En Corse où Corse-Matin nous dit qu'on a sorti la Vierge noire de Calvi, l'AFP a rencontré Stéphane, greffé du foie, en attente d'une greffe de rein, frappé par le Covid-19, mais qui veut encore emmener sa fille chez les bufflons dans la montagne. Pour les septuagénares, le tri des malades a commencé dit le Parsien

On parle de malades ce matin…

Ou plutôt des malades du coronavirus nous parlent, et c'est une voix précieuse quand nous nous distrayons au bal des confinés, quand nous nous émouvons d’un homme qui hier a joué ce n’est qu’un au revoir à la cornemuse dans les rues de Chartres quand tout allait fermer, c’est dans  l’echo republican, et nous sourions de lire dans l’Equipe qu au japon le Sumo continue a huis clos….

Les malades connaissent la certitude de leur état et le doute pourtant. Sur le site du Monde Sandrine Hourez Schuletzki raconte son parcours. Elle fut l’une des premières françaises positives au coronavirus à  Crepy en Valois. Elle s’est sentie mal en revenant de vacances en février, on a cru à une grippe et puis non, le Covid 19, on l’a testée, plusieurs fois, elle a été hospitalisée puis renvoyée chez elle, elle a eu de la fièvre, des maux de têtes, des diarrhées,  et puis (elle ne s’en est pas rendue compte tout de suite) une perte de l’odorat, qui perdure, et elle ne sait pas si les odeurs lui reviendront, ni si elle est guérie.

Et sa voix fait écho à d’autres malades que le Monde a rassemblé, chaque histoire est unique d’une vie simple que le hasard transperce.

Voilà Antonin qui prof à Bordeaux devant qui un étudiant a toussé , il s’est senti ensuite comme pris dans une gueule de bois permanente, puis la petite toux, la gorge qui chatouille le poids dans la poitrine et maintenant quand il respire, il sent que cela passe moins bien, il dit, « ce n’est pas un virus dont tu connais l’issue ».

Voilà Didier agriculteur qui a eu mal partout, tête, ventre, courbatures, toux épaisse, coliques carabinées, nausées, fatigue, aucun appétit. A chaque aspiration profonde, il ressentait un blocage et puis 40 de fièvre, il a fini par sortir de l’hôpital dans une ambulance qu’on a désinfectée après lui il a demandé s’il pouvait rechuter un jour, on n’a pas su lui répondre.

L’un de ces malades dit ceci, « il y aura un avant et un après, si nous restons en vie ».  

En Corse, où me dit Corse martin on a sorti de la cathédrale Saint jean de Calvi le christ noir en bois d’ébène qu’on expose sur les remparts pour qu’ils chassent les catastrophes, en Corse donc un homme attend, à l’hopital de Bastia, les médecins jusqu’à dimanche n’étaient pas rassurés pour Stéphane, que l’agence france presse a rencontré souriant et que vous lisez dans Ouest France, et d’autres journaux… Il est atteint d’une maladie génétique, greffé du foie, en attente d’une greffe du rein, contaminé au coronavirus lors d’une visite de contrôle à Marseille, il pense à sa fille Eva elle aussi infectée mais ça va, qu’il emmènera prois revoir les mouflons a Asco dans la montagne, il la filmera encore donnant le biberon à un chevreau…

Et le Monde parle aussi d’un septuagénaire…

Qui s’appelait Bertrand et qui ne parle plus, ses filles parlent pour lui qui est mort épuisé au petit matin du 6 mars, le Samu n’avait pas voulu le prendre en dépit de ses 40 de fièvre, car il ne ressentait pas de gêne respiratoire mais la nuit il a toussé. On a testé son cadavre, il avait le virus, comme son épouse dont la quatorzaine s’est achevée juste à temps pour qu’elle puise lundi enterrer son mari… Bertrand, hier, aurait eu 71 ans…

Est-ce vieux  un septuagénaire? Le Parisien me raconte un homme de 70 ans atteint par le virus, mais qu’on n’a pas intubé dans l’hopital parisien où il fut conduit; oh! il avait des antécédents médicaux importants, « rien ne dit que des semaines en réanimation aurait suffi à le sauver. Il aurait occupé la place d'un plus jeune et en meilleure santé, aux chances de survie plus importantes. »

Le tri des malades, par force, a commencé. Nous risquons de faire de la médecine de catastrophe, deux malades pour un respirateur, ce sera a nous de choisir », dit dans le Figaro le président de la société de réanimation Eric Maury

Ce ne sont plus les malades qui parlent, on parle d’eux.  A Marseille, un médecin en parle avec espérance, le professeur Raoult, qui a pris le pari de suivre des médecins chinois, et après eux a testé sur 24 malades un médicament contre le paludisme, l’hydroxychloroquine, les 3/4 des malades ont vu le virus refluer en quelques  jours…

La méthode engendre le doute mais Raoult est porté par les Echos, et par la Provence: un professeur parisien de la Salpétrière, le professeur Bleibtreu, pour qui cette histoire d’ anti paludéen était du « bullshit », a changé d’avis et le teste a son tour. « Ca ne me dérange pas de passer pour un con si les malades vivent. C’est de l’expérimental compassionnel, Mais on n’a rien de mieux pour l’instant. »

Et le Un raconte aussi un malade stoïque…

Mais un malade de fiction, d’un poème arabe du Xe siècle  qu’y a t-il de changé? 

Peu me rendent visite et mon âme est défaite. Forcé de s’aliter, mon corps est mal en point, Ce corps soûlé de coups sans avoir bu de vin. 

Le Un est un hebdo positiviste et littéraire, il  nous explique ce virus qui change le monde, sans doute, mais il le fait lesté de littérature, elle nous permet une éternité, et je lis aussi dans le journal une nouvelle d'Edgar Poe, «Le masque de la Mort rouge », qui raconte comment le spectre de la maladie se joue du prince Prospero qui avec sa cour s'est confiné loin du monde, mais un jour le virus le rattrape… et le tue, lui et tous ses amis, en son bal masqué.

J’aurais du ne pas lire? Ou bien au contraire, là est le  salut.

Un homme est mort qui écrivait des livres et qui eut son moment de gloire sulfureuse. Il s’appelait Edouard Limonov, il avait été voyou chez lui à Kharkov en Ukraine, poète dissident à Moscou, clochard aux Etats-Unis, coqueluche d’un Paris branché dans les années 80; ses livres s’appelaient « Le petit salaud » , « Journal d’un raté », « Le poète russe préfère les grands nègres ». Il se fantasmait en nazi et était devenu de retour en Russie leader politique d’extrême droite. Tout ceci semble si loin et pourtant, quel beau portrait que celui de Libération… Sur le site de l’obs vous lirez les extraits du livre qu' Emmanuel Carrère lui consacra… Un homme tranquille fasciné par le sauvage. Que deviennent nos peurs, nos légendes, au temps du virus… 

A Peyrat-la-Nonière dans la creuse, je le lis dans Montagne,  on voit un bol gigantesque en granit. La légende locale dit qu’il aurait appartenu à Gargantua. Nous allons bien, nous nous souvenons, lisons.=

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