Patrick Cohen : A la Une ce matin... Retraites : la semaine de tous les risques... Bruno Duvic : Prenez vos agendas et notez les rendez-vous de la semaine. Aujourd'hui, lundi : blocus des routiers et agitation possible dans les lycées. Demain, mardi : nouvelle journée d'action. Mercredi : vote du Sénat. Jeudi : intersyndicale. Vendredi : vacances de la Toussaint. Cinq jours décrits par Libération ce matin : "Que peut-il se passer durant ces cinq jours ?"... Ce matin, dans la presse, le constat est le suivant : 1) (toujours Libération) : les manifestations de samedi ont connu un léger effritement. 2) Jusque-là, comme l'écrit Rémi Godeau dans Le Journal de la Haute-Marne, "le mouvement de contestation lancé par les syndicats n'a débouché sur rien de concret". Et pourtant : 3) C'est bel et bien reparti pour une nouvelle semaine de mobilisation, selon Le Parisien... et même le mouvement se radicalise. Un peu moins de monde dans les rues donc... en tout cas samedi... mais un ton de plus en plus dur, et même des menaces de blocage en tout genre... Comment interpréter cela ? Dans Libération, Laurent Joffrin explore une piste. Ces éléments plus déterminés, entrés en scène, est-ce la différence classique entre réformistes et radicaux ? Peut-être... Mais une autre division pourrait bien se faire jour. La séparation entre protestataires d'en-haut et protestataires d'en-bas. D'un côté, le gouvernement, les partis du gouvernement, les directions syndicales, prêts à un compromis. De l'autre, une partie de la base : des lycéens, des professions en colère, des militants radicaux. Ils seraient l'incarnation d'un refus populaire, certes minoritaire, mais hostile à toute logique gestionnaire. Dans ce cas, nous entrerions dans une phase douloureuse. Coincé entre le haut et le bas, c'est peut-être le calvaire de Bernard Thibault, le secrétaire général de la CGT. On sent bien qu'il tient une bonne partie des clés qui pourraient ouvrir ou fermer des portes. La puissante CGT, écrit Médiapart, est tiraillée... Tiraillée entre les inclinations réformistes de son sommet et la culture du conflit de sa base. La réforme ou la radicalisation, la réponse dépend sans doute en partie de la journée de manifs demain. Déjà, Le Figaro annonce à sa Une que le front syndical se fissure, ce qui est peut-être aller un peu vite en besogne. Patrick Cohen : En tout cas, avant cette semaine de tous les risques, François Fillon a rappelé la fermeté du gouvernement... Bruno Duvic : C’était hier sur TF1… "Je ne laisserai pas bloquer notre pays... Le débat ira à son terme au Sénat"... C'est ce que Philippe Waucampt appelle "l'arme Fillon" dans Le Républicain-Lorrain. Arme plutôt bien choisie, selon lui : "Le calme du premier ministre a donc été opposé au mouvement social". C'est le premier ministre, et non pas le président, qui est allé sur le plateau de TF1. Et pour cause, selon Philippe Waucampt, la parole élyséenne risquait d'être contre-productive. Car pour beaucoup d'analystes, la contestation va au-delà du dossier des retraites. C'est l'expression d'un malaise diffus que la presse cherche à définir jour après jour. Le Parisien donne la parole à Jérôme Sainte-Marie, le directeur-adjoint de l'Institut de sondage CSA. Pour lui, on assiste bien avec ce mouvement social, à une confrontation directe entre l'opinion et le président de la République. Deux catégories se distinguent dans leur opposition à la réforme : les couches populaires et les jeunes... Et pour les jeunes, en particulier, ce qui les amène à descendre dans la rue aux côtés des salariés, c'est la question de l'emploi et l'opposition à Nicolas Sarkozy. C'est peut-être ce que L'Humanité appelle "La force du peuple" ce matin. La force du peuple... Question : qui l'incarne ? Pour Nicolas Barret dans Les Echos, le pouvoir n'est pas dans la rue mais dans les urnes. Ce sont les représentants légitimes du peuple qui font la loi... pas les manifestants. L'Elysée ferait donc le pari que la légitimité du Parlement l'emportera. A en croire Les Echos ce matin, l'Elysée table bien sur une adoption rapide de la réforme. Et ensuite, deuxième temps, ce sera l'heure du remaniement. Mais selon Guillaume Tabard, au-delà du remaniement, Nicolas Sarkozy ne compte que sur lui pour reconquérir l'opinion. C'est lui, et non pas son nouveau premier ministre, qui lancera la deuxième étape du quinquennat. Guillaume Tabard croit savoir que Nicolas Sarkozy interviendra le 16 ou le 17 novembre. Quelle forme prendra cette intervention ? Ce n'est pas encore fixé. Patrick Cohen : Quoi d'autres dans la presse, Bruno ? Bruno Duvic : Un champignon tueur à l'hôpital nord de Marseille... Il provoque une "aspergillose"... une pneumonie qui peut être mortelle. Douze patients du service de réanimation ont été touchés depuis décembre dernier, quatre en sont morts. D'où pourrait venir ce germe ? Peut-être du chantier du nouveau bâtiment de l'hôpital nord. C'est à la Une de La Provence qui rappelle que l'aspergillose avait déjà fait parler d'elle, il y a presque un siècle. C'est sans doute ce champignon qu'avaient contracté les archéologues qui avaient fouillé la tombe de Toutankhamon en Egypte. Cinq n'en étaient jamais revenus. On avait alors parlé de la malédiction de Toutankhamon. De l'oseille contre des votes... Cela fait un moment que la presse tourne autour de Serge Dassault, l'ancien maire de Corbeil-Essonne. Le milliardaire et son entourage ont-ils cherché à acheter des voix ? Dans Libération aujourd'hui, un habitant des Tarterets assure qu'en mars dernier, dit avoir reçu 100.000 euros après avoir convaincu des proches de voter dans le bon sens. Il fournit même un document faisant état d'un virement bancaire. Pas de réaction de la partie accusée dans cet article. Enfin, Angela Merkel met une fois de plus les pieds dans le plat. C'est relevé par Le Figaro et Rue89. Déclaration de la chancelière, samedi à Potsdam : "Le multiculturel a échoué en Allemagne... totalement échoué"... Elle prend bien garde de distinguer ce débat de celui de la place de l'islam en Allemagne. Patrick Cohen : En France, on a cru un temps que le football pouvait être facteur d'intégration... Bruno Duvic : Et ce rêve demeure, mais il a quand même pris des coups ces derniers mois... Football et société : le mensuel "So foot" s'est fait une spécialité de jeter un pont entre les deux. Un livre, sorte de best-off et de condensé de l'esprit "So foot", est en librairie depuis la semaine dernière. Il reprend notamment des articles parus dans le mensuel... et par exemple, une rencontre entre Lilian Thuram et un garçon qui s'appelle Mamadou N'Diaye. Petit flash-back : Mamadou, c'était un des gamins qui avaient fichu le bazar au Stade de France lors du match amical France/Algérie. La Marseillaise avait été sifflée, des mômes étaient descendus sur le terrain. Parmi eux, Mamadou... Sauf que lui, Thuram l'avait attrapé par le colbac et lui avait passé un savon devant les caméras de TF1. Quelques années plus tard, "So foot" les avait réunis. L’entretien est toujours d’actualité. Mamadou essayait de se justifier : "Les gens avaient la haine contre la France". Thuram : - Mais pourquoi tu dis qu'il y a une haine de la France ? Mamadou : - On ne vit pas comme tout le monde... Y'a qu’à voir notre quotidien... Thuram : - Mais est-ce que tu sais que tu es Français aujourd'hui ? Mamadou : - Oui, mais pas un Français normal... Quand on me demande, j'dis que je suis Français d'origine Sénégalaise... Un Français normal, c'est un blanc... Thuram : - Mais t'es né où Mamadou ? Mamadou : - A Colombes... Thuram : - Et t'es allé combien de fois au Sénégal ? Mamadou : - 4 fois...

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