(Nicolas Demorand : "La presse est très riche, ce matin")... Oui. On y trouve les grosses actualités de la semaine : le foot, le Congrès des Maires de France, mais aussi une pléïade de reportages, analyses, interviews, plus inattendus... Alors, ce matin, éloge de la sérendipité... Pierre Haski en fait son mot de l'année sur le site Rue89 : sérendipité. Traduction littérale de l'anglais serendipity. C'est une découverte inattendue, trouver ce que l'on ne cherche pas. Et selon Haski, c'est l'un des plaisirs de la lecture de la presse et du surf sur Internet. Alors premier exemple : Le Figaro, en bas de la page 8... reportage de Georges Malbrunot dans la première université mixte de Djedda, pas très loin de la Mecque, en Arabie, qui défie les codes du wahhabisme. C'est un peu le pari du savoir contre le rigorisme. Dans cet établissement, les étudiantes ne sont pas obligées de porter le voile noir. 400 chercheurs du monde entier bénéficient de moyens qu'ils ne trouveraient qu'à Stanford ou Berkeley, aux Etats-Unis. Elle s'appelle la King Abdallah University. Et ce n'est pas un hasard, car c'est le Roi lui-même qui a mis un paquet de pétro-dollars pour qu'il y ait chez lui une université mondiale du savoir. L'objectif, c'est de préparer l'après-pétrole, de transformer la société saoudienne pour qu'elle sorte d'une économie 100% or noir et rejoigne celle de la connaissance. Révolution... Et la King Abdallah University n'est que la tête de pont d'un programme plus vaste du monarque. En 2005, il a créé les bourses Abdallah : 62000 Saoudiens ont pu étudier à l'étranger. Il a triplé le nombre d'universités. Il a même nommé une femme vice-ministre de l'Education. Mais évidemment, cette belle utopie ne va pas sans grains de sable au pays du désert. Le travail pour "saoudiser" les emplois est colossal. Et puis l'establishment religieux ultra-conservateur est évidemment réticent : il parle du "démon de la mixité" ; Al Qaïda, d'une "université qui viole la charia". C'était début novembre, et c'était la première fois que la mouvance terroriste s'en prenait au Roi. A 84 ans, le monarque sait qu'il n'est pas éternel. Pour éviter que son joyau ne soit démantelé par un successeur moins ouvert que lui, il a trouvé la parade : la King Abdallah University ne dépend pas du ministère de l'Enseignement supérieur, mais de la compagnie pétrolière Aramco. Au pays de l'or noir, c'est une garantie plus sûre. (ND : "Dans Le Monde, une information sur l'Iran passée relativement inaperçue")... Oui, car elle concerne l'un des pays au coeur de l'actualité mondiale. L'Agence internationale de l'Energie atomique vient de rendre son dernier rapport en date, et c'est le plus critique sur les activités nucléaires de l'Iran depuis sept ans. Le point de départ, c'est l'existence d'un site nucléaire qui s'appelle Fordo, et que l'Iran avait caché à l'Agence internationale. Fordo serait la partie émergée d'un réseau souterrain qui permettrait à l'Iran de continuer ses activités même si une frappe venait détruire certains sites. Il est trop grand pour n'être qu'un entrepôt, trop petit pour un usage pacifique. Les services de renseignement de plusieurs pays occidentaux sont convaincus qu'il était là pour faire du nucléaire militaire. Conclusion de l'AIEA, en termes diplomatiques : tout cela réduit le niveau de confiance que l'on peut avoir dans les déclarations iraniennes. En termes clairs : alerte rouge. Le Monde rappelle d'ailleurs que Barack Obama, qui avait tendu la main à l'Iran, prend acte de plus en plus de l'absence de geste iranien en contre-partie. (ND : "Encore un mot de l'actualité internationale : l'Europe")... "Une caricature de démocratie", tonne Daniel Cohn-Bendit à la Une de Libération... Il commente le mode de désignation du président du Conseil européen. Un nom doit sortir du chapeau jeudi, en principe. Et c'est la pagaille et l'opacité les plus complètes. Dans ce contexte, une voix dissonante : celle de la Lettone Vaira Vike-Freiberga... On va l'appeller VVF. Et de fait, cette dame a un côté "espèce à protéger". Elle est candidate à la présidence de l'Europe. Et à 72 ans, comme l'écrit Alain Duhamel dans Libération, "elle possède toutes les qualités du monde : brillante, courageuse, polyglotte, cultivée et efficace". On pourrait ajouter qu'elle n'a pas la langue de bois. D'abord, elle assume d'être candidate, ce qui, dans le monde feutré des institutions européennes, n'est pas si fréquent. Et elle est en campagne dans tous les journaux. Interview par exemple dans La Tribune, ce matin... Elle attaque sur l'angle de la parité. Et c'est vrai que les institutions européennes ne ressemblent pas franchement à des harems. Madame Freiberga le dit autrement : "Sur la parité, l'Europe, qui se présente volontiers comme exemplaire au point de vue démocratique, aura mauvaise grâce à afficher des proportions de femmes qui seraient pires que l'Ouganda. Cela nous mettrait en mauvaise posture quand nous prêchons la démocratie ailleurs". La Tribune lui pose la bonne question : "Si vous êtes présidente et que Barack Obama vous appelle pour vous consulter, que faites-vous ? Vous prenez position sur-le-champ ou vous lui demandez de patienter deux jours, le temps de consulter les 27 ?". Réponse de Madame VVF : "C'est tout le défi. Le président du Conseil devrait être capable à n'importe quel moment de donner une réponse forte et de dire 'Voici notre position'". On n'en est pas là. Dans son édito de Libération, Laurent Joffrin estime, pour le déplorer, que "l'esprit de clocher est en train de reprendre le dessus sur l'esprit européen". (ND : "Ce matin, dans la presse, encore un témoignage")... Il s'appelle "Antoine". C'est un prénom d'emprunt. Il a 47 ans. Et il est sous castration chimique. Il témoigne dans Le Monde... En mars 2007, Antoine a été libéré de prison, après deux ans ferme et trois ans de suivi socio-judiciaire, pour détournement de mineurs. C'est l'histoire d'un homme incapable de dominer les pulsions qui l'attirent vers de jeunes garçons. Même les séjours en prison, les passages chez le psy et la prise de conscience manifestement réelle ne suffisaient pas. Alors un jour, Antoine a choisi la castration chimique. C'était en décembre 2007. Et aujourd'hui, il parle d'un miracle. Au cours des deux premiers mois, ses besoins ont ralenti. Au bout de trois, il s'est senti un autre homme. "Je n'ai plus de besoins impérieux. Le désir n'est pas absent, mais le physique ne suit pas souvent. Je n'ai pas changé : j'ai simplement cessé d'être bouffé par mes pulsions". Sur accord de ses psys, il va essayer de se sevrer progressivement. L'obligation de suivi socio-judiciaire prend fin au printemps prochain. Il a toujours le numéro de son psychiatre en poche. Et si le sevrage est un échec, il vivra très bien avec le traitement. "Tout plutôt que mon existence d'avant". Avant ce témoignage, toujours dans Le Monde, les explications du chef du service de psychiatrie de l'Hôpital Foch de Suresnes... Ce terme de "soulagement" des patients sous castration chimique, il le reprend : "Le traitement, dit-il, doit être couplé avec une psychothérapie, pour que le patient admette le préjudice causé à ses victimes. Et le soin doit resté adapté à chaque individu. On ne peut pas le systématiser. Il existe aussi, dit le docteur, une minorité qui présente un tel déni de l'autre que nous ne pouvons proposer aucune solution pour prévenir leur récidive". Puisque nous sommes dans les hôpitaux, La Croix relate la très grande inquiétude des personnels de l'Assistance Publique des Hôpitaux de Paris. 1150 suppressions de postes sont envisagées pour l'an prochain. Et les mandarins sortent de leur bureau. Le chef de service de néphrologie pédiatrique de l'Hôpital Trousseau vient de démissionner de ses fonctions administratives pour protester : "Nous ne sommes pas opposés à un effort budgétaire, mais on nous impose des décisions incohérentes", dit le Professeur Bensman. "On est obligé de bricoler pour accueillir les malades. Régulièrement, je retrouve des infirmières en pleurs dans le service. A cause de la surcharge de travail, elles ont peur de faire des erreurs, et elles n'ont plus le temps d'écouter les patients et leur famille". Encore une image... A l'hôpital Albert-Chenevier de Créteil, le service de gériatrie est sens dessus dessous : faute de places et de moyens, des personnes âgées très dépendantes restent sur des brancards aux urgences pendant des heures. (ND : "Et pour finir, l'actualité politique")... Oui, mais sous la plume des dessinateurs de la presse satirique. Je vous avais dit qu'on prendrait des chemins de traverse aujourd'hui... Les initiatives de Ségolène Royal, dans Siné Hebdo... Sous le crayon de Faujour, un adolescent boutonneux s'approche d'une prostituée : "Est-ce que vous acceptez le chèque-contraception ?". Les différentes crises et polémiques à l'Elysée, vues par Luz dans Charlie Hebdo... Roselyne Bachelot menace d'une grosse seringue un Nicolas Sarkozy bon pour l'hôpital psychiatrique. Légende : "Le palmarès des hôpitaux : le pire, c'est l'Elysée". Et puis deux merveilles de Pétillon, dans Le Canard Enchaîné... A l'heure où l'ancien ministre de l'Intérieur menace de balancer tous ses secrets, dans une case simplement intitulée "Pasqua", on le voit caresser son chat sur son canapé, avec une tête de Pasqua : "Mon minet, j'en sais des choses sur toi". Et puis rien à voir avec la politique... Brève de comptoir. Deux Marseillais discutent au bistrot de la dernière nouvelle : "On a trouvé de l'eau sur la Lune". "A quand le pastis sur Mars ?". Bonne journée...

Mots-clés :
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.