La presse revient encore largement ce matin sur les attentats en Espagne. Et Le Parisien se penche sur le profil des terroristes présumés.

Qui sont ceux qui ont semé la terreur à Barcelone, puis à Cambrils jeudi ?

Le Parisien tente d'y répondre, et se concentre pour cela sur un homme.

Un très jeune homme, dix-sept ans seulement. C'est lui qui est soupçonné d'être l'assassin des Ramblas.

Le Parisien est allé à Ripoll, petite ville accrochée à 700m d'altitude au flanc des Pyrénées espagnoles, plus connue jusque là pour son monastère et son centre ville souligne le journal.

Mais Ripoll, depuis jeudi, c'est autre chose. Ripoll, au moins cinq suspects des attaques y habitaient.

Et comme souvent, sur place, l'incompréhension règne. "Il était discret et poli" se souvient une riveraine à propos du jeune terroriste présumé.

"Un jeune homme comme les autres" décrit un proche de la famille. "Ca ne peut pas être lui" poursuit un couple d'amis. "Il joue dans le club de foot, il est sociable, il écoute du rap, il a plein de copains".

Le portrait du voisin sympathique

Celui qu'on ne soupçonne pas. Celui qui est finalement "banal" comme l'écrit Frédéric Vézard dans son édito :

Ces hommes, jeunes, souvent souriants sur leurs photos d'identité, qui ont grandi en Europe, fréquenté les mêmes écoles et les mêmes terrains de sport que ceux qu'ils ont froidement assassinés

Et c'est bien cette banalité, "la banalité du diable, qui glace le sang" conclut Frédéric Vézard.

Et pourtant, on le lit toujours dans Le Parisien : sur la toile, le suspect de l'attaque de Barcelone, offrait un autre visage que celui proposé à ses voisins. On le découvre sur Facebook casqué avec un fusil à pompe.

Sur Kiwi, à la question "Que ferais-tu le premier jour où tu serais le roi du monde ?", il répond "je le consacrerais à tuer des infidèles".

Les suspects des attaques espagnoles n'étaient, a priori, pas connus des services antiterroristes. Mais il y a tout de même une faille au niveau européen pour Le Figaro et Libération.

En matière de terrorisme, l'Europe peine à colmater ses brèches, estime d'abord le Figaro.

Le quotidien le souligne, ça va quand même de mieux en mieux en terme d'échange de renseignements.

Et puis l'Europe veut avancer. Volonté affichée, et traduite par la création du Centre européen de contre terrorisme il y a un an et demi. Sauf qu'il y a encore bien du chemin à faire, insiste Le Figaro :

Quelque 5000 européens ont rallié Daech, et pourtant Europol, l'instance policière de coordination, n'a enregistré que 3.000 noms

Sans parler du fichier européen des données passagers, empêtré dans les problèmes techniques, et dont certains pays n'ont même pas voté le cadre légal censé permettre son fonctionnement, rappelle l'article.

Mais l'Union Européenne manque de moyens pour agir, poursuit Libération.

D'abord, elle n'a aucune compétence directe en matière de sécurité intérieure, d'antiterrorisme et de renseignement : cela relève des souverainetés nationales rappelle Libé.

L'Union Européenne agit

Avec la création du mandat d'arrêt européen après les attentats du 11 septembre 2001, avec la lutte contre le blanchiment, avec le contrôle à l'entrée de l'espace Schengen, pour ne citer que ces trois exemples.

Mais ensuite, et peut-être surtout, un FBI européen est-il souhaitable ?

Pas forcément, écrit le correspondant de Libé à Bruxelles qui se demande :

Quelle serait la valeur ajoutée d'une superstructure européenne alors que la récolte du renseignement et son exploitation doivent se faire au plus près du terrain ?

Le renseignement, qui aide bien sûr, mais qui ne suffit pas aujourd'hui à éviter les attaques terroristes.

La sociologie propose, elle aussi, des pistes de réflexion

C'est à lire dans Le Monde : "Comment devient-on djihadiste" ? Voilà la question de départ d'une étude sociologique menée auprès de treize détenus, condamnés pour des faits de terrorisme islamiste.

Et cette étude apporte un éclairage nouveau, présenté comme inédit, sur les ressorts de la radicalisation. On peut, d'après ses résultats, considérer qu'il y a des constantes.

Parmi ces constantes : "l'arrivée tardive à la religion" explique Romain Sèze. Ce chercheur à l'Institut national des hautes études de la sécurité et de la justice a co-dirigé l'étude.

Une arrivé tardive à la religion, et donc "un apprentissage le plus souvent autodidacte". C'est comme ça que certains rencontrent le salafisme car quand on "recherche seul, soulève le chercheur, on tombe sur ce qui est en position dominante sur le marché religieux".

Plusieurs autres constantes

Ces hommes sont souvent dans ce que les auteurs appellent "une phase de disponibilité professionnelle et familiale", et croisent dans leur parcours une "personne ressource", celle qui encourage au passage l'acte et fournit le soutien logistique.

Mais ce que les chercheurs montrent aussi, c'est que certains éléments seraient bien moins importants que ce qu'on a pu en dire.

L'échec scolaire, les mauvais traitements subis enfants, le passage en prison : ce ne sont pas des "paliers obligés pour une carrière djihadiste" poursuit Romain Sèze.

Tout comme la dimension politique : "_elle peut émerger tardivement, et sans résumer l'engagemen_t" ajoute encore le chercheur dans Le Monde.

Vin chinois

La presse nous réserve aussi ce matin quelques sujets plus légers, même s'ils sont très sérieux. Comme cet article sur le vin chinois dans Libération.

"La Chine prend de la bouteille", nous assure Libé.

Et la preuve, on la trouve dans la province du Ningxia, que certains appellent déjà la "Napa Valley chinoise."

Des hivers rigoureux, mais un territoire bien ensoleillé, un sol caillouteux et riche en minéraux, des réserves en eau suffisantes et une aridité qui nuit au maladie.

Il y a 6 ans, à Londres, un vin de cette région a surpassé, au goût du jury, les 12 000 autres bouteilles en compétition. Depuis, les choses ont bien changé pour la viticultrice récompensée. Ses breuvages sont servis à la cantine du gouvernement central de Pékin, et surtout, elle a une barrique de chêne au domaine :

C'est comme ça qu'on voit si un viticulteur a réussi dans la vie ou pas, il suffit de compter le nombre de fûts en bois

Même si, et Libération le souligne, les vins chinois ont encore mauvaise presse : ils prennent petit à petit leur place dans le monde.

Mais que le Français se rassurent : en terme de consommation, le vin reste la chasse gardée tricolore. Si les Chinois boivent en moyenne un litre et demi de rouge par an, chez nous, c'est plutôt 30 à 40.

Et qui sait, certains saisonniers français se laisseront peut-être tenter par des vendanges en Chine ?

Le saisonnier n'est pas toujours celui auquel on pense

Là comme ça, on le voit plutôt jeune, avec une casquette en train de surveiller les enfants au bord de la piscine ou de courir en cuisine pour servir les cinquante tables d'une paillote de plage.

Mais pas forcément : le saisonnier peut aussi avoir un peu plus de bouteille (comme la Chine avec son vin).

Dans le supplément éco du Figaro, on apprend qu'il y a de plus en plus de seniors dans le secteur.

Et miser sur l'âge, l'expérience, la sagesse, appelez-ça comme vous voudrez, ça a du bon pour les recruteurs : les seniors seraient moins regardants sur les heures supplémentaires et les horaires. Ce serait aussi plus facile de les faire revenir d'année en année, puisqu'ils sont en général plus sédentaires.

C'est comme ça qu'on peut croiser cet été dans le Var, un chef cuisinier de plus de 60 ans, ou un réceptionniste de 53 ans.

Mais après tout, Victor Hugo le disait :

Quarante ans, c'est la vieillesse de la jeunesse, mais cinquante ans, c'est la jeunesse de la vieillesse

L'équipe
Mots-clés :
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.