(Patrick Cohen) Dans la presse ce matin : secrets et non-dits

(Bruno Duvic) Est-ce que vous saviez que la barbe de Yasser Arafat sentait le talc pour bébé ?

Il faut au moins être écrivain et ancien espion pour raconter cela.

Le Nouvel Observateur publie cette semaine une interview de « l'homme qui rend la réalité sombre et les nuits blanches », l'auteur de romans d'espionnage John Le Carré.

Il déteste le téléphone, écrit à la main, vit sur une falaise. « Je ne vois pas beaucoup de gens, j'écris, je marche, je nage et je bois ». C'est ainsi qu'il se présente sur son site Internet.

La falaise en question est à la pointe des Cornouailles britanniques et l'homme est en fait charmant, à en croire Gilles Anquetil et François Armanet, qui l'ont rencontré.

Les sept pages de L'Obs fourmillent d'anecdotes. Je vous laisse découvrir celle sur Arafat et comment le romancier s'est retrouvé à faire la chenille avec lui sur une scène d'école.

Conseils aux apprentis écrivains : « Le chat s'est assis dans son panier » n'est pas une histoire. « Le chat s'est assis dans le panier du chien, c'est le début d'une histoire »

Et regard sur le monde de John Le Carré, ancien des services de renseignement britanniques.

Il y a passé 6 ans au temps de la guerre froide. Regard sur le monde d'un maitre de l'espionnage, cela vaut bien des éditoriaux du New York Times .

  • comment ce qu'il appelle « la propagande anti-terroriste » a éclipsé le reste dans l'esprit des Américains.

  • comment les nouvelles technologies élargissent le nombre de personnes qui ont accès aux informations secrètes - c'est dangereux et ce n'est pas une garantie de compétence.

  • comment la seule manière d'unir un grand pays c'est d'y installer la peur.

  • et comment les armes ultra-sophistiquées entrainent nécessairement les guerres : « A quoi bon équiper l'armée américaine d'un arsenal perfectionné si c'est pour le traiter comme l'armée suisse ? »

"Une vérité si délicate", c'est le titre du dernier roman de David Cornwell, alias John Le Carré. Il a 82 ans demain. Happy Birthday.

Dans cette interview, le Carré évoque la Syrie et les mensonges des services de renseignement en Irak il y a 10 ans.

A l'heure où la France, entre autres, demande des comptes à Bachar el-Assad sur l'usage des armes chimique, dans Le Nouvel Observateur , toujours, vous lirez le combat des victimes d'Halabja pour impliquer des entreprises françaises dans ce massacre chimique au Kurdistan irakien. 100.000 personnes - en incluant toute la région - étaient mortes en 1988. Question : des entreprises françaises ont-elles fourni en toute connaissance de cause du matériel permettant au régime de Saddam Hussein de commettre ce crime ?

Et en Syrie, portrait du gardien d'Alep

Alep est l'une des plus vieilles cités du monde, 8.000 ans d'histoire menacés par la guerre. Dans cette ville coupée en deux, voici un civil aux côtés des rebelles.

On l’appelle Omar Islam, maigre carcasse d’1 mètre 95 pour 60 kilos. Diplômé d’histoire de l’art, il essaye tant bien que mal de préserver le patrimoine inestimable de la ville. Pour la revue XXI , Jean-Pierre Filiu, l’a suivi. Reportage entre souks chargés d’histoires et repaires de snipers, odeurs d’épices des vieux caravansérails remplacées par un goût de cendre.

Alep et sa mosquée des Omeyyades. Le minaret du XIème siècle est détruit, mais le minbar, la chaire de l’Imam, a été mise à l'abri. Omar et ses acolytes l'ont démonté. Une journée entière de travail sous la menace des tirs de snipers, postés juste à l’extérieur de la mosquée, derrière les toiles tendues dans la salle de prière. Le minbar en pièce détachées est parti dans un pick-up tout ce qu’il y a de plus banal, emballé dans une toile éponge grise. Il est désormais caché.

A Alep, une citadelle domine la ville. Elle aussi date de l’époque médiévale. Mais elle est aux mains des troupes loyalistes.

Dans la presse également : François Hollande appelé à intervenir

Dans l'affaire Leonarda, l'Elysée a publié un communiqué hier mais les journaux voudraient que le président sorte vraiment du bois. A la Une de Libération , la moitié de son visage apparait en bas de page, comme s'il était caché sous des draps : « Roms, expulsions, expliquez vous monsieur le président ! » « Hollande est dans le piège de l'affaire Leonarda » titre Le Figaro . «Il devra décider du sort de la jeune Leonarda, écrit Paul-Henri du Limbert, dans l’éditorial. Assumer une décision où l'entre-deux, sa grande spécialité, est impossible. Il faut qu'une porte soit ouverte ou fermée.»

Un piège, en effet. Voilà que les lycéens sont dans la rue. « Pour un président qui voulait faire de la jeunesse la pierre angulaire de son mandat, l'échec est manifeste» écrit Libé .

Et puis, ajoute Cécile Cornudet dans Les Echos , « ce président n'aime par le régalien ». Police, justice, immigration à ces sujets, il préfère l'économie. En matière de police et d'immigration, « il a laissé son ministre de l'intérieur mener une politique qu'il ne voulait pas assumer mais qu'il approuvait ».

Plus largement, ce qui apparait ce matin dans la presse, c'est l'incapacité de la gauche à parler d'autre chose que d'économie. « La question de ce qui fait qu'on vit ensemble se pose, dit le sociologue de l'éducation François Dubet dans Libération . Comme la gauche ne pense plus cette question, elle est monopolisée par la droite dans un climat insupportable. »

Sans jugement partisan, le spécialiste des sondages François Miquet-Marty est sur une ligne ressemblante dans La Croix . Il y a un décalage selon lui dans le discours sur la crise. « Depuis 2008, responsables politiques, experts et médias placent au centre de leurs discours la croissance, la compétitivité et la dette ». Les Français évoquent le chômage bien sûr. Mais « la crise ils l'évoquent aussi en évoquant les relations entre les gens qui se dégradent. »

L'économie joue pourtant son rôle dans ce lien social qui se délite. Titre du Monde à propos de la crise en Bretagne. : « Le sentiment d'isolement est de retour ».

Economie, lien social. Un beau reportage du magazine Liaisons sociales fait le lien entre les deux. Reportage dans les bus qui transportent les ouvriers de Peugeot en Franche-Comté. Année après année, ils se vident. « C'est quand les salariés commencent à avoir deux sièges chacun qu'il faut s’inquiéter » dit un chef de bus.

Quoi d'autre dans la presse ?

« La lutte sans classe ». Titre de L'Equipe alors que les clubs de foots français partent en guerre contre la taxe à 75% sur les salaires de plus d'un million d'Euros. Combat qu’on devine pas très populaire. Les présidents de clubs essayent de faire passer leurs arguments dans les colonnes de l'équipe.

Le combat entre Olivier Dahan et le distributeur américain de son film sur Grace de Monaco. Le réalisateur de « La môme » dénonce un interventionnisme exorbitant du distributeur. « Ils veulent un film commercial en enlevant tout ce qui dépasse ». Olivier Dahan envisage d'effacer son nom du générique. La sortie du film, prévue en novembre, est reportée au printemps prochain.

Dans la série « lien social », dans le journal La Montagne , vous trouverez un portrait de la taulière d'Aurillac. On l'appelait Lulu, elle tenait un bistrot couru de la ville depuis 1954, Lucienne Edmond est parti servir le calva la haut tout la haut. « Faudrait la classer monument historique dit un client, lui donner un nom de rue ce serait chic. »

Et puis, en ce jour où nous recevons Nathalie Dessay dans le 7/9, le secret du mauvais caractère d’un grand compositeur d’opéra, Verdi, dont on célèbre le bicentenaire de la naissance cette année. C’est à lire dans le mensuel Classica : « La scène originale de cette grogne permanente se situe dans l’enfance, lorsque le prêtre dont il servait la messe lui décocha un coup de pied parce qu’il avait oublié d’apporter les burettes. Il lui avait vertement répondu : ‘Que Dieu te foudroye !’. Le méchant prêtre est mort foudroyé quelques années plus tard. ‘Ah la maledizione’, comme chante Rigoletto ! »

Bon week-end !

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