« On a l'impression de revivre la canicule de l'été 2003 ! »

L'homme qui parle, c’est le responsable des urgences de Montauban, et la situation qu'il décrit est celle que connaissent, semble-t-il, la majorité de ses collègues : un afflux de patients ces dernières semaines, notamment des personnes âgées, entre 25 et 30 par jour... « Et ça craque de partout, l'hôpital est en train de s'écrouler », juge Christophe Prudhomme, porte-parole de l'association des médecins urgentistes de France. Situation « extrêmement critique » aux urgences de Strasbourg, où les syndicats ont d’ailleurs lancé un appel à la grève. Autre appel aux urgences de Bourges : on a demandé aux habitants de ne venir qu'en cas de « nécessité absolue ». Mais, dès lors, à quoi attribuer une telle augmentation de la fréquentation ? A la direction de l'AP-HP, on invoque l'épidémie de grippe saisonnière. Une hypothèse qui ne suffit pas urgentistes, car le pic de l'épidémie, c'était il y a deux mois. Pour ces médecins, un tel degré d'engorgement est plutôt la conséquence d'une série de dysfonctionnement : une population vieillissante, de moins en moins de médecins de ville et des hôpitaux qui manquent cruellement de personnel. 

Résultat, selon le comptage réalisé par le Samu-Urgences de France : entre le 10 janvier et le 9 mars, plus de 15.000 patients ont dû passer la nuit sur un brancard, faute de lits d'hospitalisation.

Les services des urgences sont donc au bord de l'explosion, et les hôpitaux parisiens sont à bout de souffle eux-aussi. Le personnel soignant, comme les chefs de service dénoncent un manque de moyens. Et Martin Hirsch, le directeur de l'Assistance publique-Hôpitaux de Paris reconnaît lui-même dans le journal « un sentiment de lassitude et de souffrance ». Il appelle à une transformation profonde de l'hôpital. Sachant qu'on est sans doute au-delà de la lassitude. Les témoignages recueillis par François Béguin montrent un réellement découragement, voire une totale de perte de sens. Agathe, 43 ans, dont 12 comme infirmière de bloc opératoire, a décidé de raccrocher la blouse à la fin du mois. Elle est triste, mais fatiguée de voir ce qu'est devenu son service d'obstétrique... « On nous presse, on nous stresse, on nous demande du rendement... Et la chef nous rappelle constamment que, si l'on ne fait tel chiffre d'activité, on réduira encore les postes. » Pascale, 35 ans, aide-soignante, songe elle aussi, par moments, à démissionner. Elle raconte un travail à la chaîne, comme lorsqu'elle bossait au McDo pour payer ses études. On n'a même plus le temps d'expliquer les soins aux patients, plus le temps de les rassurer, à peine celui de leur parler... Toujours plus de rapidité. Un aide-soignant raconte son service de gériatrie. « Deux heures pour faire manger dix patients, ce n'est pas possible... Et même pour les changer, on n'a pas le temps, on bâcle. »

Des restrictions sur tout : le personnel, les couvertures, les gants de toilette, le chauffage – dans un hôpital de Clichy, des chambres à 17 degrés pour des malades en fin de vie. Et l'on ne parle pas de l'état de certains bâtiments ; le lino qui se décolle, les peintures qui s'écaillent. C’est donc à lire dans LE MONDE : un portrait alarmant de nos hôpitaux et de ceux qui soignent et sauvent des vies.

La ministre de la Santé s'exprime d'ailleurs ce matin dans LE JOURNAL DU DIMANCHE. Oui, mais on ne la questionne pas sur les problèmes des hôpitaux. C'est une interview plus globale, sur toutes les réformes en cours et les mécontentements, nombreux, qui pourraient se coaguler : la colère des cheminots et celle des personnels des maisons de retraite médicalisées, la colère des fonctionnaires et celles des retraités touchés par la hausse de la CSG... Mais Agnès Buzyn ne croit pas au scénario d'une « convergence de luttes ». Elle évoque l'urgence de réformer le pays et défend le rythme des projets de loi du gouvernement. Pas moins de sept réformes majeures en deux mois : sur la SNCF, le logement, la justice, l'apprentissage, les institutions, la lutte contre la fraude et l'évasion fiscale, sans oublier le projet de loi contre les violences sexuelles et sexistes qui sera présenté mercredi... « Des réformes à un train d'enfer », commente le JDD, avec à sa Une le sourire du chef de l'Etat. Mais dans les ministères, ce serait la surchauffe... Confidence d'un témoin : « Les conseillers explosent, les administrations centrales bossent tous les weekends »... Et même les syndicats auraient du mal à suivre. C'est ce que nous raconte Emmanuelle Souffi. « Embarqués dans un tourbillon de négociations, les partenaires sociaux se disent 'essorés'... »

D'autres ras-le-bol ce matin dans la presse régionale.  

Le ras-le-bol des agriculteurs qui continuent de protester contre la redéfinition des zones agricoles défavorisées. Nouvelles manifestions hier. Du fumier devant les services départements... « Déversement de colère », titre LIBERATION CHAMPAGNE...

La colère des motards contre la réduction de la vitesse à 80 km/h sur les routes. C'est à lire dans LA VOIX DU NORD... 

La colère de ceux qui doivent subir les nuisances d'une Ligne à Grande Vitesse – c'est à lire dans LE MAINE LIBRE... 

Les remous d’un pays, et la tristesse d’une ville. MIDI LIBRE fait sa Une sur un triste anniversaire. Trois ans que le jeune Lucas a mystérieusement disparu à Bagnols-sur-Cèze. L'enquête et la mobilisation sont toujours actives... « Personne n'oublie Lucas », assure le quotidien qui, pour l'occasion, publie une série de photos joyeuses de l'adolescent.

De son côté, LE PARISIEN DIMANCHE annonce une interview exclusive. Celle du chanteur David Hallyday qui, pour la première fois, évoque publiquement la mémoire de Johnny, mort il y a trois mois... « Mon père me manque terriblement » : c'est la citation à la Une... Rien là de vraiment étonnant, et pas un mot de la polémique à propos de l'héritage. David Hallyday a prévenu qu'il ne voulait répondre à aucune question sur ce sujet-là. Il raconte, en revanche, le plaisir qu’il a eu à composer pour son père les musiques de son album « Sang pour sang », son plus gros succès commercial, plus de 2 millions de vente, et, parmi les chansons de l’album, il y avait « Quelques cris », sur un texte de Françoise Sagan… 

Dans LE JDD, c’est savoureux, Hervé Gattegno raconte l’histoire de cette chanson : la rencontre entre Hallyday et Sagan. Et la joie du premier lorsqu’il reçoit le texte de la romancière. « C’est Nathalie qui va être sur le cul ! » Nathalie, c’est Nathalie Baye. Même après leur rupture, nous dit-on, Johnny a toujours cherché à l’impressionner. Elle, si cultivée, qui fréquentait des intellos… Une chanson de Sagan, pour lui, le chanteur des motards, c’était un peu comme une revanche ! Il a proposé à Sagan d’acheter les droits du texte. Elle a demandé 50.000 francs, il lui en a donné 100.000 en cash, somme qu’elle a flambé le soir même au casino d’Enghien-les-Bains. 

Allez, rapidement, pour finir, un mot de l’interview que Bernard Pivot et sa fille Cécile ont donnée à L’EXPRESS… Ils viennent de publier un livre dans lequel ils racontent leur passion commune pour la lecture. Bernard Pivot confie qu’il ne boit jamais ni ne fume quand il lit. Pas de vin, pas de cigare… Il explique que c’est pour ne pas « indisposer les personnages ». C’est sans doute l’une des plus jolies phrases de la semaine.

L'équipe
Mots-clés :
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.