisés continuent de s'enrichir mais les catégories populaires décrochent. La société est fragilisée par ses inégalités.

Les blocages français, affaire de regard aussi.

Dans Télérama , Benjamin Stora, qui dirige la cité de l'immigration, dénonce ce discours sur l'intégration à destination de français de deuxième, troisième, voire de quatrième génération. Témoignage du comédien Abel Jafri, que l'on a vu dans ‘’Timbuktu’’ et qui recevra bientôt la légion d'honneur. A la question lancinante : de quelle origine êtes-vous, il répond : bourguignonne. Papa algérien, maman italo-tunisienne, mais lui est né à Montchanin, en Saône et Loire.

Crispation française, on les voit à l'œuvre dans deux articles de L'Express cette semaine, en cette fin de campagne des départementales. Les progrès limités mais réels du Front national chez les profs totalement imperméables au discours du FN il y a quelques années encore. Et l'histoire de la mosquée de Tulle en Corrèze. Tulle, bastion républicain de gauche, ville chère à François Hollande. Mais ici non plus, la construction d'une nouvelle mosquée ne passe pas. Face à l'hostilité de la population, le maire de Tulle et proche du président Bernard Combes a trouvé si l'on en croit L'Express une excuse technique pour reporter l'autorisation du permis de construire. La question du financement des mosquées à la Une de Libération ce matin : c'est « Le denier occulte ».

Elections départementales sans doute marquées par une forte abstention. Quels en sont les ressorts ? Réponse de Jérôme Fourquet de l'institut de sondage Ifo sur le HuffingtonPost . Au-délà des éléments fréquemment évoqués par les personnes interrogées - ces élections ne changeront rien, envie de manifester leur colère en s'abstenant - il relève un facteur important : le manque d'information. Pas de connaissance des candidats ou des compétences des conseils départementaux.

L’Humanité détaille ce matin le rôle social des départements : protection de l'enfance, revenu de solidarité active, etc. « Départements si utiles et fragiles à la fois ». Mis en danger estime L'Huma par l'austérité.

Les départementales à la Une également du Figaro : « Sarkozy veut accélérer après les départementales ». Capitaliser sur un probable succès pour réformer l'UMP.

Quoi d'autre dans la presse ?

C'est mercredi, c'est Charlie et c'est Riss qui dessine la Une cette semaine. Manuel Valls et François Hollande en hélicoptère. Départementales, encore une télé réalité qui va finir dans le décor

Et la presse satirique s'intéresse à tout, y compris à notre président à Radio France.

Après le bureau de Thierry Lepaon, Le Canard enchainé se penche sur celui du PDG de Radio France, Mathieu Gallet. Bureau de belle facture, titre Le Canard . Travaux de rénovation. Coût prévu : 34.500 Euros, facture finale 100.000 Euros. Pourquoi ce dépassement ? Argument avancé par la direction de la maison : les travaux incluaient la restauration de boiseries précieuses jamais retouchées depuis les années 60, et qu'il fallait faire un jour ou l'autre.

Révélations qui tombent au moment où la maison ronde doit faire des économies. Budget 2015 en déficit sur fonds de baisse des dotations du gouvernement et d'interminables travaux. Et climat social tendu. Résumé sous le crayon de Pétillon dans Le Canard : le PDG de Radio France accueille une délégation dans son bureau tout neuf : « Rien n'est trop beau pour recevoir les syndicats », dit-il.

Des nouvelles de Jérôme Cahuzac. Pas trop inquiet pour son avenir, estime L'Obs , malgré la menace d'un procès pour blanchiment de fraude fiscale. Selon l'hebdomadaire il a été vu mi-février dans un palace de Dubaï discutant d'éventuels investissements immobiliers au Maroc.

Pour finir, là il faudra un ascenseur parfaitement efficace. Voici le projet de plus haut gratte-ciel d'Europe ? Pas à la défense, ni à la City de Londres mais au cœur des Alpes suisses. Dans la petite station de Vals, 1.000 habitants. Information du Daily Telegraph . 380 mètres de haut, un hôtel de luxe pour la clientèle du Moyen Orient et d'Asie. Construire un gratte-ciel dans les Alpes : ‘’absurde !’’, dit un prof d'architecture de Zurich. D'ailleurs ce n'est pas acquis. Comme pour presque tout en suisse, la population locale doit voter.

A demain !

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