Dans des mels à ses collègues, que révèle le Monde, Samuel Paty, juste avant d'être assassiné, disait ses doutes et sa lassitude. Le Un se demande comment nous échapperons à la folie. Défendant les restaurants, le Parisien publie un éditorial étrange au goût trumpien, qui fustige la nourriture chinoise à emporter...

On parle d'un professeur...

Dont le nom est devenu un symbole que la République chérit, mais qui était vivant un homme de scrupules et qui avant de mourir assassiné, avait été isolé et vaincu... Et vous ne resterez pas indemnes en lisant dans le Monde les courriers électroniques qu'échangeaient Samuel Paty et ses collègues du collège du Bois-d’Aulne de Conflans-Sainte-Honorine. 

On y lit une communauté enseignante qui sous le choc d'une polémique se fracture et se divise, deux enseignants se désolidarisent  de leur collègue Paty à qui ils reprochent d'avoir invité des élèves musulmans à sortir de la classe pour ne pas être choqué par des caricatures du Prophète dans un cour sur la liberté d'expression...

"Notre collègue a donné des arguments à des islamistes et il a travaillé contre la laïcité en lui donnant l’aspect de l’intolérance, il a aussi commis un acte de discrimination. » 

Paty se défend mais il s'interroge dans un long mel... Non il n'a pas discriminé mais il concède, "j’avoue cependant que c’est confus et très maladroit; il y a un sérieux doute sur ce qu’il conviendrait de faire pendant ces quelques secondes où j’ai choisi de montrer cette image, j’aurais dû éviter de faire une erreur humaine."

Il dit aussi u'il ne se risquera plus aux caricatures. « Je ne ferai plus de séquence sur ce thème. Je choisirai une autre liberté. Je travaillerai l’année prochaine sur la liberté de circulation ou, peut-être, sur la censure d’Internet en Chine » 

Mais il n'y aura pas d'année prochaine pour le professeur Paty et le vendredi 16 octobre et la principale du collège enverra aux enseignants un mel titré "Terrible nouvelle ». 

Je ressens une gêne d'avoir violé la correspondance d'un mort, mais en même temps ces mots lui donnent une vérité, celle d'un frère dans le doute et dans la faiblesse aussi... Quand nous nous battrons y penserons-nous.

Le numéro de Charlie Hebdo est à garder, on y fête les 50 ans d'un journal né pour répondre à une censure, après que son prédécesseur Hara Kiri ait été interdit pour avoir blasphémé sur la mort du Général De Gaulle. Il est aussi à garder ce numéro pour l'éditorial de son patron Riss qui, au nom des cinquante années de liberté qu'il incarne, plaide pour que soit régulée la liberté absolue de parole ou d'expression, contre les « diarrhées verbales » que charrient les réseaux sociaux et nos smartphones. Charlie demande des limites. 

On parle aussi de ministres... 

Eric Dupont-Moretti et Gérald Darmanin qui dans le Figaro expliquent comment ils limitent  la liberté des séparatistes ennemis de la république... Une phrase du ministre de l'intérieur intrigue. "Jusque-là, les préfets ne pouvaient s’opposer à une subvention donnée par exemple à une association de jiujitsu qui organisait l’iniquité entre les femmes et les hommes, rendait les prières obligatoires et tenait des propos antisémites dans les dojos." 

On suppose alors une réalité atroce. Problème. Le seul point de contact entre la réalité et le propos du ministre est un article du Parisien publié il y a quelques semaines à propos d'un club de jiu-jitsu à Savigny-le-Temple que le ministère de l'Intérieur avait repéré. Problème, le reportage évoquait des phrases antisémites mais tenues par des jeunes sans que les responsables du club ne les entendent, il n'y avait aucune prière obligatoire dans tout l'article, et des femmes avaient été membres du club... Faut-il pousser un peu le réel pour défendre une juste cause?

Le Un de cette semaine se demande comment nous pouvons ne pas devenir fous, pris que nous sommes dit le psy Serge Hefez "dans l'accumulation des angoisses et des colères ». Hefez nous invite à nous adapter et nous inventer une vie bonne  en dépit du « malheur ordinaire », le mot est de Freud. 

On lit dans le Un une autre psy, Florence Askenazy, elle exerce dans un hôpital pour enfants près de la promenade des Anglais à Nice, qui le 14 juillet 2016 était devenu un hôpital de guerre, elle raconte les peurs les angoisses qui se conjuguent dans une ville qui n'a rien oublié et qui en octobre, a rencontré trois fléaux. Le dérèglement du climat avec les inondations des vallées, le retour de la pandémie et du confinement, et l'attentat contre la Basilique Notre-Dame... Des enfants dans le confinement voient remonter les heures de peur quand on les avait enfermés chez eux en 2016...

Mais Nice est aussi la ville de magnifiques amoureux de la mer, qui illuminent Nice-Matin, le journal mais surtout son site internet, vieux baigneurs peaux fripées tavelées, tachées de grains de beautés ridées mais les corps fermes et droits et le regard grave sur la Méditerranée où chaque matin ils se jettent parce qu'ainsi ils se sentent vivant, le vétéran Robert en tête qui a 96 ans deux prothèses de hanches mais dans la mer il va bien et  ces vieux nageurs redoutent que dans le confinement on les empêche de se baigner, ils nagent encore dans un flou toléré, « s'ils nous enlèvent ça on est mort », disent-ils. 

Ayant lu les psy, on comprend que cette plainte n'est pas du folklore... Et elle est la plus forte de toutes celles qu'on lit contre le confinement,  des fabricants de santons dans la Provence, un maire qui libère ses commerces, dans l’Est-éclair  ou des restaurateurs dans la Voix du Nord et le Parisien.

Le Parisien publie un beau dossier humain sur nos restos menacés,  mais qui est précédé d'un éditorial étrange, je vous en lis sa conclusion... 

"Il ne faudrait pas que le virus venu de Chine préfigure le règne des échoppes de cuisine chinoise à emporter. Demain nous voulons encore manger avec des fourchettes pas seulement avec des baguettes". 

Et quand en Europe des asiatiques sont agressés physiquement  au prétexte du covid, le Parisien comme Libération ou la Libre Belgique en ont rendu compte, cette prose bizarrement trumpienne et culinairement xénophobe illustre que la folie peut saisir un grand journal populaire...

Et on parle enfin d'un journaliste.... 

Elyaas Ehsas, qui était grand reporter en Afghanistan, avant de fuir les Talibans pour échouer chez nous à Saint-Denis dans un campement clandestins où s'abritaient 2500 migrants en contrebas d'une autoroute... Intelligemment, c'est avec cet homme qui lui qui nous ressemble, que Libération raconte la destruction et l'évacuation du camp, le migrant devient un confrère. 

Elyaas qui était heureux d'échapper au cloaque n'a pas été relogé, et erre désappointé dans les rues de Saint-Denis. Les journalistes de de Libé lui disent "désolé". Il répond ceci. «Garde tes excuses pour toi. Ça ne répare pas les larmes qui coulent de mes yeux. En tant qu’être humain, tu peux me dire quelle est ma faute ? La seule chose que j’ai faite, c’est d’essayer de trouver une nouvelle vie ici, de fuir la guerre.» Qui est fou ici.

Précision et excuse. Dans une confusion, à l’antenne, j’ai situé à Champigny-sur-Marne et non à Savigny-le-Temple l’article du Parisien consacré à un club de jiu-jitsu, que le ministre de l’Intérieur a évoqué dans son interview au Figaro. Cette confusion n’efface pas les imprécisions du ministre, mais elle est d’autant plus regrettable.

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