Patrick Cohen : A la Une ce matin : on casse la baraque... Bruno Duvic : Et à propos de casse, voici l'un des plus célèbres de l'histoire du crime... 19 juillet 1976, 50 millions de francs disparaissent des coffres de la Société Générale à Nice. 371 coffres ont été fracturés. Le gang des égoutiers a creusé un tunnel pour y accéder. Sur un mur de l'établissement, il a laissé cette phrase : "Sans arme, ni haine, ni violence". La légende Spaggiari était née, elle allait prospérer avec son évasion par la fenêtre du Palais du Justice, sa fuite au Brésil, et sa rencontre avec un autre criminel ultra célèbre : Ronnie Biggs, le cerveau de l'attaque du train postal entre Glasgow et Londres. Eh bien, Spaggiari, mort il y a un peu plus de 20 ans, était une truffe. C'est La Provence qui le dit : "Spaggiari était aux ordres des Marseillais". Le mystère du casse de Nice est peut-être enfin résolu. Onze interpellations ont eu lieu cette semaine en Corse et à Marseille. Et en homme, en particulier, est en garde à vue. Il s'appelle Jacques Cassandri, dit "le tondu". Selon La Provence, je juge marseillais Charles Duchaine est convaincu que le cerveau du casse, c'est lui. Ce qui a mis le juge sur la piste du "tondu", c'est un livre sorti l'été dernier et intitulé "La vérité sur le casse de Nice". Il cherche à casser le mythe Spaggiari. L'ouvrage est signé d'un certain "Amigo". Derrière le pseudo se cacherait le fameux Jacques Cassandri qui a aujourd'hui 67 ans. Pourquoi un magistrat s'intéresse-t-il toujours à cette affaire ? Les faits de braquage sont prescrits. En revanche, le recel et le blanchiment de l'argent ne le sont pas. Et le patrimoine de Jacques Cassandri et de sa famille est assez conséquent. Un piano-bar, un club privé, un restaurant corse à Marseille, ou encore une pizzeria à Calvi... Le butin de la Société Générale aurait-il été réinvesti dans ces établissements? Tout cela fait rigoler un ténor du barreau marseillais : "Eh bien, dit-il, ils auront mis du temps à ouvrir les yeux !" car, selon La Provence, dans le milieu judiciaire, et le milieu tout court, le secret du casse de Nice n'existait plus vraiment. Un spécialiste de ces questions avait déjà raconté dans un livre paru en 2007 le retour des cambrioleurs à Marseille et la fiesta dans un restaurant. Alcool aidant, l'un des acteurs du casse, le "gros Jeannot" s'était un peu lâché, parlant de cette truffe de Spaggiari qui attirerait les policiers comme le miel attire les ours, et deviendrait l'arbre qui cache la forêt. Patrick Cohen : En Tunisie, c'est la réputation de la diplomatie française qui est cassée... Bruno Duvic : D'habitude, Laurent Joffrin a la plume plutôt centriste. Mais ce matin, le directeur de Libération y va carrément : il appelle à la démission de Michèle Alliot-Marie. La ministre des Affaires étrangères est à la Une du journal, avec ce titre : "Disqualifiée". Ce qui est en cause, c'est la petite phrase de MAM, le 11 janvier à l'Assemblée, qui proposait en pleines manifestations le savoir-faire des forces de sécurité française à la Tunisie. La ministre a beau dire qu'il s'agissait de protéger le droit de manifester et non pas de prêter main forte à un dictateur, Laurent Joffrin balaye cet argument. Il s'agissait bien, en tout cas, de voler au secours d'un tyran en perdition pour qu'il réprime mieux la juste colère du peuple. MAM serait-elle hors contexte, comme l'écrit Jean-Marcel Bouguereau dans La République des Pyrénées. Le Canard Enchainé lui prête un aveu d'impuissance devant quelques visiteurs lundi dernier. "Nous sommes restés tout le temps dans un brouillard total. Nous, et l'Elysée, n'avons rien vu arriver. Ce sont les Américains qui ont pris les choses en main. C'est une bonne partie du crédit du gouvernement qui est becquetée dans cette édition du Canard Enchaîné. Autre phrase prêtée celle-ci à Alain Juppé : "C'est quand même dingue d'apprendre par les radios et les télés ce qui se passe dans un pays très proche". Quant à l'ambassadeur de France en Tunisie, le jour de la fuite de Ben Ali, il envoyait un télégramme à l'Elysée et au Quai d'Orsay disant que le président avait repris le contrôle de la situation. Comment en est-on arrivé là ? Pour résoudre la situation en Tunisie, faut-il y envoyer Dumas et Vergès comme le suggère Cabu dans l'hebdomadaire ? Alain Juppé essaye de donner la ligne dans un long entretien au Monde. "Sans doute avons-nous sous-estimé le degré d'exaspération de l'opinion publique. Mais la France reste fidèle aux deux principes fondamentaux de sa politique étrangère : non ingérence dans les affaires intérieures d'un Etat souverain et soutien à la démocratie et la liberté". Et un peu plus loin, à propos de l'Afrique, il a ces mots : "Nous ne sommes plus en Afrique pour intervenir dans les affaires intérieures des Etats". "La diplomatie française est sous tension", comme le titre l'édito de Ouest-France. Sous tension aussi, la Tunisie qui a vécu hier le retour d'exilés et la démission de ministres du tout nouveau gouvernement. Dans L'Express, qui fait sa Une cette semaine sur "la révolution arabe" carrément. Christophe Barbier calme les ardeurs. Ce qui se passe en Tunisie n'a pas seulement le doux parfum du jasmin. "Quand un peuple frôle la guerre civile, quand les milices et les pillards se partagent la nuit, il convient de frémir avant d'applaudir. Il y a une forme d'obscénité occidentale à ne voir que la fête et pas les règlements de compte. C'est la même prudence qu'il convient d'appliquer au désir puéril de voir les autres nations arabes jouer aux dominos révolutionnaires. Si cela advient, plus d'un peuple trouvera sur son chemin des tyrans résolus et des sicaires sans pitié". Au milieu de ces incertitudes, reste le geste historique d'un peuple qui s'est soulevé pour renverser un dictateur. "La révolution que nous voulons", c'est la Une de L'Humanité ce matin qui donne longuement la parole aux Tunisiens. Patrick Cohen : Quoi d'autres dans la presse, Bruno ? Bruno Duvic : Des roses et des bébés... Les roses du Parti socialiste dans la bataille des primaires. Sondage extrêmement favorable pour vous, Martine Aubry, et pour Dominique Strauss-Kahn, dans L'Express et sur France Inter. Mais du coup, la perspective de la victoire aiguise les concurrences. "Le climat s'envenime au PS" selon Le Figaro. Pour Le Parisien, si l'on regarde attentivement les enquêtes d'opinion, on constate une baisse de Dominique Strauss-Kahn. Et puis, il y a le troisième homme qui a décidément les faveurs de la presse en ce moment et qui décroche encore la Une d'un hebdomadaire, les Inrockuptibles en l'occurrence : "Coucou, je suis François Hollande !". "La natalité française va de record en record" titrent Les Echos. Plus de 800.000 naissances en 2010. On parlait jeudi dernier, des contradictions françaises... Premier paradoxe : on fait de plus en plus de bébés, mais il y a de moins en moins de pédiatres pour les soigner ! C'est même "la grande pénurie" pour Le Figaro. Et puis, les éditorialistes étudient ce paradoxe d'un pays censé être déprimé, mais qui donne la vie. "Baby blues ou baby rock ?" se demande Olivier Picard dans Les Dernières Nouvelles d'Alsace. Ce sont les deux mamelles de la France pour Didier Pobel. Ce pays qui, biberon à la main, fait un fromage de tout. Pour Olivier Picard, cette effervescence dans les maternités est une richesse que les politiques aveuglés ne voient pas. Et il conclut : "Alors, vas-y bébé, crie, joue et pleure, sors-les un peu de leur torpeur !".

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