8H30 la revue de presse, bonjour Hélène Jouan

Thématique « Haute technologie et terrorisme » ce matin, on commence par la guerre engagée par les agences de renseignements américaines contre Apple

Le point de départ de cette bataille rappelle Aujourd’hui en France/le Parisien, c’est l’aide sollicitée par une juge fédérale américaine auprès du géant du numérique dans l’enquête de la tuerie de San Bernardino, 14 morts en décembre, et qui a été revendiquée par Daech. Le FBI veut en effet avoir accès au contenu crypté de l’un des smartphones utilisés par les terroristes. Mais la réponse de Tim Cook, patron d’Apple ne s’est pas fait attendre, c’est NO. No, car a-t-il expliqué à ses clients, si le gouvernement utilise la loi pour rendre le déverrouillage des i phone plus facile, cela donnerait à quiconque le pouvoir de pénétrer dans l’appareil pour accéder aux données de chacun. « une version 2.0, explique le journal de l’antique opposition entre libertés individuelles et sécurité collective »

Oui, c’est bien ce nœud gordien qui est au cœur de la polémique, reprend le Figaro : « quels droits fondamentaux les américains chérissent ils en priorité, leur sécurité ou le respect de leur vie privée ? » A première vue, la démarche de Washington, d’enrôler Apple pour lutter contre le terrrorisme, est légitime. Seulement voilà, souligne Laurent Joffrin dans Libération, « les innombrables révélations de ces dernières années, notamment celles d’Edward Snowden, compliquent la question. Il est établi désormais que l’agence américaine de surveillance a étendu ses pratiques bien au-delà du champ légal de la lutte contre le terrorisme ou le crime organisé, jusqu’à écouter des chefs d’Etat ou du gouvernement européen. La NSA a donc ruiné la confiance du citoyen qui peut à bon droit craindre les excès de pouvoir » poursuit Joffrin. Résultat, quand Tim Cook se fait passer pour le chevalier blanc protégeant les droits fondamentaux des citoyens, ou plus exactement de ses clients, et bien ça marche. Il a déjà reçu le soutien de plusieurs associations de défense des libertés civiles En France, le procureur de la république de Paris François Molins avait dès août dernier, dénoncé « ce chiffrement des téléphones portables qui bloque la justice ». le Figaro fait état de 8 portables saisis en 2015 dans des affaires de terrorisme que les experts n’arrivent pas à « casser ». En revanche, Paris reste très dubitatif sur les propos du patron de la Nsa, qui assénait cette semaine que les attentats du 13 novembre à Paris auraient pu être évités si les terroristes n’avaient pas échangé via des communications cryptées. On ne voit pas à quoi il fait allusion réplique t on en France. Mais dans la guerre engagée, visiblement, tous les arguments sont bons d’un côté comme de l’autre

Technologie et terrorisme…liés également quand il s’agit de propagande

Dans le magazine So Film de ce mois de février, des spécialistes s’appliquent à nous expliquer les ressorts et les contenus des vidéos et des films produits par le groupe Etat islamique qui font des centaines de milliers de vues sur les réseaux sociaux. Production aussi « fascinante que repoussante » explique So Film, qui révèle à quel point les propagandistes de Daech sont nourris du cinéma d’Hollywood, devenue « culture dominante » dans le monde entier, moyen orient compris, et comment ils s’en servent pour attirer de nouvelles recrues. Ils n’hésitent pas à imiter les films hollywoodiens, Kingdom of Heaven de Ridley Scoot par exemple très populaire chez eux avec le forgeron qui part pour la terre sainte, ils vont jusqu’à reproduire l’esthétique de certains films, s’inspirant des Démineurs de Katerine Bigelow pour leurs ralentis, ou reproduisant, malheureusement pour de vrai, les exécutions dramatiques de Seven de David Fincher. Réactivité maximale également à l’actualité cinématographique, la semaine où American Sniper sort aux états unis, ils metttent en ligne Isis the Sniper, Isis étant le nom anglo saxon pour daech, ou utilisent de vraies images d’une tour eiffel qui s’effondre dans Gi Joe le réveil du Cobra après les attentats de PAris. Ces politologues, chercheurs ou journalistes qui ont travaillé sur les images produites par le groupe état islamique, soulignent qu’ils ont des moyens, beaucoup de matériel, des compétences, ils sont capables de produire des effets spéciaux, ils se lancent même dans le film d’animation. Une force de frappe scotchante, reconnaissaient ils, face à laquelle, nous restons un peu démunis. L’ancien coordinateur des communications stratégiques anti terroristes à Washington reconnait qu’ils ont plus de moyens audiovisuels que nous. En 3 ans, Washington a produit 300 videos pour tenter de contrer la propagande terroriste, quand Daech en a fait 1000 par an. Aujorud’hui dit il « il nous faut des gens qui travaillent comme eux, des gens qui font du cinéma de guérilla ». L’appel est lancé. C’est à lire dans SO film

Dans un tout autre registre que celui du terrorisme, des interrogations également ce matin, sur les changements induits par les grandes plates-formes numériques, dont nous parlions il y a un instant, sur notre modèle économique et social

Interview tout à fait éclairante dans Philosophie Magazine, votre magazine Michel Eltchaninoff, d’un des meilleurs analystes de l’impact des nouvelles technologies Evgueny Morozov : on y comprend, sans effort, comment nous sommes en train de glisser, à cause de ces géants de la Silicon Valley que sont Apple, Google, Amazon ou Uber et des données qu’ils sont susceptibles de récolter sur chacun d’entre nous, d’un système de régulation publique à un système de régulation privée. Ces nouvelles technologies permettent en effet une extension sans précédent nous dit il, du domaine du marché : par exemple vous êtes repéré comme mauvais conducteur ou alcoolique, et bien votre assurance pourra très bien vous rayer de ses listes ou vous faire payer vos manquements par un tarif prohibitf. Du coup explique t il, on passe d’un modèle, en démocratie, où les lois s’appliquent normalement à tous en protégeant tout le monde, à un modèle qui va reposer essentiellement sur la « réputation ». Toutes les formes de solidarité collective vont donc décliner au profit du chacun pour soi, et là plus jamais, il vaudra mieux être riche, bien portants, productifs, vertueux et sains si on veut s’en sortir. Evgueni Morozov plaide pour laisser hors du marché des pans entiers de notre vie sociale et individuelle, au risque d’aller droit vers un mélange assez effrayant prévient il de capitalisme et de servitude..Mais sincèrement, il a l’air moyennent optimiste.

On oublie les plate formes Hélène, et on boucle la boucle de départ avec le terrorisme…et ses victimes

Reportage dans le Monde Magazine pour mettre en lumière un statut méconnu, celui de pupille de la nation. Statut qui date de 1917, pour les orphelins de guerre, il sert aujourd’hui à aider tous les mineurs touchés eux-mêmes, ou dont les parents ont été touchés par des attentats. « Réparation de la nation toute entière envers des enfants qui n’auraient pas du vivre ce deuil », elle leur permet financièrement d’avancer dans la vie, en leur fournissant un pécule, en étant à leurs côtés pour leurs études, leur permis de conduire, leur logement, en les adoptant aussi. Drôle de statut, la mère d’anais et de guillaume CAténi, qui ont perdu mari et père lors d’un attentat à tripoli témoigne « administrativement, je suis toujours leur mère, mais leur papa aujorud’hui c’est l’état, et bizarrement c’est rassurant ». 335 pupilles à ce jour, dont 12 adoptions à la suite de l’attaque de Charlie Hebdo. Un chiffre qui va malheureusement augmenter cette année avec les attentats de 2015. Mais la l'état papa et la mère patrie sont là.

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