Patrick Cohen : Alors, à la Une ce matin : les chrétiens d'Orient... Bruno Duvic : Un crucifix baigne dans le sang, un prêtre gît à terre dans son aube blanche, une porte est criblée d'impacts de balles, des vêtements et des effets personnels souillés sont éparpillés sur le sol. Elles sont d'une violence inouïe les photos publiées cette semaine dans Paris-Match. Photos de l'assaut contre la cathédrale de Bagdad le 31 octobre dernier, 46 chrétiens ont perdu la vie. Chrétiens d'Irak, chrétiens d'Orient. Dans Paris-Match, mais aussi La Vie, La Croix ou Le Point, la presse s'intéresse longuement à eux aujourd'hui. Ils représentent 10 millions de personnes entre le Nil et l'Euphrate. Partout, ils sont menacés par l'influence grandissante du fanatisme. Dans tous ces journaux, vous pourrez lire les témoignages d'hommes et femmes réfugiés en France ou restés sur place. Dans Le Point, cet homme jeté dans un coffre de voiture le jour où il a dit à son père qu'il s'était converti. La voiture l'a emmenée chez l'ayatollah Sadr, plus haute autorité chiite d'Irak. Sentence du religieux : "S'il se confirme qu'il est chrétien, alors, il faudra le tuer". La Vie publie cette semaine un appel en faveur des chrétiens d'Irak : "Monsieur le Président, nous vous demandons solennellement d'intervenir". « Oui, en accueillant des blessés et des réfugiés, la France a honoré sa tradition d'hospitalité, mais il faut aller plus loin et permettre aux chrétiens d'Irak de rester dans ce pays qui a toujours été le leur et d'y vivre en paix ». La Vie invite ses lecteurs à signer cet appel comme l'ont déjà fait une série de personnalités. "La bataille engagée n'oppose en aucune façon chrétiens et musulmans" écrit Jean-Pierre Denis dans l'édito de La Vie. "L'affrontement se situe entre les puissances de l'esprit et celles de la bestialité. Il nous concerne tous, il a valeur universelle". Décidément, beaucoup de choses se jouent entre le Nil et l'Euphrate, et même entre la Cisjordanie et Israël. C'est là que s'achève le reportage de Paris-Match consacré aux chrétiens d'Orient. La journaliste Karen Isère quitte Bethléem en voiture, direction Israël. Tout est dit en quelques lignes. "Nous repartons entre chien et loup, écrit-elle. La prière du muezzin retentit. Au même instant, s'allument les décorations de Noël suspendues aux réverbères : un sapin, des cloches et, juste avant le check point, sésame pour Israël, une étoile". Patrick Cohen : Dans la presse ce matin aussi : l'affaire de Karachi... Bruno Duvic : Onze salariés français de Construction Navale sont morts en 2002 au Pakistan. Pourquoi cet attentat ? Est-ce un acte de vengeance car des pots de vin n'étaient plus payés en marge d'un contrat d'armes ? Et ces commissions occultes ont-elles financé la campagne présidentielle d'Edouard Balladur ? L'audition explosive de Charles Millon... Mediapart en publie l'intégralité. L'ancien ministre de la Défense affirme devant le juge Van Ruymbeck, qu'il y a bien eu des rétrocommissions. Rappel pour mémoire : le trésorier de la campagne d'Edouard Balladur s'appelait Nicolas Sarkozy. Alors, audition explosive en effet, et largement commentée par les éditorialistes. "Les affaires reprennent" titre Bruno Dive dans Sud-Ouest. Et "Nicolas Sarkozy est au coeur des investigations" ajoute Jean-Marcel Bouguereau dans la République des Pyrénées. L'opposition appelle à lever le secret-défense. Jacques Guyon est d'accord dans La Charente-Libre : "Il faut crever l'abcès, c'est une exigence de morale politique et une question de salut public". Connaître la vérité, c'est la quête de Magalie Drouet et Sandrine Leclerc. Ces deux filles de victimes de l'attentat de Karachi viennent de publier un livre. Dans Libération, elles disent l'avoir écrit avec la rage de ces "petites choses tremblantes" qu'elles ont souvent eu l'impression d'être face aux institutions. Patrick Cohen : Les petits, mais aussi les moyens face aux institutions... Bruno Duvic : "Le grand malaise des classes moyennes" : dossier d'ouverture du Parisien qui s'intéresse donc ce matin à ces millions de personnes dont le revenu varie entre 2.300 et 5.300 euros par foyer. L'éventail est donc large, il n'y a pas une mais des classes moyennes. Mais tout de même des points communs selon le politique Dominique Reynié, interrogé dans Le Parisien. "Elles ont peur du déclassement social". On sent monter une opinion protestataire. Elles expriment des positions assez dures sur les abus dans l'indemnisation des chômeurs, la sécurité ou la montée de l'islam. La défiance est forte envers les institutions, il y a un risque de basculement des classes moyennes vers les extrêmes et donc, de déstabilisation de la société". "Malaise, défiance", ce sont peut-être les mots-clés pour qualifier l'opinion européenne, deux ans après la chute de Lehman Brothers. Dans un reportage plein de nuances, Les Echos examinent ce matin le désarroi des Irlandais. Globalement, contrairement à ce que laisse penser les débats en ce moment autour du pays, les Irlandais ne sont pas à la rue. Evidemment, la crise a fait de gros dégâts, les déficits sont là, mais les gens ont des économies et la vie reste plus confortable qu'il y a quelques années". Mais, pour que le pays reparte vraiment, il faudrait de la confiance, et c'est ce qui manque cruellement. Trouver le dosage entre gestion et relance de la confiance et du moral, c'est toute la question des politiques économiques en Europe... économique et fiscale. Dans Le Parisien, le politologue Dominique Reynié dit aussi que les classes moyennes sont très sensibles à la pression fiscale. La réforme fiscale, c'est comme sur France Inter, l'un des grands sujets dans la presse, notamment à la Une du Figaro et du Monde. Patrick Cohen : Le titre du jour à présent, Bruno... Bruno Duvic : C'est une trouvaille de Libération. à propos de Kate Middleton, la future épouse du Prince William... Libération traite cela comme un fait divers animalier : "Incroyable, cette femme va épouser un dauphin !". C'est si bon de se moquer des Anglais ! Si bon de les battre en football aussi ! C'est le titre de L'Equipe ce matin. Mais terminons avec un autre mot. Le Nouvel Observateur a demandé à plusieurs écrivains de choisir leur "mot" de l'année. Il y en a 14 et les lecteurs du Nouvel-Obs devront désigner le vainqueur... c'est un partenariat avec Inter... Le mot de l'année sera dévoilé dans le 7-9 du week-end au mois de décembre. Alors, parmi les 14, beaucoup se rapportent à la crise. Marie Nimier a choisi "fellation". Et son commentaire est une merveille d'humour et d'intelligence : "Fellation, ce serait plutôt un anti mot de l'année, avec son cortège de vulgarité et de misogynie depuis que la bouche de Rachida Dati l'a laissé échapper en parlant d'inflation. Mais il faut avouer que le lapsus est réjouissant et on se prend à rêver en ces jours d'automne, de langues qui fourchent au creux d'un lit bien chaud. A force de parler de rigueur, les mots se vengent ! C'est aussi un lapsus communicatus, une autre face du discours à mettre en parallèle avec le "casse-toi pauv'con" présidentiel, comme un mouchoir tombé par mégarde d'un pouvoir rompu aux manipulations par les mots. Marie Nimier dans Le Nouvel-Observateur sait parfaitement manier la langue !

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