Vous savez que la Révolution française, c'était déjà à cause d'un volcan islandais ? 1783, six ans avant la Révolution... Une fissure de 25 km s'ouvre près de la montagne Laki, en Islande. Eruption majeure : des millions de tonnes de cendres fluorées sont émises dans l'atmosphère. Et il semblerait bien que ces cendres, capables de bloquer en partie les rayons du soleil, aient provoqué un refroidissement général des températures en Europe du nord et de l'ouest. Or, on sait que les hivers très difficiles vécus par les paysans dans les années 1780, c'est l'une des origines de la Révolution. Cette histoire, elle est racontée dans Libération par un universitaire spécialiste des sagas médiévales islandaises. Autant dire qu'il y a sans doute une part de légende dans ses propos. Mais il montre à quel point l'Islande est aujourd'hui au centre du monde. Et ce volcan, qui empêche 7 millions de personnes de voler depuis jeudi et bloque au sol même les chefs d'Etat les plus puissants, ce volcan, au-delà des informations concrètes (rubrique "économie", rubrique "reportage"), incite la presse à réfléchir ce matin... On y vient dans un instant. D'abord le concret... Comme l'écrit Dominique Quinio dans l'édito de La Croix, après le temps de la sidération, arrive celui de l'impatience. La réalité reprend ses droits. Et la réalité, c'est que les entreprises commencent à souffrir bigrement de cette histoire. "Premières polémiques sur la facture", titrent Les Echos. Le patron d'une PME d'import-export de fruits secs et en conserve témoigne, dans Le Parisien-Aujourd'hui... Il devait partir hier pour Singapour via Amsterdam avec deux collaborateurs, pour un salon professionnel. Entre le stand, les billets d'avion et les nuits d'hôtels, la perte sèche est de 20.000 €... sans compter les rendez-vous ratés avec les clients. Le MEDEF ouvre une cellule de crise. Les entreprises qui travaillent avec des denrées périssables sont particulièrement concernées. "Qui viendra travailler aujourd'hui ?", se demande Le Figaro. Il y aura beaucoup d'absents. Des petites PME ne pourront pas fonctionner. Parmi ceux qui sont particulièrement inquiets : ceux qui livrent des organes pour les greffes dans les hôpitaux. (Eric Delvaux : "Mais les plus inquiètes, ce sont évidemment les compagnies aériennes")... Les principaux chiffres sont dans Libération... 6.800.000 passagers en rade. 63.000 vols annulés depuis jeudi en Europe. C'est presque 150 millions de pertes quotidiennes pour le secteur aérien. La paralysie est comparable à celle qui a suivi le 11 Septembre. Alors les compagnies font monter l'autre controverse du jour : y a-t-il eu excès de précaution dans cette histoire ? C'est encore Libération qui raconte... Elles demandent la réévaluation immédiate des restrictions de vol. Il faut dire que la situation est passablement ubuesque : fermeture ici, ouverture là. Le Centre-conseil en cendres volcaniques, basé à Londres, délivre un nouveau bulletin toutes les six heures. Autant dire que la situation peut changer très vite. Plusieurs compagnies, dont Air France, ont organisé des vols-test à vide ce week-end. Verdict : aucun souci. Les compagnies mettent en doute la dangerosité du nuage. Des pilotes ont le sentiment qu'on leur pique leurs prérogatives : c'est à eux de décider si on peut voler ou non. En revanche, l'idée de voler à basse altitude, sous les cendres, comme des patates, est rejetée par beaucoup de compagnies : à basse altitude, les avions consomment beaucoup de kérosène. "Les experts aériens restent dans le brouillard", comme l'explique L'Est Républicain. Le patron de l'aviation civile raconte dans Le Figaro qu'il n'a jamais vu une situation aussi imprévisible : "Je ne pense pas que nous prenions trop de précautions". (ED : "Et du coup, le blocage continue")... Il y a "150.000 Français à rapatrier", titre Le Figaro... les Français et tous les autres. "Un grain de sable peut donc bloquer le monde", écrit François Sergent dans Libération. "Toute une population nomade d'hommes d'affaires ou de vacanciers, d'artistes ou de Présidents, se retrouve clouée au sol. Soudain, on ne peut plus se lever à Istanbul, déjeuner à Paris et dormir à Manhattan. C'est le retour du train, des cars et des ferries... le retour des voyages qui durent des jours et non plus quelques heures". Des récits de voyage de cette nature, il y en a plein la presse ce matin... L'Equipe nous raconte que les footballeurs stars de l'Olympique lyonnais vont devoir prendre le bus, comme leurs supporters, pour aller jouer en Coupe d'Europe mercredi à Munich. Le Figaro raconte l'histoire de cette dame qui devait faire Tokyo-Paris. Elle a commencé par aller à Dubaï. Puis à Dubaï, on lui proposait le trajet suivant : Dubaï-Tunis en avion, Tunis-Marseille en bateau, Marseille-Paris en train... Elle a décliné l'offre. Le plus malheureux, c'est peut-être ce scientifique islandais qui surveillait le volcan qui nous occupe tous depuis 18 ans. Autrement dit, l'éruption, c'est un peu l'événement de sa vie pour cet homme. Eh bien, il est bloqué à Paris. L'Institut de Physique du Globe lui a prêté un ordinateur. (ED : "Et les philosophes, écrivains et éditorialistes essaient de donner du sens à cet événement")... Dans L'Humanité, interview du philosophe Paul Virilio, sur le thème : "La mondialisation en cendres"... "Depuis jeudi, nous assistons à un accident de l'écosystème de la mondialisation". La thèse de Virilio, c'est ce qui caractérise notre époque. C'est l'immédiateté : des émotions, des événements. Il y voit des dangers pour la démocratie. Et c'est cette instantanéité qui est grippée depuis quelques jours. Pour Jean-Claude Souléry, dans La Dépêche du Midi, au contraire : nous voici dans un nouvel épisode d'émotion collective. H1N1, subprimes, réchauffement climatique : régulièrement, nous sommes alertés par des prophètes qui globalisent nos malheurs. Et nous sommes nus face à l'urgence de la semaine qui vient. "Nous sommes tous des réfugiés volcaniques", dit Hubert Reeves dans Libération. Alors ce volcan au nom imprononçable, Jean d'Ormesson propose de le rebaptiser dans Le Figaro... "Le nuage mériterait d'être appelé Ubris : c'est comme cela que les Grecs appelaient l'orgueil, qui envahit les hommes ivres de leur génie et de leur puissance. Le génie des hommes ne peut pas leur faire oublier qu'il font partie d'une nature qui les dépasse encore d'assez loin. L'humanité a beaucoup joué à se faire peur avec la fin du monde. Le volcan du glacier prend le relais avec beaucoup de succès". (ED : "Quoi d'autre dans la presse, Bruno ?") Des histoires qui ferait de très gros titres, s'il n'y avait ce satané volcan... Un pillier de Wall Street dans la tourmente : la banque Goldman Sachs... Imaginez quelqu'un qui, d'une main, mettrait le feu aux maisons d'un village et, de l'autre, refilerait à un complice les assurances-incendie de ce village... Eh bien, c'est un peu de cela qu'est accusée Goldman Sachs. Elle aurait incité des clients à acquérir des produits pourris liés aux subprimes et, dans le même temps, elle aurait aidé le fonds Paulson & Company à jouer à la baisse sur ces produits. Le gendarme de la Bourse américaine a ouvert une enquête. "Wall Street face à la bombe Goldman Sachs", titrent les Echos. La banque crie son innocence. Mais pour Les Echos, il est peu probable que le gendarme boursier se soit lancé dans une telle action sans de solides arguments. Charles Pasqua face à la Cour de Justice de la République... En politique, c'est le gros titre du jour. Au passage, on relèvera que cela ne fera pas une ligne dans Le Figaro. Pour Médiapart, c'est "l'épilogue d'un duel" avec le juge Courroye : la quasi-totalité des affaires dans lesquelles l'ancien ministre de l'Intérieur est mis en cause depuis dix ans ont été initiées par l'actuel procureur de Nanterre. Et puis cette affaire, relayée notamment par LePoint.fr : deux joueurs de l'équipe de France (Ribéry et Govou) entendus comme témoins dans une affaire de proxénétisme... Au coeur du dossier : un intermédiaire du monde de la nuit à Paris, qui aurait joué les maquereaux. Deux autres joueurs pourraient être entendus, là encore comme témoins. Mais Ribéry et l'un des deux à venir pourraient être poursuivis pour "incitation de mineure à la débauche", puisqu'ils auraient acheté les charmes d'une jeune fille mineure. Ribéry assure qu'il ne le savait pas. Comme le titre France-Soir : à moins de deux mois du Mondial, c'est une "sale affaire pour les Bleus". Mais retour au volcan, pour finir... Dans Libération, le spécialiste en sagas islandaises, qui voit dans ses volcans l'origine de la Révolution française (j'en parlais au début de cette revue de presse), leur attribue un autre mérite. Les cendres répandues dans l'atmosphère lors de cette énorme éruption des années 1780 ont eu un autre effet : pendant toute la décennie, il y eut des couchers de soleil d'une exceptionnelle beauté en Europe. On dit même qu'ils ont influencé le tout jeune William Turner, qui allait faire de ces ciels crépusculaires sa signature. Il y a un peu de cela, ce matin, dans la presse : comme une ambiance crépusculaire... Bonne journée...

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