Je choisis, donc je suis... Ca pourrait être une devise de journaliste.... Informer, c'est choisir... Dont acte, dans la presse ce matin... A chaque journal son choix éditorial, sa Une particulière... Morceaux de choix. A commencer par "Le Figaro", qui nous alerte aujourd'hui sur une sorte de liste noire, dans un milieu tout en blanc... La liste des 113 services de chirurgie en sursis... Mesure préconisée par un rapport que le ministre de la Santé avait commandé... Le principe est simple : il s'agit de fermer tous les blocs opératoires qui réalisent moins de 2.000 opérations par an... 113 hôpitaux figurent sur cette liste... Toutes les régions sont concernées... C'est pourquoi "Le Figaro" publie la carte de ces 113 hôpitaux menacés. Prenons un exemple sur la carte... Dans le département de la Drôme... Les blocs opératoires de Die et de Crest pourraient disparaître... Il ne s'agit pas pourtant de deux villages... Mais de deux villes... Petites, certes... Mais réunissant à elles deux plusieurs dizaines de milliers d'habitants. Alors pourquoi les fermer ?... Eh bien, parce que le manque d'activité des équipes chirurgicales, affirme le rapport, ne permet pas d'y assurer une qualité et une sécurité suffisantes des interventions, ni la continuité des soins. Peut-être, mais c'est un rapport qui va faire beaucoup de bruit, estime Hervé Chabaud dans "L'Union"... Pourtant, il faut bien faire quelque chose... Parce que ça fait des années qu'on reporte des décisions douloureuses, alors que le problème est réel... Mais on voit mal le ministre s'emparer de ce dossier dans l'urgence... Surtout à un an de la Présidentielle... Il tombe comme un cheveu sur la soupe. Tout au contraire, Pierre Taribo, dans "L'Est Républicain", s'insurge... "Mais quelle est donc cette société qui a une vision strictement gestionnaire de la santé ?, écrit-il... Pendant longtemps, on a cru que les hôpitaux avaient pour vocation de faire face à toutes les situations... C'était sans compter avec la notion de rentabilité des hôpitaux"... Alors, Taribo le clame haut et fort : "L'impératif budgétaire ne peut pas l'emporter sur la lutte contre la maladie et la souffrance". La santé menacée... La santé attaquée... Et l'angoisse de l'ignorance... Tchernobyl, c'est un peu tout ça à la fois... 8 millions de personnes, en Ukraine, en Russie et en Biélorussie, vivent toujours dans des territoires contaminés, nous rappelle "Le Canard Enchaîné", à l'occasion des 20 ans de LA catastrophe nucléaire. Prolifération de cancers de la thyroïde... Des milliers de morts... Oui, mais combien ?... Bonne question... Qui est aussi à l'origine du cri de révolte d'un ancien député du Soviet suprême, Alla Yarochinskaïa : "L'isotope le plus dangereux de Tchernobyl, dit-elle, n'est ni celui de l'iode 131, ni celui du cesium 137... C'est celui du mensonge". Alors combien, parmi ces personnes qui sont intervenues juste après la catastrophe de Tchernobyl, et qu'on appelle les "liquidateurs" ?... Combien sont morts ?... 20.000 officiellement... Ce à quoi il faut ajouter 200.000 personnes invalides, ou vieillards à 50 ans... Tout ça pour 100 roubles de primes, à l'époque des faits, en 86... Puis le mensonge s'exporte... En France, tout le monde s'en souvient : on nous a parlé du nuage qui s'est arrêté à nos frontières. Mais bien sûr, c'est au coeur de la zone contaminée que la situation reste dramatique, comme le dit tout simplement une habitante de la région, dans "VSD"... "Légumes, fruits, lait... Ici, tout est irradié... Mais je n'ai pas le choix... Je nourris mes enfants avec les produits locaux"... "Ca fait 15 ans que plus personne ne vient mesurer la radioactivité au sol", affirme un autre témoin. Et puis, pourquoi aussi l'Occident et les organisations internationales ont-ils relayé le mensonge soviétique sur l'impact humain et écologique ?... Autre question fondamentale, posée par "Télérama"... A laquelle Jean-Pierre Dupuy, auteur d'un livre sur Tchernobyl, apporte cette réponse saisissante : "Les maîtres du nucléaire n'ont pas peur de leurs machines, ils ont peur de la peur des hommes. Voilà pourquoi ils pratiquent le secret, parfois le mensonge". Enfin, comme le souligne "Charlie Hebdo", il y a des anniversaires dont on se passerait bien... Mais profitons-en pour observer ce qui se passe en Biélorussie, le pays le plus touché par la catastrophe... Et pour cause... Quand les militaires soviétiques ont vu le nuage radioactif se diriger vers les grandes villes en 86, ils ont dispersé des produits dans l'atmosphère pour faire tomber la pluie... Résultat : 70% des particules radioactives sont allées sur la Biélorussie... Et aujourd'hui encore, 23% de son territoire reste contaminé, contre seulement 5% de l'Ukraine... Seulement, entre guillemets... Et pourtant, Tchernobyl est en Ukraine. Voilà... Lénine définissait le communisme comme "les Soviets + l'électricité"... En Biélorussie, ce sont "les Soviets + la radioactivité". Et un de plus, sur la liste des journaux qui non seulement s'intéressent à Ségolène Royal, mais la soutiennent !... Le printemps des ralliements... Cette fois, c'est "Libération" qui met la dame en Une, sous le titre assez adroit de "Pourquoi est-elle adroite ?"... Adroite, en un seul mot. Bref, description d'une méthode habile... "Libé" nous explique comment Ségolène Royal multiplie les ralliements au sein du PS, et dessine son programme par petites touches... "Un véritable dynamitage, commente Jean-Michel Thénard... Oui, dynamitage d'un système à bout de souffle... Voilà ce qu'incarne Ségolène Royal... A qui pourtant on reproche un manque d'expérience... Et alors ?, répond notre confrère de "Libé"... De l'expérience ?... Pour quoi faire ?... Jacques Chirac a bien démontré que ça ne suffit pas à garantir des résultats. Et puis, face à elle aujourd'hui, Fabius, Jospin ou Lang font figure d'hommes du passé... Voilà toutes les raisons pour lesquelles Ségolène Royal a aujourd'hui les faveurs de l'opinion... Ce qui en fait une candidate au moins aussi crédible que Sarkozy qui, lui, en matière de rupture avec la politique chiraquienne, a encore à faire ses preuves", conclut Jean-Michel Thénard. Une histoire, dans "Le Canard Enchaîné"... Une histoire très "Canard", genre "mieux vaut en rire, ou au moins en sourire". Voilà que la Marine française, nous raconte l'hebdo, a noyé son plus beau sonar. Episode qualifié par "Le Canard" de "dernière bourde de nos forces navales, qui va coûter bonbon". Ainsi donc, en attendant le retour triomphal du "Clemenceau", dans un mois à Brest, il se trouve que dans la nuit du 24 au 25 mars dernier, la frégate "De Grasse", un navire de guerre hyper-sophistiqué, a voulu essayer le gigantesque sonar high-tech intitulé "le poisson", qui pourtant ressemble plus à un tétard géant qu'à une daurade... Mais bon, ce joujou de 10 tonnes, bourré d'électronique et de systèmes de détection dernier cri, a d'énormes qualités : il est capable de repérer un méchant sous-marin ennemi à 150 kilomètres de distance... Mais il a une petite faiblesse : il est relié à un câble long de 3 kilomètres, truffé de fibres optiques, à manier avec précaution les jours de grosse mer. Or, le fier commandant du bateau, en cette nuit de grosse mer, a quand même mis à l'eau son poisson magique... Depuis, l'engin est perdu... Le câble a fini par céder... Montant de l'addition : 3 millions d'euros, affirment les autorités militaires, qui vont classer l'incident dans une rubrique intitulée "les fortunes de mer"... Non, rétorque "Le Canard Enchaîné", l'affaire n'a pas coûté 3 millions, mais 50 millions d'euros. Je vous le disais : la presse joue la diversité ce matin... Si "Le Monde" fait sa Une sur l'attentat de Tel Aviv... "Le Parisien" sur le Président algérien, qui accuse la France d'avoir perpétré un génocide de l'identité algérienne lors de la colonisation... "L'Humanité", de son côté, s'intéresse au retour des sinistrés du tremblement de terre au Cachemire... "La Croix" nous parle du Pape... Benoît 16... Un an de pontificat, et ce constat : voilà un Pape moins médiatique que son prédécesseur... Disons une papauté plus modeste, et centrée sur l'essentiel... Austère et dépourvu du charisme de Jean-Paul 2, Benoît 16 a quand même conquis les foules à Rome, constate "La Croix"... Début de pontificat décidément étonnant, avec des chantiers intéressants, comme l'oecuménisme... Déjà, il a séduit les protestants... Un souci également d'effacer les cicatrices provoquées dans l'Eglise par le Concile Vatican 2... Et une attention particulière aux relations avec le judaïsme... Mais peut-être, pour l'instant, que la mission la plus réussie du Pape, c'est que le cardinal Ratzinger ait réussi à devenir le Pape Benoît 16... Ou comment un cardinal plutôt raide ait pu devenir un Pape tranquille. Dans ce tour d'horizon des grands titres et sujets développés par les journaux ce matin, il en manque toujours un à l'appel... Pour qu'il y ait une Une, il faut qu'il y ait un journal... Alors par de Une de "France Soir", puisque toujours pas de "France Soir"... La grève continue, les salariés refusent toujours le plan de reprise incarné par le journaliste Olivier Rey et ses déclarations qui mettent le feu aux poudres... Grève donc... Attention, préviennent les confrères... C'est une méthode qui peut mener tout droit à la disparition pure et simple du journal, note "Le Parisien"... Tout comme "Libération", qui titre : "France Soir, le désespoir sans fond"... Ou encore "Le Canard Enchaîné", à qui cette situation rappelle douloureusement les destins du "Matin" ou du "Quotidien de Paris"... Après tout, écrit l'hebdomadaire, il est vrai que le duo Jean-Pierre Brunois/Olivier Rey, qui sort son carton rouge dès qu'il entend le mot "culture", n'est pas des plus reluisants, et que le rival écarté, Arcadi Gaydamak, que soutenait le personnel, n'est pas non plus exemplaire... C'est déjà bien assez d'avoir deux marchands de canons (Dassault et Lagardère) pour principaux patrons de presse français... Il n'est peut-être pas nécessaire, effectivement, d'élargir la panoplie avec des trafiquants d'armes, écrit Patrice Lestrohan. Mais bien sûr, ajoute notre confrère, pas question pour nous de contester à NOS confrères de "France Soir" le droit de s'opposer aux oukases des nouveaux propriétaires du titre... Que ce journal puisse aujourd'hui tourner au tabloïd est tout de même moins inattendu que de voir "La Croix" récupérée par le groupe "Playboy"... Mais les journalistes de "France Soir" sont quand même en droit d'exiger qu'il ne devienne pas n'importe quel tabloïd. On va terminer avec LE point commun de tous les journaux, ce matin, car il y en a un : le coup de chapeau unanime à Jean Dujardin pour son rôle dans le film "Le Caire, nid d'espions", où il incarne le célèbre OSS 117... "Formidable en héros intrépide et crétin professionnel", écrit "Libé"... "Jean Dujardin, tueur à gags", titre "Le Figaro"... "Dujardin, hilarant", pour "Le Parisien"... N'en jetez plus ! Les commentaires sont à l'avenant pour le film lui-même... Critique entonnée sur l'air de la réussite... "Savoureux pastiche en hommage aux films d'espionnage", estime "Télérama"... "Film d'aventures rétro, au charme moqueur et décalé", ajoute "Le Figaro"... "Désopilant", commente "Le Parisien"... "Un film qui parodie avec brio le cinéma des années 50", écrit "Libération"... Mais laissons la conclusion à "Télérama", qui écrit : "C'est comme si 'Brice de Nice' avait pris la voix et le costume en alpaga de Cary Grant... Ce film, plus ambitieux qu'il n'y paraît, est à son image : un déroutant mélange de bouffonerie et d'élégance". Bonne journée !... A demain !...

Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.