C’est une vidéo qui fait "le buzz" comme on dit : 41 secondes, et déjà plusieurs millions de vues sur les réseaux sociaux. Sur les images, on voit une petite fille de trois ans perchée sur l’épaule de son père. La petite s’appelle Salwa, et son père Abdullah Al-Mohammad.

Selva en train de rire et son père Abdullah après avoir entendu une explosion. (CAPTURE D'ECRAN TWITTER)
Selva en train de rire et son père Abdullah après avoir entendu une explosion. (CAPTURE D'ECRAN TWITTER)

C’est lui qui filme avec son téléphone portable, mais c’est elle avant tout qu’on entend : son rire d’enfant de trois ans. Le rire de la fillette est communicatif, mais si cette vidéo est autant partagée sur les réseaux sociaux, c’est parce que la petite, ici, rit sous les bombes. 

Salwa et son père sont Syriens et, comme on peut le lire notamment dans Libération et 20 Minutes, elle a toujours connu la guerre. Elle est née dans la région d’Idlib. Aujourd’hui, sa famille s’est réfugiée à Sarmada chez des amis, à une cinquantaine de kilomètres

Salwa rit parce que son père lui dit de le faire

C’est la seule solution qu’il a trouvée pour qu’elle supporte le bruit des bombes et des missiles tirés par l’armée du régime ou par l’aviation russe. Abdullah, lui, ne supporte pas quand Salwa a peur. Il lui a donc appris à  dédramatiser la guerre. Appris à exploser de rire chaque fois qu’explose une bombe, ou bien qu’un missile est tiré sur une cible. 

Entre eux, c’est devenu comme un jeu, et c’est ce qu’on entend au début de la vidéo.

Abdullah interroge Salwa.

Alors, est-ce un avion ou une bombe ?

Une bombe, et quand elle arrivera, nous  en rirons…

Finalement, ce rire est un rire déchirant. 

En voyant ces images, j’ai pensé à ma chère grand-mère qui, pendant les bombardements en 1944, serrait son nourrisson dans les abris, en faisant "boum", "et boum", "et boum" à chacune des explosions. Là également, comme s’il s’agissait d’un jeu. 

Dans la presse, on trouve une autre référence : Roberto Benigni qui amuse son fils pour masquer les horreurs des camps de concentration dans son film La vie est belle

Mais ce qui se passe en Syrie, ce n’est pas du cinéma. Et c’est ce que nous rappelle Sorj Chalandon dans Le Canard Enchaîné

Syrie : « un carnage à huis-clos »

"Combats", "offensive", "reconquête" : ce sont les termes martiaux utilisés par le régime syriens et la Russie pour qualifier l’étau qui se referme sur la ville d’Idlib, dernier bastion d’opposition à Bachar El Assad.

Seulement voilà : ce qui se déroule dans le nord-ouest du pays est plus proche du crime de guerre que d'un fait d’armes. Les armées syrienne et russe ne font pas la différence entre 3 millions de civils prisonniers de la nasse et 20 000 combattants épaulés par la Turquie.

Ils tirent dans le tas. Sur les écoles, les marchés, les hôpitaux et les quartiers d’habitation… Tout est bombardé sans relâche, afin de terroriser la population. Depuis le mois de décembre, plus de 800 000 habitants d’Idlib ont dû fuir et s’entassent à la frontière turque. Pour les associations humanitaires, c'est "le plus grand déplacement de la pire guerre de notre génération"

Parmi ces déplacés : la petite Salwa. Et son père, qui veut croire que rire est plus fort que les bombes. 

Cet homme, ce matin, est notre héros. 

Mais il y en a d’autres, des héros, dans les journaux. 

Li Wenliang

C’est à lire dans La Croix

Li Wenliang, le médecin chinois qui a découvert le coronavirus. Qui a alerté sur les réseaux sociaux. Que les autorités ont voulu faire taire, l’accusant de répandre des rumeurs. Et qui est mort, à 34 ans, contaminé dans l’exercice de ses fonctions. 

L'écrivaine et journaliste Flore Vasseur lui rend hommage, et rappelle que ce médecin n’a, en réalité, fait que respecter le serment d’Hippocrate. 

Julian Assange

C’est à lire dans L’Humanité

A la Une, une photo pleine page de cet autre lanceur d’alerte. "Liberté d’informer : pourquoi il faut protéger Julian Assange", titre le journal, qui se joint à l’appel de journalistes et de citoyens pour obtenir la libération du cofondateur de Wikileaks, lequel croupit aujourd'hui dans une prison de haute-sécurité britannique et pourrait, la semaine prochaine, être extradé aux Etats-Unis.

Là-bas, il risque la prison à vie. L’appel pour sa libération se double d’un appel à la défense des lanceurs d’alerte et contre la criminalisation des journalistes. En Angleterre, la prison où est incarcéré Julian Assange est avant tout dédié à la détention de "terroristes". Elle est surnommée "le Guantanamo britannique". 

Le quotidien évoque un "ex-héros devenu paria". 

Léon Gautier

C'est à lire dans Le Parisien

Il s’agit d’un vétéran du commando Kieffer, le seul groupement français à avoir débarqué sur les plages de Normandie le 6 juin 1944. Léon Gautier a 97 ans, et il est l’un des deux derniers survivants du commando. Il habite Ouistreham, jolie commune du Calvados, qui jouxte la plage où Léon Gautier a risqué sa vie il y a maintenant trois quarts de siècle. Or, si Le Parisien nous parle de lui, c’est parce qu’une photo de lui a été publiée sur les réseaux sociaux.

Sur cette photo, il apparaît en train de déposer une gerbe de fleurs aux côtés du maire de la ville. Ce dernier est candidat à sa réélection, et c’est son comité de soutien qui a diffusé le cliché. Apprenant cela, le héros du Débarquement s’est fendu d’un courrier au maire, lui intimant de faire retirer l’image. Il ne veut pas que son visage soit utilisé à des fins politiques. 

La politique, il en est aussi question à la Une du journal. 

Une citation d’Agnès Buzyn, nouvelle candidate aux municipales à Paris. 

Dans la vie, rien ne me fait peur.

On a le droit de sourire.

Et de sourire aussi en regardant le dessin de Mougey à la Une du Canard Enchaîné. C’est Charles De Gaulle, en Marcel, et relevant de la main gauche son débardeur, tandis que de la droite, il tient en l’air le combiné de son vieux téléphone, tout en le dirigeant vers ses parties intimes. Le titre du dessin : "Vous imaginez le Général de Gaulle faire des sextapes ?" 

Lui aussi fut notre héros.

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