L'Indépendant croit encore aux gilets jaunes. Télérama raconte le besoin de croire, le Un analyse le temps du doute sur l'information, citant La Fontaine, "« L’homme est de glace aux vérités ; il est de feu pour les mensonges". Dans la République du centre, un sous-préfet a trouvé un cyclomoteur pour un travailleur!

On parle de la Catalogne ce matin...

La Catalogne qu'un entêté veut rejoindre, Adrien Rabiot, jeune vedette du football qui a méthodiquement saboté sa relation avec son club, le Paris-Saint-Germain, et hier à Orléans, lis-je dans l'Equipe, une banderole le conspuait pendant ce match de coupe de la ligue, gagné de justesse par Paris ce qui désole la République du Centre, "on y était presque"... Bref Rabiot qui, nous dit le Parisien, avait une bonne raison, il s'est déjà mis d'accord avec Barcelone qu'il va rejoindre cet été, et ce papier stratégique laisse rêveur sur le concept de loyauté, la Catalogne vaut cela.   

La Catalogne que l'on appelle chez nous Pyrénées-Orientales, et dont l'Indépendant nous confirme l'entêtement, car là-bas les gilets jaunes vont bloquer samedi prochain le péage de Boulou à la frontière de l'Espagne, fidèles au mot d'ordre du collectif la France en colère qui veut "prendre le contrôle des frontières" ... 

Mais cette mobilisation ne remue pas nos journaux qui me racontent plutôt, tel le Populaire du Centre, des barrages qui se lèvent et sont passés à autre chose, des analyses, une brillante ce matin dans le Figaro de l'historien Pierre Vermeren  sur ce que les ronds-points; inventés en Angleterre, disent de la France qui a copié la modernité des autres et s'en est perdue de laideur. Ils racontent d'autres colères, celles des policiers épuisés en Une de la voix du Nord, de l'Est Républicain, du Progrès... Ou bien ils réveillent d'autres inquiétudes, les frontières poreuses aux migrants, dans Sud Ouest et la Dépêche, joli papier sur cet adolescent africain qui s'est sauvé d'un centre a Barcelone pour venir chez nous en train sous la passivité d'un contrôleur. On nous parle aussi de notre jeunesse lycéenne qui va essuyer les plâtres du nouveau bac et choisir ses options, Sud-Ouest et le Figaro..  

Mais l'Indépendant y est encore et plus que jamais. Massive sera la mobilisation ? "Des bus seront affrétés depuis Montpellier, Albi, Castres, Montauban, Toulouse et Nîmes. Narbonne devrait également venir mais ils nous rejoindront en voiture" disent les gilets jaunes catalans, qui espèrent aussi la porte-parole nationale, Priscilla Ludosky  Et on ne sait pas alors si l'Indépendant se grise ou s'il voit mieux que les confrères; le mouvement des gilets jaunes n'est sans doute pas terminé en province, assure dans Mediapart le sociologue Laurent Mucchielli... Vaucluse matin, dans une de feu, relaie les imprécations du leader gilets jaunes local, Monsieur Chalençon, qui prédit la guerre civile... Ironie du journal, mais alors pourquoi cette une...  Voilà qui nourrit notre modestie face à l'information, et nos responsabilités, journalistes, devant les événements, à l'ère du doute, sans parler des mensonges.  

Le doute sur l'information revient dans les journaux.

Ce doute qui serait porteur de fascisme, je lis ça dans le Un, nous vivons "une ambiance fascisante nourrie par des envies de reconstruire le réel. Elle advient sur un fond de détresse véritable, mais elle porte aussi un désir d’une autorité qui enverrait tout valdinguer." Paroles de Géraldine Muhlmann, politiste  et spécialiste des media, que le Un interroge pour un numéro d'introspection, "sommes-nous désinformés" où l'on cite La Fontaine, « L’homme est de glace aux vérités ; il est de feu pour les mensonges »?  

Télérama décrit le besoin de croire, croire et non pas être informés, numéro foisonnant qui ouvre par Pablo Servigne, un scientifique, un des animateurs de l'école de l'effondrement, ceux qui poussent les conclusions de la transformation climatique... et lui dit ceci: "Nous ne voulons pas croire à ce qui se passe sous nos yeux, l'effondrement de notre civilisation", et pourtant, il faudrait accepter l'idée de la catastrophe pour retrouver de la force... 

Vouloir croire, ou ne pas vouloir croire, c'est le même sujet comprends-je, et chacun fait ce qu'il veut de l'information...  J'ai trouvé, en allant sur internet, un exemple de ce besoin de croire qui transforme la réalité modeste des journaux. Dans des media communautaires musulmans, Oumma.com par exemple, on lit qu'à Montauban, au début du mois une jeune maman, portant le foulard, a été agressée au couteau et ce serait donc une agression islamophobe; Mais, sur le site de la Depêche, qui a révélé l'affaire, on ne voyait qu'un ouvrier agricole de 24 ans, ivre,  qui s'était précipité sur une jeune maman qui attendait sa fille, pour se venger peut être de jeunes du quartier, et la jeune femme avait été sauvée par Mathieu et Momo, employés du cimetière voisin...   Mais cette histoire est insuffisante pour qui veut croire que la haine précède la violence...   

Il faudrait lire les histoires pour ce qu'elles sont. Dans la République du Centre, Philippe, 51 ans, qui faisait chaque jour 30 kilomètres à vélo en pleine nuit pour embaucher à 5 heures à Courtenay, il est de Montargis, et qui fut repéré par hasard, par le sous préfet de Montargis Paul Laville, qui accompagnait des bénévoles de la croix rouge en maraude... le sous préfet lui avait promis de lui trouver une mobylette, c'est fait.   Croirons, nous par cette histoire en nous?    

Et on termine avec un comédien qui nous parle du Christ...

Mais un Christ humain qui reste un remords, Oscar Wilde ce matin, qui est "le Christ des gays", jure dans le Figaro le comédien Rupert Everett qui joue son rôle dans un film qu'il réalise lui-même, The Happy prince... Wilde adulé par l'Angleterre victorienne et qui perdit tout parce qu'il était homosexuel, et finit ses jours, abandonné et s'abandonnant lui-même, en France,  "un corps massif et disgracieux, enveloppé de noir, qui se traîne dans les rues d’un Paris qui ressemble à celui de Toulouse-Lautrec. Il traîne derrière lui une petite nuée de gamins, comme un cachalot harponné suivi par les mouettes", écrit le Monde qui  fait un très beau portrait de Everett, comédien promis à toutes les grâces, et dont la carrière fut limitée quand il révéla qu'il était lui aussi homosexuel, et lui aussi est venu en France, dont il aima, voyez-vous, les nuits douces et la culture gay...   

Et le film et l'acteur portent tant de symboles que Libération, qui n'a pas aimé le film, s'excuse presque de le dire... On parle dans l'humanité d'un autre film, qui semble très beau, et jumeau du "Happy Prince", il s'appelle mon père et il raconte la sidération d'un jeune homme quand il découvre les secret de son père, l'homosexualité devine-t-on, qui fabrique de si belles statues pour les églises... Le film vient des Andes, en langue quechua. La délicatesse est universelle.

Notons et ajoutons: le 23 septembre dernier, Pablo Servigne était l'invité de "Une journée particulière", sur France Inter... Quant à Rupert Everett, il était, toujours sur France Inter, l'invité de "Popopop" le 14 décembre... Et le procès de Oscar Wilde fut raconté, encore sur Inter, encore dans "Une journée particulière", par Didier Eribon, le 18 novembre. Décidément, évidemment!

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