Jean-Pierre Bacri, tête en caoutchouc piquée de deux beaux yeux au regard d'obsidienne et de velours, peau chocolat et cigarettes, sucrée et âcre... Qui dira mieux que Libération? Le Monde raconte une septuagénaire vietnamienne en guerre judiciaire contre les multinationales de l'agent orange.

On parle d'un beau jeune homme...  

Beau et puis au gout du jour, le dénommé Zoubir, un prince de l'amour, avec sa mèche volante son sourire en dents blanches dans le Parisien, et ses 120000 abonnés Tik-tok pour lesquels il danse et il saute aussi par dessus des rouleaux de papiers hygiéniques, on appelle cela le challenge PQ, et il est aussi Zoubir vedette de téléréalité, dans "les princes et les princesses de l'amou"r sur W9, il apporte le petit déjeuner au lit à une italienne nommée Sara, troublante mais troublée...   Et tout ceci n'a aucune importance, oui mais non quand même, car Zoubir, est policier à Paris, et sa hiérarchie se demande s'il respecte sa charge, car parfois le jeune homme enfile son uniforme pour ses vidéos, dans l'une d'elle, il énumère "les avantages quand t'es flic": "choper les snaps et les numéros sur les contrôles covid",  voilà, voilà. Le Parisien m'assure qu'en tant que simple flic, Zoubir fait le boulot, mais il est de la génération des réseaux sociaux, est-ce sa faute, c'est l'air de notre temps...    

Cela n'a décidément aucune importance... Mais pourtant. L'inconsistance de la célébrité de Zoubir rend plus charnelle encore, pesante et grave, la trace que laisse Jean-Pierre Bacri, dont les yeux battus nous évitent à la une de Libération et cet homme était sublime, amaigri et pas rasé, sublime pareillement en Une de l'Humanité et du Dauphiné...  "Je me plais comme je suis" avait dit Bacri au Monde en 2011, mais il détestait se regarder jouer: "J'aimerais voir Cary Grant à l’écran et je me vois moi. C'est atroce!" Il aimait cette blague il l'avait faite au moins deux fois à l'Express et puis à Gala...  Et puis aussi jeune, parfois, pour lui c'était duraille... Les filles le plantaient à Cannes où sa famille s'était posée après l'Algérie, je lis cela dans Nice-Matin, "j'écrivait les poème et elles partaient avec l'abruti du coin"... 

Bacri n'aimait pas Cannes, Nice-Matin le reconnait, il avait fui la ville après s'être fait peur en perdant trop gros au poker et s'était réfugié à Paris, et là un jour il avait suivi une fille qui allait à son cours de théâtre... Et tout lui avait plu,  "Le prof à cheveux blancs, la solennité du passage des scènes, les élèves si attentifs aux règles de la diction, de la respiration... Je trouvais ça démodé, mais j'étais fasciné... "  Ca c'est sur le site de Télérama que vous le lirez, une interview de 2004 remise en ligne, et dans le Figaro vous entendrez Bacri raconter ce qui ressemblait à un coup de foudre avec Agnès Jaoui, ils répétaient en 1986 une pièce de Pinter:  «Un jour, pendant les répétitions, elle avait froid, je lui ai prêté ma grande écharpe. Elle se l’est enroulée autour du cou, elle avait le nez dedans. J’ai eu du plaisir à la voir comme ça.» 

C'est une bonne solution quand un homme meurt que tant avons aimé de relire ce qu'il disait quand rien ne le menaçait, ni nous.   On peut aussi s'abandonner aux élégies de Libération signés Camille Nevers et Julien Gester... Ces mots sont remarquables car ils libèrent Bacri des complaisance émues sur le râleur le bougon...  Ils essaient de dire un acteur et un homme dans ce qu'il inspire... Voici.  

"Jean-Pierre Bacri, grommeleur invétéré par timidité, incapable de charrier quelqu'un (à haute voix tonitruante) sans simultanément s'en vouloir et s'en excuser (en bouffant les mots comme s'il en avait plein la bouche et qu'ils sortaient comme des berlingots ou des chamallows, tête en caoutchouc piquée de deux beaux yeux au regard d'obsidienne et de velours, peau chocolat et cigarettes, sucrée et âcre...  Qui dira mieux?   

On parle aussi d'une combattante...  

Dans le Monde, qui témoigne d'une femme  âgée de 78 ans, dont le corps et les deuils sont la preuve, dans un combat qu'elle mène en justice contre les multinationales de l'agro chimie Monsanto, Dow Chemicals et d'autres, qui dit-elle, l'empoisonnèrent. Elle se nomme Tran To Nga, elle vit en France mais elle vient du Vietnam où elle fut une combattante, elle se battit contre nous, la puissance coloniale, puis contre les Américains venus rétablir l'ordre occidental, elle vécut au maquis. 

En 1966, un avion américain survola le camp où elle était stationnée et déversa une sorte de nuage blanc, une pluie gluante, dont l'odeur âcre la fit trousser... Elle se lava et repris son combat, mais des années après, elle réalisa qu'elle avait été arrosée par l'agent orange, ce désherbant à la dioxine dont l'Amérique noyait le pays, et elle comprit ce qui avait dévasté sa vie... Elle avait pataugé dans la végétation contaminée par le poison, qui pénétra son corps, sa fille née trois ans plus tard allait en mourir. « C'était un joli bébé, et puis, quelques jours après sa naissance, sa peau a commencé à se détacher en lambeaux. Je ne pouvais pas la serrer contre moi car elle avait du mal à respirer..." Ce fut une première malédiction... « Ma deuxième fille est asthmatique il lui faut une machine à oxygène chez elle ; la troisième est devenue obèse sous l'effet de la dioxine, une de mes petites-filles est née avec des problèmes cardiaques. » Elle-même a traversé le  cancer du sein, le diabète, l'hypertension, la tuberculose,  et une anomalie génétique, cela la servira au procès: son combat reprendra à la fin du mois au tribunal d'Evry... 

Le Monde nous parle aussi de Gulhabar Haitiwaji, une femme aux cheveux bruns épais, au regard encore loin de nous... Elle est Ouigour, elle vivait en France depuis dix ans quand on lui a demandé de revenir en Chine pour régler des problèmes administratifs... Là-bas, elle a été arrêtée, jetée dans un de ces camps de rééducation où les autorités soumettent un peuple de trop dans l'empire, elle a passé deux ans dans cet au-delà avant d'être libérée, un livre la raconte, qu'elle soit debout impressionne. 

Et on parle d'autres combattantes...  

Sud Ouest nous dit le bonheur d'une restauratrice de Arès, en Gironde, qui au Michelin hier a reçu sa première étoile, elle s'appelle Claire Vallée, son restaurant s'appelle ONA comme "origine non animale", son restau est vegan; le premier étoilé vegan de l'histoire! Elle a découvert en Thaïlande que les végétaux lui suffisaient et a créé son établissement pour cuisiner selon ses convictions!  

Dans les Echos, je lis que les petites et moyennes entreprises françaises dirigées par des femmes ont de meilleures performances financières que celles dirigées par des hommes. Dans les Echos encore,  je lis que Bruno Lemaire veut imposer des quotas de femmes dans les instances dirigeantes  des grandes entreprises.   

Dans la revue Sciences humaines, on me dit qu'un livre défend l'honneur des femmes préhistoriques, et nous invite  à réviser nos mémoires, les néandertaliennes, leur os du coude en témoigne, lançaient le javelot, des femmes chassaient et se battaient, et ce sont souvent des empreintes de mains de femmes que l'on trouve dans les grottes près des peintures rupestres, et peut-être en allant s'accoupler hors de la tribu, ce sont des femmes qui auraient elle répandu l'invention du feu. Nul ne dit mieux.  

Dans la Croix, on s'inquiète de la baisse de la natalité en France, nos familles renoncent au troisième enfant qui change trop la vie coute trop cher prend trop de tant, que deviendrons-nous.  

Contact
Thèmes associés